Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

Les réseaux de circulation des semences paysannes et « améliorées » issues de la recherche au Burkina Faso : entre superposition, croisements et perméabilité.

Auteur(s) : ZONGO OUANGO BLAISE ;

Résumé

Les semences paysannes et « améliorées » issues de la recherche (maïs, mil, niébé et sorgho) s’inscrivent-elles dans un même système semencier ou dans des systèmes distincts régis par des règles contrastées entre logiques locales et enjeux nationaux ?

L’objectif de cette communication est d’analyser les différents réseaux de diffusion des semences et de circulation des semences. De Janvier-Avril 2018 une étude a été menée à ce sujet dans cinq villages de la province du Ziro au Burkina Faso, dont trois (Gallo, Petit Boro et Koutéra) dans la commune de Sapouy et deux (Sourou et Taré) dans la commune de Cassou. Des entretiens semi-structurés ont été réalisés auprès de producteurs semenciers et des services étatiques de semences à l’aide d’un guide d’entretien. Un questionnaire a été aussi utilisé pour enquêter les producteurs agricoles familiaux. Les résultats montrent plusieurs réseaux de circulation des semences qui se superposent dans les territoires et se croisent non seulement au sein des exploitations familiales mais aussi dans les champs qui juxtaposent plusieurs variétés interfécondes d’une même espèce. La création et la circulation des semences « améliorées » issues de la recherche datent principalement des années 1970 et est structurée au sein de l’organisation institutionnelle de la filière semencière depuis le 31 mars 2006 et en fonction des filières agricoles par espèce. Les semences paysannes sont sélectionnées circulent depuis des générations dans le cadre de réseaux d’échanges interpersonnels selon des liens de parenté, de voisinage et de connaissances plus ou moins proches qui permettent de s’approvisionner en semences, de diversifier et de conserver une grande diversité variétale. Dans les deux communes étudiées, il apparait que les agriculteur(rice)s appliquent les mêmes critères de choix pour l’approvisionnement en semences, qu’elles viennent de la filière institutionnalisée par la loi nationale semencière ou du système semencier local. Ainsi, quel que soit le réseau utilisé, il(elle) cherchera à évaluer la qualité de la semence (essai une première année puis culture en plein champ si la semence présente les qualités de production, de précocité, de goût et d’esthétique recherchées), mais aussi à s’approvisionner auprès de la source disponible au moment des semis. Le contexte d’incertitude climatique pousse actuellement les agriculteur(rice)s à rechercher des variétés à cycle court qui, dans la zone d’étude, sont principalement fournies par les variétés issues de la recherche. Cependant, les nombreux problèmes de disponibilité liés aux dysfonctionnements de la filière semencière nationale (faiblesse de stocks de semences certifiées subventionnées, date tardive de mise à disposition, mauvaise qualité ses semences certifiées) et le coût élevé d’achat de ces semences certifiées et des intrants qui les accompagnent limitent l’adoption de ces semences. Les pratiques montrent une prédominance très importante des semences paysannes. C’est la libre-circulation des semences, de la filière nationale aux systèmes semenciers locaux, qui permet le maintien d’une diversité biologique élevée et une production agricole exportatrice vers les villes. Mais il n’y a-t-il pas de risque de quitter le grenier pour le magasin de semences améliorées comme le souhaitent les producteurs semenciers ? Le repli sur un seul type de semences n’expose-t-il pas les producteurs à l’insécurité semencière et alimentaire ?


Mot-clé : Burkina Faso, Cassou, circulation, Réseaux, Sapouy, et semences
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