Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

REFUGIES IGBO A DOUALA. DE L’EXIT DOULOUREUX A UNE IMMIGRATION DOREE

Auteur(s) : NKENE Blaise Jacques ;

REFUGIES IGBO A DOUALA.

DE L’EXIT DOULOUREUX A UNE IMMIGRATION DOREE

Pr Blaise-Jacques NKENE -Université de Yaoundé II

 

Résumé :

 

Parler de migrations forcées en rapport avec la question du développement a, dès le départ, quelque chose de paradoxal : En effet comment concevoir que des individus qui, poussés hors de leur terroir du fait de phénomènes tragiques (guerres, catastrophes naturelles…) et donc le statut précaire en fait des personnes essentiellement vulnérables dans leur espace d’accueil puissent y être considérées comme des vecteurs possible de développement ? Aussi improbable que l’on puisse l’imaginer, il s’agit pourtant d’une situation concrète que celle générée par de nombreux Nigérians Igbo qui déferlèrent à Douala (Cameroun)  à la suite de la guerre du Biafra, et qui dominent aujourd’hui plusieurs pans de l’activité économique informelle dans cette ville. L’originalité de ce cas en fait un sujet de recherche intéressant, dans la mesure où il est en porte-à-faux avec les problématiques légitimées dans le domaine des migrations forcées qui n’avaient jusqu’à présent appréhendé le réfugié que comme une catégorie de migrants à protéger (droit des réfugiés, organisation du séjour des réfugiés et organisation des conditions de retour des réfugiés etc…) (Lochak, 1985; Ricca, 1990 ; Aina and Baker, 1995; Kimbibi, 2001 ;Ebolo, 2004)Cambezi, 2007, AbessoloNguema, 2012, )ou des bouc-émissaires institutionnels (fomenteurs de coups d’Etat, initiateurs de désordres économiques et sociaux etc…) (Bouillon,1999). On a en effet très souvent oublié que ces derniers pouvaient, notamment lorsque leur séjour est indéfiniment prolongé, et, surtout, lorsqu’ils ne constituaient véritablement pas de menace sérieuse pour le pays d’accueil, se muer en de remarquables acteurs sociaux, politiques ou économiques ; bref, devenir de potentiels vecteurs d’amélioration de conditions de vie du fait de leurs activités, au même titre que les nationaux. La présente étude se propose d’effectuer une visite dans ces espaces sociaux et économiques investis et reconstruits par les nouvelles figures d’entrepreneurs économiques réfugiés en Afrique subsaharienne, l’objectif ici étant de rendre compte des déplacements forcés de populations et de leur impact sur les processus de développement en général (Appleyard,1998).

 

La réussite économique des réfugiés nigérians à Douala est placée sous le signe d’une énigme, à savoir la coexistence paradoxale de rapports sociaux conflictuels, et des rapports économiques collusifs avec les populations locales. Aussi, de réfugiés, c’est-à-dire de personnes à la recherche d’un abri, on est finalement arrivé, en ce qui concerne cette vague d’Igbo vivant à Douala, à une sorte d’immigration dorée, avec toutes les caractéristiques et conséquences attachées à la sédentarisation et l’insertion réussies des étrangers en terre d’accueil. Tout à l’envers des modèles platoniciens consacrant l’immigrant comme un être « atopos » et socialement immergé dans de « souffrances » permanentes vécues ou subies en terre d’accueil (Abdelmalek Sayad). Nous envisageons de montrer les mécanismes par lesquels ces réfugiés ont pu, dans un contexte psychologique et social aussi difficile que Douala, quitter le statut de « parias » à celui de « Big men».

 

Notre travail s’appuie sur une enquête de terrain effectuée entre 2018 et 2020.

 


Mot-clé : REFUGIES-DEVELOPPEMENT-IMMIGRATION DOREE
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