Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

Des États de sentiments. Explorer les enchevêtrements affectifs et émotionnels des fonctionnaires et des citoyens / States of Feeling: Exploring Public Servants’ and Citizens’ Affective and Emotional Entanglements

Des États de sentiments. Explorer les enchevêtrements affectifs et émotionnels des fonctionnaires et des citoyens

States of Feeling: Exploring Public Servants’ and Citizens’ Affective and Emotional Entanglements

Auteur(s) : Andreetta Sophie ; Enria Luisa ; Jarroux Pauline ; Verheul Susanne ;

Résumé en Français

Ce panel vise à interroger la manière dont l’attention portée aux affects, aux émotions et aux sentiments peut améliorer la compréhension de l’État, tant au « Sud » qu’au regard d’autres contextes. Pour explorer cette dimension centrale, quoique peu étudiée, de la relation entre et parmi les fonctionnaires, les citoyens et leur État, nous invitons les communications qui interrogent ce que « font » les émotions au travail bureaucratique, les relations affectives et subjectives liées à l’État ainsi que les interrogations méthodologiques que pose la réalisation de telles ethnographies.

English summary

This panel examines how an attention to affect, emotion and feelings enhances our understandings of the state, both in the global south and comparatively across contexts. To explore this central, but understudied dimension of the relationship between and among public servants, citizens and their state, we invite papers that examine the bureaucratic “work” emotions do, the affective and subjective relations formed with the state, and the methodological considerations in conducting such ethnography.


Argumentaire en Français

Politistes et anthropologues s’accordent sur les enjeux spécifiques de l’étude de cette « réalité fictive » (Aretxaga, 2003 ; Abrams, 1988) qu’est l’État, une entité et une idée difficiles à appréhender autrement que par leurs intermédiaires (normes et lois, fonctionnaires, bâtiments, etc.). Plusieurs chercheurs ont étudié la « boîte noire » de l’État, par exemple au travers d’ethnographies de services publics (Dubois, 2003 ; Bierschenk et Olivier de Sardan, 2014) ou de recherches sur les dimensions matérielles et symboliques des « effets d’État » (Ferguson et Gupta, 2002 ; Hansen et Stepputat, 2001 ; Hull, 2012). Dans ce panel, nous cherchons à interroger comment les affects, les émotions et les sentiments peuvent constituer un point d’entrée pertinent pour la compréhension de l’État. Depuis le « tournant affectif », les chercheurs en sciences sociales se sont de plus en plus intéressés aux dimensions émotionnelles et affectives de la vie quotidienne (Clough & Halley, 2007 ; Thrift, 2008 ; Gregg & Seigworth, 2010), éclairant sous un nouveau jour des thèmes variés tels que l’espace, la migration, les professions, l’alimentation, la technologie etc. Cependant, peu de travaux ont abordé les affects et émotions en relation à l’État. Le numéro coordonné par Laszczkowski et Reeves intitulé « Affective States » et publié en 2015, constitue en ce sens un effort notable pour investiguer l’État comme un espace d’engagements affectifs, effort que notre panel entend prolonger au travers d’ethnographies d’États dits du « Sud » – des États qui restent souvent sous-examinés et/ou décrits comme « absents » ou « faillis ». C’est également la circulation des émotions entre et parmi les États qui intéresse ce panel, notamment au moyen de regards comparatifs portés sur les pays dits du « Nord » ou de recherches sur l’impact des projets de développement et de « bonne gouvernance » sur les engagements émotionnels des citoyens et des fonctionnaires face leurs États.

Dans le sillage du travail d’Herzfeld (1997) sur l’identité culturelle et le sentiment national saisis à partir du « bas », ce panel vise à contribuer à la compréhension de « l’État par le bas » par le biais des affects et des émotions.

Les communications pourront aborder les dimensions suivantes, sans toutefois s’y limiter :

  • Bureaucraties et émotions « au travail » : Les émotions sont une dimension cruciale, bien que sous-explorée, des interactions quotidiennes entre fonctionnaires et citoyens. Les premiers peuvent agir sur la base de la peur, de la compassion ou de la tristesse, de la honte ou de la fierté ; les seconds peuvent ressentir de l’espoir, de la colère, de l’inquiétude, de la confiance ou de la méfiance. Comment ces émotions, plurielles, interagissent-elles ? Comment façonnent-elles, informent-elles ou remettent-elles en question les codes de conduite et autres « règles de sentiments » (Hochschild 1979), et quels rôles ces dernières jouent-elles dans le fonctionnement des services publics ? Que disent ces règles des normes et valeurs professionnelles en vigueur dans les administrations ? Plus généralement, quel « travail » ces émotions produisent-elles dans les rencontres quotidiennes avec/au sein de l’État ?
  • L’engagement émotionnel et la vie subjective de l’État : Le fait de travailler pour des institutions publiques, d’y avoir affaire ou, plus largement, d’être un citoyen, implique des perceptions, des attentes et des expériences spécifiques de l’État qui peuvent être émotionnelles et affectives. Quelles sont les dimensions productives des espoirs et des désillusions ressentis à l’égard de l’État ? Comment la gamme des sentiments de/vers l’État façonne-t-elle l’imagination politique ? Par ailleurs, dans des pays dits « sous régime d’aide », comment les projets de développement interagissent-ils avec les engagements émotionnels des individus envers l’État ?
  • Ethnographie et engagement émotionnel : L’intérêt croissant de la recherche anthropologique pour l’étude des affects et des émotions pose également la question de la réflexivité des chercheurs : faire du terrain avec ou au sein d’institutions étatiques nécessite qu’ils interrogent leurs propres affects « au travail ». Comment leurs émotions ressenties face à l’État étudié peuvent-elles contribuer à étudier l’État ? Quel statut pourrait être donné à de telles émotions ? Par ailleurs, au-delà des controverses sur la définition même de ce que l’on nomme « affect », et donc sur la pertinence théorique et empirique du terme, la question se pose également d’une réflexion critique sur les catégories utilisées (Crapanzano 1994) : comment les émotions et les affects sont-ils désignés « ailleurs » ? Dans un contexte où les chercheurs circulent dans le monde entier, (comment) devrions-nous atténuer le danger ethnocentrique que représente l’étude des affects de « l’autre » ?

Dans l’ensemble, les présentations de ce panel contribueront à élargir la réflexion sur l’ethnographie de l’État dans différents contextes. Elles permettront également d’engager un dialogue sur la pertinence ainsi que sur les usages contrastés des sentiments, des émotions et des affects comme outils méthodologiques et théoriques pour étudier l’État tant au « Nord » qu’au « Sud ».


English argumentary

Political scientists and anthropologists agree on the challenges of studying the “fictional reality” (Aretxaga, 2003; Abrams, 1988) that is the state, an entity and an idea difficult to grasp other than through its intermediaries (norms and laws, civil servants, buildings, etc.). Scholars have investigated the state’s “black box” through, for example, ethnographies of public services (Dubois, 2003; Bierschenk & Olivier de Sardan, 2014), or studies of the material or symbolic dimensions of “state effects” (Ferguson & Gupta, 2002; Hansen & Stepputat, 2001; Hull, 2012). In this panel, we investigate instead how affect, emotions and feelings constitute a relevant entry point into our understandings of the state. Following the affective turn, social scientists increasingly engage with the visceral and emotional dimensions of everyday life (Clough & Halley, 2007; Thrift, 2008; Gregg & Seigworth, 2010), shedding new light on, among others, topics of space, migration, professions, food, and technology. Few studies, however, have tackled affect and emotions as related to the state. Laszczkowski and Reeves’ 2015 collection on “Affective States” is a notable effort to examine the state as a space of affective engagement, one on which this panel seeks to build with specific reference to the state in the “global South” – states which often remain under-examined and/or characterized as “absent”, “failed”, or “hollowed-out”. We also aim to examine how emotions circulate between and across states, in part by applying a comparative lens with states in the “global North”, or by examining the impact of development or good-governance projects on citizens’ and civil servants’ emotional engagements with their states.

Following Herzfeld’s (1997) exploration of cultural identity and national feeling from the bottom up, this panel further aims to contribute to understanding “the state from below” through affect and emotions.

Papers can be developed along, but not limited to, the following dimensions:

  • Bureaucracies and emotions “at work”: Emotions are a crucial, although underexplored dimension of public servants’ and citizens’ daily interactions. Bureaucrats may act on the basis of fear, compassion or sadness, shame or pride; citizens may feel hope, anger, worry or (dis)trust. How do these multiple emotions interact? How do they shape, inform, or challenge codes of conduct and other “feeling rules” (Hochschild 1979), and how do “feelings rules” play into the making of public services? What do these rules tell about professional norms and values within state bureaucracies? More generally, what “work” do these emotions produce in the daily encounters with/within the state?
  • Emotional engagement and the subjective lives of the state: Working for, making use of public institutions, or, more broadly, being a citizen, entails specific perceptions, expectations and experiences of “statehood” that may be visceral or emotional. What are the productive dimensions of people’s hopes for, and disillusions with the state? How does the range of feelings of/towards the state shape political imagination? Moreover, in contexts where public services are tied into a global “aid regime”, how do development projects interact with people’s emotional engagements with the state?
  • Ethnography and emotional engagement: While there has been growing interest to incorporate the study of affect and emotions within anthropological research, doing fieldwork with or within state institutions also requires researchers to confront their own emotions “at work”. Can researchers’ emotions, when facing the state, provide interesting or relevant insight into our study the state? Which status could be given to the researchers’ emotions as far as the state is concerned? Moreover, beyond the division that remains on the very definition of “affect”, and by extension, the term’s theoretical and empirical relevance, researchers should engage in critical reflection on the categories they use (Crapanzano 1994): how are emotions and affect referred to “elsewhere”? In a context where researchers circulate worldwide, (how) should we mitigate the ethnocentric danger of studying “the other’s” affects?

Taken together, the presentations in this panel will contribute to a wider reflection on the ethnography of statehood in different contexts, specifically on the relevance or contrasting uses of feelings, emotions and affect as methodological and theoretical tools to study the state both in the global North and in the global South.


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Analyser les circulations commerciales dans les Suds de manière frontale. Essais ethnographiques et théoriques / Analyzing the complexity and variability of commercial circulations in the South. Ethnographic and theoretical experiments

Analyser les circulations commerciales dans les Suds de manière frontale. Essais ethnographiques et théoriques

Analyzing the complexity and variability of commercial circulations in the South. Ethnographic and theoretical experiments

Auteur(s) : Blaszkiewicz Hélène ;

Résumé en Français

L’objectif de ce panel est de susciter des propositions théoriques et méthodologiques permettant une analyse fine des circulations commerciales dans les Suds, en faisant apparaître leur complexité et leur variabilité. En prenant en compte l’ensemble des composantes du mouvement commercial (marchandises, acteurs, infrastructures, représentations sociales, rythmes, etc.), les communications de ce panel répondront à deux interrogations centrales.

English summary

The aim of this panel is to call for theoretical and methodological proposals that allow a fine-grained analysis of commercial circulations in the South by showing their complexity and variability. Taking into account all the components of trade flows (goods, actors, infrastructures, social representations, rhythms, etc.), the participants to this panel will answer two central questions.


Argumentaire en Français

Afin d’enrichir l’aspect méthodologique et épistémologique de l’analyse des circulations commerciales dans les Suds, ce panel se propose de réfléchir aux mouvements de marchandises de manière frontale, en prenant en compte l’ensemble des composantes du mouvement commercial (marchandises, acteurs, infrastructures, représentations sociales, politiques, temporalités, etc.). L’objectif est d’étudier les alternatives théoriques et méthodologiques dont nous disposons pour faire apparaître la variabilité et la complexité des mouvements de marchandises dans les Suds.

L’étude des circulations commerciales dans les Suds, et particulièrement en Afrique, rencontre plusieurs écueils. En effet, on remarque tout d’abord que les études quantitatives sont limitées, de par l’absence ou la non-fiabilité des chiffres disponibles sur les circulations commerciales. Le continent africain, comme un bon nombre d’espaces qualifiés de « marginaux » dans la mondialisation des échanges, est ainsi relégué aux marges des analyses quantitatives. En ce qui concerne les études qualitatives portant sur les circulations commerciales africaines, on remarque qu’elles se heurtent souvent à un problème de cloisonnement des littératures : un cloisonnement par échelle empêche de saisir la complexité de certaines circulations commerciales (comme la multinationalisation des circulations de biens alimentaires ou de consommation courante, par exemple), et un cloisonnement par acteurs empêche de repérer les entremêlements de logiques et les configurations public / privé qui se nouent autour des circulations de marchandises.

Le panel a donc pour objectif de réfléchir à la façon d’étudier concrètement et frontalement la circulation des choses dans les Suds et leur variabilité, autour de deux grandes problématiques.

Premièrement, comment étudier les marchandises en mouvement sur le terrain ? Quels regards adopter pour rendre compte des circulations, de leurs variations spatiales et temporelles et des configurations d’acteurs se mobilisant autour d’elles ? Les communications pourront, à partir de cas d’études précis, discuter les dimensions méthodologiques et épistémologiques de l’ethnographie des circulations marchandes dans les Suds.

Deuxièmement, quel cadre analytique adopter afin de saisir les mouvements de marchandises dans toute leur complexité ? Sur le terrain, on remarque en effet que les circulations de marchandises sont variées, que tous les objets ne circulent pas avec la même vitesse ou avec la même fluidité, en fonction des acteurs qui les animent ou des temporalités (saisonnières, politiques) des circulations. Quel modèle permettrait d’en rendre compte, tant dans l’écriture scientifique que dans la construction théorique ? Quelle typologie adopter, sans faire retomber l’analyse dans des conceptions scalaires trop segmentées ? Les communications pourront proposer des idéaux-types ou des classements des circulations commerciales, à partir de leurs cas d’étude.

Ce panel est ouvert aux chercheur·e·s de toute discipline des sciences sociales : il sera l’occasion de discuter de l’objet circulations de manière interdisciplinaire. L’ensemble des communications auront cependant à cœur d’étudier toutes les composantes du mouvement marchand : infrastructures matérielles et immatérielles, temporalités, itinéraires, politiques publiques et actions privées, représentations sociales et idéologies, etc. Tous ces éléments seront pris en compte de manière frontale, afin de rendre compte de la complexité et de la variabilité des circulations marchandes.


English argumentary

In order to enrich the methodological and epistemological aspect of the analysis of commercial circulations in the South, this panel proposes to reflect on the movement of goods in a frontal way, taking into account all the components of the trade movement (goods, actors, infrastructures, social representations, politics, temporalities, etc.). The aim is to study the theoretical and methodological alternatives available to us in order to reveal the variability and complexity of the movement of goods in the South.

The study of commercial flows in the South, and particularly in Africa, suffers from several pitfalls. Indeed, quantitative studies have obvious limitations, given the absence or unreliability of the available figures on commercial flows (Hibou and Samuel, 2012). The African continent, like many of the so-called “marginal” spaces in globalization studies, is thus relegated to the margins of quantitative analysis. With regard to qualitative studies of African trade circulations, they often face the problem of compartmentalized academic and policy debates: a separation by scale prevents us from grasping the complexity of certain commercial circulations, and a separation by actors prevents the identification of the interweaving of logics and the public/private configurations that are generated around the movement of goods.

The panel therefore aims to think about how to concretely study the commercial flows in the South and their variability, around two major questions.

First, how do we study goods in motion in the field? What eyes should we take to account for circulations, their spatial and temporal variations and the variability of actors mobilized around them? The participants will discuss the methodological and epistemological dimensions of the ethnography of commercial circulations in the South, based on specific case studies.

Second, what analytical framework can we adopt in order to capture the movements of goods in all their complexity? On the ground, we often notice that commercial circulations vary a lot: not all goods circulate with the same speed or with the same fluidity, depending on the actors who animate them or the temporalities (seasonal, political) when they occur. What model would account for it, both in scientific writing and in theoretical construction? What typology to adopt, without making the analysis fall back into too segmented scalar designs? Participants will propose ideal types or new categorizations of commercial circulations, based on their case studies.

This panel is open to researchers from all disciplines of the social sciences: it will be an opportunity to discuss the object of circulations in an interdisciplinary way. All participants, however, will be keen to study all the components of the trading movement: material and intangible infrastructures, temporalities, itineraries, public policies and private actions, social representations and ideologies, etc. All of these elements will be taken into account in order to reflect the complexity and variability of the commercial flows in the field.

 

 

 

 


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Réinventer les circulations en temps de ‘crises’ / Reinventing circulations at times of ‘crisis’ in West Africa

Réinventer les circulations en temps de ‘crises’

Reinventing circulations at times of ‘crisis’ in West Africa

Auteur(s) : Deridder Marie ; Ménard Anaïs ;

Résumé en Français

La notion de “crise” est aujourd’hui couramment employée en Afrique de l’Ouest. C’est devenu un outil rhétorique puissant pour mettre en œuvre des politiques restreignant la mobilité humaine. Il véhicule un imaginaire où la sécurité aurait pour conditions nécessaires le contrôle territorial et la fixation des populations dans un contexte où la mobilité fait partie intégrante des stratégies de (sur)vie. Ce panel s’intéresse aux conséquences et à l’impact performatif des politiques publiques basée sur le registre de ‘crise’.

English summary

The concept of “crisis” is today commonly used in West Africa. This narrative has become a powerful rhetorical tool to implement policies that restrict human mobility. It supports the idea that security needs to be achieved by more territorial control, which implies the ‘fixing’ of populations in a context in which mobility is a key element of livelihood and survival. This panel is concerned with the consequences and the performative impact of public policies informed by the ‘crisis’ discourse.


Argumentaire en Français

Le concept de ‘crise’, ces dernières années, a été de plus en plus employé pour désigner des situations d’insécurité économique, politique et sociale, inscrites dans le temps long en Afrique de l’Ouest. Dans cette région, la notion de ‘crise’ renvoie à des réalités contrastées, telles que les guerres civiles des années 80-90, les déplacements de populations, ou plus récemment les urgences sanitaires comme Ebola, et les mouvements armés du Sahel.

Au niveau géopolitique, les réponses apportées aux crises se traduisent souvent en termes sécuritaires, par la militarisation, la fermeture des frontières, la restriction des mouvements de population, ou encore les embargos. Le discours de la ‘crise’ est devenu un outil rhétorique puissant utilisé par les élites politiques pour mettre en œuvre des politiques visant le contrôle et la restriction de la mobilité humaine. L’action publique axée sur la résolution de ces situations de “crise” véhicule un imaginaire où la sécurité aurait pour conditions nécessaires le contrôle territorial et la fixation des populations par différents dispositifs et techniques de gouvernementalité (jeux et pressions diplomatiques, nouvelles technologies et biométrisation, barrières de « papier » bureaucratiques…). Dans le même temps, ces politiques se déploient dans un contexte où la mobilité fait partie intégrante des stratégies de (sur)vie, ce qui vient alors exacerber les vulnérabilités et les précarités de pans entiers de populations sur le continent.

Ce panel s’intéresse aux conséquences sociales et économiques des politiques publiques dont l’élaboration se base sur un discours de ‘crise’. Ces politiques ont un effet performatif au niveau local et créent des effets de cadrage qui conditionnent les pratiques liées à la mobilité. D’un côté, elles induisent une remise en ordre de l’espace public, en particulier des infrastructures et des ‘nœuds’ de circulation, tels que les points de connections (gares routières et ferroviaires, ports, aéroports), les espaces périphériques et frontaliers. Cela modifie la façon dont les acteurs y évoluent. La territorialisation et le contrôle du mouvement, en modifiant les possibilités de circulation, redéfinissent les pratiques locales et les stratégies de mobilité. D’un autre côté, les acteurs locaux (étatiques et non-étatiques, corps intermédiaires, secteurs formels, informels, privés, …) s’approprient, négocient et subvertissent les discours publics et les politiques autour de la sécurité. Les transformations en matière de politiques publiques sont donc à la fois facteurs de contraintes et d’opportunités en termes de pratiques socioéconomiques avec, par exemple, le déploiement de nouvelles pratiques de courtage pour faciliter la mobilité des individus. En ce sens, que la notion de ‘crise’ soit invoquée localement ou non, les discours de ‘crise’ sont performés au niveau local à mesure que les pratiques liées à la mobilité se transforment.

Ce panel invite des contributions basées sur des recherches ethnographiques qui examinent (1) la transformation des pratiques quotidiennes liées à la circulation en situations « de crise » et (2) la performance quotidienne par les acteurs de ces situations de “crise” dans des contextes caractérisés par une intense circulation (espaces urbains, réseaux de circulation, points de connections, zones de frontière…). Les propositions de communication peuvent être en français ou en anglais. Elles devront inclure une brève description des données empiriques mobilisées et des principaux points d’analyse qui devraient idéalement s’appuyer sur une discussion théorique et s’inscrire dans le cadre de débats scientifiques plus larges.

Bibliographie indicative

Awenengo Dalberto S., Banégas R., Cutolo A., « Biomaîtriser les identités ? État documentaire et citoyenneté au tournant biométrique », Politique africaine, vol. 152, no. 4, 2018, pp. 5-29.

De Bruijn, M., Van Dijk, R. and Dick Foeken (ed.), Mobile Africa. Changing Patterns of Movement in Africa and beyond. Leiden and Boston: Brill, 2001.

Cooper E., Pratten D. (Eds.), Ethnographies of Uncertainty in Africa, Palgrave Macmillan UK, 2014.

Brachet J., Bonnecase V., « Les « crises sahéliennes » entre perceptions locales et gestions internationales », Politique africaine, vol. 130, n° 2, 2013, pp. 5-22.

Mc Dougall S., Scheele J., Saharan Frontiers: Space and Mobility in Northwest Africa, Indiana University Press, Bloomington, 2012.

Simone A., “People as Infrastructure: Intersecting Fragments in Johannesburg”. Public Culture, 16(3), 2004, pp. 407-429.

Vigh, H. E. “Crisis and Chronicity: Anthropological Perspectives on Continuous Conflict and Decline”. Ethnos, 72(1), 2008, pp. 5-25.


English argumentary

The concept of ‘crisis’ has become a trope to designate contexts of long-term economic, political and social insecurity in West Africa. The West African region, over the last decades, has experienced a variety of ‘crisis’ situations, including civil wars, population displacements, health emergencies such as Ebola, and recent armed movements in the Sahel.

At the geopolitical level, responses to crises often involve the deployment of ‘more’ security, such as militarization, the closure of borders, restrictions of population movements, embargoes etc. The ‘crisis’ narrative has become a powerful rhetorical tool for political elites to implement policies that control and restrict human mobility. It supports the idea that security needs to be achieved by more territorial control, which implies the ‘fixing’ of populations via various governmental devices and techniques (diplomatic negotiations, biometrical and other border technologies, bureaucratization…). At the same time, those political strategies take place in a context in which mobility is a key element of livelihood and survival strategies, which tends to aggravate local vulnerabilities and may push many populations to precarious situations.

This panel is concerned with the social and economic consequences of public policies informed by the ‘crisis’ discourse. Those policies are performative in multiple ways. On the one hand, they imply a re-ordering of the public space, particularly travel infrastructures and ‘nodes’ of circulations, such as connecting areas (bus/road/train stations, harbors, airports), peripheric spaces and border zones, which modifies the way people move across them. Territorialization and control, by framing possibilities of circulating, redefine local practices and strategies of mobility. On the other hand, local actors themselves – whether they may be state or non-state, formal or informal, public or private – appropriate, negotiate and subvert public discourses and policies surrounding security. Changing policies induce new constraints, but also open up new opportunities in terms of socioeconomic practices, for instance the emergence of brokers that facilitate mobility. In this perspective, whether it may be invoked locally as such or not, the ‘crisis’ narrative is being performed locally, as practices related to mobility transform.

The panel welcomes contributions based on ethnographic research that examine (1) the transformation of everyday practices related to circulation at times of ‘crisis’ and (2) the everyday performance of ‘crisis’ in settings characterized by intense circulation (urban spaces, circulation networks, connecting areas, border zones…). Abstracts can be in English or French. They should include a brief description of empirical data and main analytical points, which should ideally be supported by theoretical concepts and speak to wider scholarly debates.

Indicative bibliography

Awenengo Dalberto S., Banégas R., Cutolo A., « Biomaîtriser les identités ? État documentaire et citoyenneté au tournant biométrique », Politique africaine, vol. 152, no. 4, 2018, pp. 5-29.

De Bruijn, M., Van Dijk, R. and Dick Foeken (ed.), Mobile Africa. Changing Patterns of Movement in Africa and beyond. Leiden and Boston: Brill, 2001.

Cooper E., Pratten D. (Eds.), Ethnographies of Uncertainty in Africa, Palgrave Macmillan UK, 2014.

Brachet J., Bonnecase V., « Les « crises sahéliennes » entre perceptions locales et gestions internationales », Politique africaine, vol. 130, n° 2, 2013, pp. 5-22.

Mc Dougall S., Scheele J., Saharan Frontiers: Space and Mobility in Northwest Africa, Indiana University Press, Bloomington, 2012.

Simone A., “People as Infrastructure: Intersecting Fragments in Johannesburg”. Public Culture, 16(3), 2004, pp. 407-429.

Vigh, H. E. “Crisis and Chronicity: Anthropological Perspectives on Continuous Conflict and Decline”. Ethnos, 72(1), 2008, pp. 5-25.


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Acteurs, modalités matérielles et technologies des circulations dans les Suds / Actors, Materialities and Technologies of Circulations in the Global South

Acteurs, modalités matérielles et technologies des circulations dans les Suds

Actors, Materialities and Technologies of Circulations in the Global South

Auteur(s) : Eyebiyi Elieth ; Berriane Johara ;

Résumé en Français

Ce panel envisage d’abord de questionner de manière transdisciplinaire les modalités matérielles et les technologies par lesquelles s’opèrent les mobilités dans les Suds, comment elles influencent le développement. Le panel interroge ensuite les différents objets, techniques et moyens qui accompagnent et participent aux mobilités des personnes et des biens. Une grande attention sera accordée aux propositions traitant des liens entre circulation, biométrie et développement ; et aux transferts nord-sud et sud-sud des technologies, en somme aux savoir-faire circulatoires, matérialités et informalités.

English summary

This panel firstly intends to question in a transdisciplinary manner the material modalities and the technologies by which mobilities operate in the Global South and how they influence development. The panel then examines the different objects, techniques and means that accompany and participate in the people and goods mobility. A particular attention will be given to proposals dealing with the links between circulations, biometrics and development; and to north-south and south-south transfers of technologies, in short to circulatory know-how, materialities and informalities.


Argumentaire en Français

Les études portant sur les migrations et plus récemment sur les mobilités, en sciences sociales et humaines, mettent de plus en plus l’accent sur la nécessité d’inscrire d’une part les migrations dans le contexte plus large des mobilités, voire des circulations (Bakewell et Landau 2018[1] ; Eyebiyi et Mendy 2019[2]), en particulier en ce qui concerne les déplacements dans les Suds. D’autre part, elles soulignent l’impérieuse nécessité de décoloniser les savoirs (Sabelo Ndlovu 2018)[3] en réexaminant non seulement les catégories produites et manipulées, les objets et les matérialités, mais surtout en donnant la parole aux acteurs, aux terrains, aux contextes, à l’histoire en train de se faire. Ainsi, analyser les migrations et les mobilités dans la perspective de comprendre leurs liens avec le développement, appelle à mieux prendre en compte la globalisation historique des phénomènes circulatoires mais aussi leur dimension contemporaine et les interconnexions qu’elles établissent entre plusieurs mondes, les nouvelles géographies qu’elles tracent au-delà des frontières physiques, coloniales ou intellectuelles existantes jusque-là.

En dépassant la focale historique et désuète Nord/Sud, tout comme une simple analyse de flux et de risques, en privilégiant des approches transdisciplinaires, ce panel vise à questionner les modalités matérielles et les technologies par lesquelles les mobilités s’opèrent dans les Suds et comment elles influencent le développement dans les pays des Suds ; et interroge dans un deuxième temps les différents objets, techniques et moyens qui accompagnent et participent aux mobilités des individus.

a) Circulations, biométrie et développement

Cet axe prêtera attention d’une part aux normes (bureaucratiques ou non) et politiques qui organisent et gouvernent les mobilités dans les pays des Suds, les acteurs et les expert(ise)s engagé (e ) s, les discours et régimes de justifications mobilisés. L’articulation avec le développement pourra être questionnée tant dans une perspective historique que contemporaine.

b) Savoir-faire circulatoires, matérialités et informalités

Cet axe reste sensible à l’analyse des savoir-faire, éléments matériels (outils, moyens, objets) et technologies mobilisés dans la mise en œuvre des projets de mobilités, de migrations et des activités notamment ‘’informelles’’ basées sur le transport, qu’ils soient migratoires ou non. Une attention particulière devra être prêtée non seulement à la description de ces objets et de leurs usages (cartes de réfugiés, bateaux, motos, carnets de vaccination,… ) mais aussi aux politiques de (non) transfert nord-sud et sud-sud qui les appuient ainsi qu’aux adaptations locales par exemple dans le cas des véhicules et moyens de transport officiels ou non des marchandises. Il s’agira de s’intéresser également aux transferts nord-sud et sud-sud des technologies et normes de contrôle des mobilités, notamment les technologies biométriques aux frontières.

Le panel encourage la candidature de jeunes chercheurs, africains ou non, travaillant dans les Suds notamment à partir de données empiriques mais aussi de sources historiques ou d’archives. Des films, reportages ou (web) documentaires illustratifs peuvent être soumis sous la forme d’un descriptif de 500 mots. Une publication est envisagée à la fin du colloque.

[1] Bakewell, O. & Landau, L (eds), 2018. Forging African Communities. Mobility, Integration and Belonging, London: Palgrave McMillan.

[2] Eyebiyi, P. E & A; Mendy (eds), 2019. Migrations, mobilités et développement en Afrique – Vol. 1. Mobilités, circulations et frontières, Montreal : Lasdel & Daraja Press.

[3] Ndlovu-Gatsheni, S J, 2018. Epistemic Freedom in Africa: Deprovincialization and Decolonization. London and New York: Routledge.


English argumentary

In the social and human sciences, researches on migration and, more recently, on mobility, are increasingly emphasizing the need to include migration in the broader context of mobility, and circulations (Bakewell and Landau 2018, Eyebiyi and Mendy 2019). This is particularly the case for movements in the South. At the same time, these recent studies underline the imperative need to decolonize knowledge (Sabelo Ndlovu 2018) by not only re-examining the categories produced and manipulated and the objects and materialities involved, but also and especially by giving voice to the actors, fields, contexts, and to the history in the making.

Thus, in order to better understand the links between migrations/mobilities and development, it is important to better take into account the historical paths of globalization and circulatory phenomena as well as their contemporary dimension and the interconnections that they establish between several worlds, the new geographies that they trace beyond the physical, colonial or intellectual boundaries existing until then.

By going beyond the historical and obsolete North / South divide, as well as a simple analysis of flows and risks, by favoring transdisciplinary approaches, this panel aims to question the material modalities and technologies that have been shaping mobility in the Global South. How do they influence development in the southern countries and what are the different objects, techniques and means that are involved in individuals’ mobility.

a) Circulation, biometrics and development

The panel will first pay attention to the bureaucratic, non-bureaucratic and political norms that organize and govern Southern countries’ mobilities as well as to the actors and experts involved and the discourses and regimes of justification adopted. The link of these modalities with development can be questioned from both a historical and a contemporary perspective.

b) Circulatory know-how, materialities and informalities

This line of reflection will focus on the analysis of the know-how, the material elements (tools, means, objects) and the technologies mobilized in the implementation of mobility and migrations projects and particularly the activities based on transport, whether they are related to migration or not. Particular attention should be given to the description of these objects (refugee cards, boats, motorcycles, vaccination cards, etc.) and their uses as well as to the north-south and south-south (non) transfer policies that support them and to the local adaptations taking place as it is for example the case of vehicles used for goods transportation. It will also focus on the North-South and South-South transfers of technologies and the standards for controlling mobility, including biometric technologies at borders.

Young researchers (African or not) who are working in and on the Global South on the basis of empirical data as well as historical sources or archives are particularly welcome. Films, webdocs or reports can also be proposed in the form of a 500 words abstract. Valuable papers might be published after the colloquium. Some grants will be available for African scholars. For more details on organisational conditions or scientific mainstream of the Colloquium please read the Call For Paper of the Colloquium to complete this panel outline.


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Les frontières en temps de crise : circulations des personnes et des objets / Borders in Times of Crisis: Circulation of People and Objects

Les frontières en temps de crise : circulations des personnes et des objets

Borders in Times of Crisis: Circulation of People and Objects

Auteur(s) : GARLIN POLITIS Fernando ; RUIZ DE ELVIRA Laura ;

Résumé en Français

Selon ce qu’elles séparent, les frontières posent différemment la question du territoire et de l’organisation du pouvoir politique et économique. Les traverser implique un passage qui est à la fois un « changement d’État » et une « transformation d’état ». Ce panel propose d’étudier ces espaces « d’exceptionnalité » et « d’incertitude » en contexte de crise politique, et ce plus particulièrement sous l’angle des circulations des personnes et des objets qui sont à l’œuvre. Il s’agira ainsi d’interroger les interactions, arrangements et conflits, les remises en cause et le renouvellement des normes et des pratiques, ou encore les dispositifs politiques, la gouvernance et la sécurisation

English summary

Depending on what they separate, borders raise different questions about the territory and the organization of political and economic power. Crossing them implies both a “change of State” and a “transformation of state”. This panel proposes to study these spaces of “exceptionality” and “uncertainty” through the prism of the circulation of people and objects in times of political crisis. More precisely, it will question the interactions, the arrangements and the conflicts around these circulations, as well as the renewal of norms and practices or else the governance and the securitization of borders.


Argumentaire en Français

Selon ce qu’elles séparent, les frontières posent différemment la question du territoire et de l’organisation du pouvoir politique et économique. Il existe plusieurs types de frontières. Celle qui sépare l’Espagne du Portugal peut être considérée comme une simple séparation symbolique tandis que celle qui divise le Mexique des États-Unis est connue pour sa dangerosité. De la même manière, entre l’Inde et le Pakistan les conflits sont récurrents et entre le Cameroun et le Nigeria la frontière est l’une des bastions de la milice djihadiste. Dans ces espaces « d’exceptionnalité » (Asad, 2004) ou « d’incertitude » (Agier, 2013), la gouvernance des États, voire des groupes non-étatiques, se joue de manière plus ou moins rigide (Mouawad, 2018) en fonction des interactions qui s’établissent entre les populations.

La traversée des frontières implique un passage qui est à la fois un changement d’État et une transformation d’état (Green, 2003). Cette dynamique a un impact sur la circulation des personnes et des objets qui les parcourent, et ce notamment en temps de crise, où le transit de personnes – de réfugiés, mais aussi de combattants, d’humanitaires, de journalistes, … – peut être tantôt ouvert, tantôt fermé, souvent par l’effet d’accords informels tandis que la commercialisation et le transport de certains produits peuvent être interdits, mais tolérés  – à l’instar de la circulation des drogues et d’autres produits illégaux comme les armes. À cause de leur perpétuelle évolution, les frontières en crise sont des espaces perçus comme des zones de « pollution » dans l’ordre international classique (Wihtol de Wenden, 2016).

Ce panel propose d’analyser les frontières en contexte de « crise politique » (Dobry, 1986) sous l’angle des circulations transnationales et/transrégionales des personnes et des objets qui sont à l’œuvre. Il s’agira ainsi d’analyser les transits, les trajectoires, les échanges quotidiens, les stratégies de survie et les arrangements dans ces espaces où la loi et l’ordre public sont continuellement négociés et rétablis. Par exemple, à la frontière colombo-vénézuélienne, les « pimpineros » (trafiquants d’essence) sont acceptés dans certains endroits, aux marges des villes et dans des implantations des populations migrantes ou indigènes, mais pénalisés publiquement quand le prix du carburant issu de la contrebande est inférieur à celui du marché. Cette économie permet à des familles précaires de subsister, mais elle les exclut dans le même temps des circuits économiques formels. Dans ces cas, l’individu, laisse derrière lui des frontières aussi bien physiques qu’immatérielles et sociales (Van Gennep, 1924). Ainsi, des configurations singulières et des moments de tension surgissent : traitement des personnes comme « stocks » (Selim & Guo, 2018), formes de sécurisation des espaces de mobilité, « extraterritorialité » des installations des camps de réfugiés aux frontières (Agier, 2014), émergence des espaces autarciques gérés par des migrants et à ce jour fort méconnus, mais aussi trafic des objets « dangereux », …

Les réflexions, comparatives ou basées sur une étude de cas, pourront s’articuler autour des trois thèmes suivants :

  • Interactions, arrangements et conflits autour des circulations entre les différents acteurs présents sur place (refugiés, migrants, populations hôtes, ONG internationales et locales, agences des Nations Unies, acteurs étatiques ou milices armées…). Quelles sont, par exemple, les logiques d’ancrage des individus et des collectifs en mouvement dans ces espaces ? Ou encore, quelles interactions peut-on y observer entre les nouveaux arrivants et les populations d’accueil ?
  • Remises en cause et renouvellement des normes et des pratiques. Dans ces moments de crise, comment les circulations des personnes et des objets transforment-elles les frontières et vice versa ? Et comment le conventions internationales, liées à la gouvernance humanitaire par exemple, sont-elles mises à l’épreuve dans ce type de contexte ?
  • Dispositifs politiques, gouvernance et sécurisation des frontières. Enfin, dans ce troisième axe, on pourra interroger la manière dont les États proposent et imposent des conditions aux circulations migratoires contemporaines, construisent des barrières, et adoptent des mutations technologiques. Comment ces appareils et dispositifs s’articulent aux plans sécuritaires ? Dans quels réseaux alternatifs participent les frontières en crise dans les pays des Suds ?

Bibliographie

Agier, M. (2013). La Condition cosmopolite. L’anthropologie à l’épreuve du piège identitaire, Paris, La Découverte.

Agier, M (dir.), Un monde de camps, Paris, La Découverte, 2014, 350 p., ISBN : 9782707183224.

Asad, T. (2004). “Where are the margins of the State?” In Anthropology in the margins of the state. Veena Das and Deborah Poole, eds. Pg. 279-288. Santa Fe: School of American Research Papers.

Dobry, M. (1986). Sociologie des crises politiques, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques.

Green, N.L. « Trans-frontieres : Pour une analyse des lieux de passage », Socio-anthropologie [En ligne], 6 | 1999, mis en ligne le 15 janvier 2003, consulté le 1 novembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/socio-anthropologie/110 ; DOI : 10.4000/socio-anthropologie.110

Mouawad, J. (2018). La région libanaise de Wadi Khaled à la frontière avec la Syrie : quelles transformations économiques en temps de paix et de guerre ?. Critique internationale, 80(3), 67-88. doi:10.3917/crii.080.0067.

Rumford, C. « Theorizing Borders », European Journal of Social Theory, 9 (2), 2006, p. 155-169.

Selim, M. & Guo, W. (2018). Exilés en stock : Nouvel objet transitionnel ou médiateur imaginaire ?. L’Homme & la Société, 206(1), 343-356. doi:10.3917/lhs.206.0343.

Van Gennep, A. (1924). Les rites de passage. Paris : Librairie Stock, Collection “La culture moderne”. [Livre mis en ligne jeudi, le 1er mai 2014, Fête des Travailleurs].

Wihtol de Wenden, C. (2016). Migrations. Une nouvelle donne, Paris, Maison des Sciences de l’Homme, coll. « Interventions ». ISBN : 978-2-7351-2273-8.


English argumentary

Depending on what they separate, borders raise the questions of territory and that of the organization of political and economic power. The border that separates Spain from Portugal can be seen as a mere symbolic dividing line, while that dividing Mexico from the United States is known for its dangerousness. Similarly, between India and Pakistan there are recurrent conflicts and between Cameroon and Nigeria the border region is one of the strongholds of the jihadist militia. In these spaces of “exceptionality” (Asad, 2004) or “uncertainty” (Agier, 2013), state governance, or even non-state groups governance, is played out in a more or less rigid manner (Mouawad, 2018) depending on the interactions that are established between the populations.

The crossing of borders involves a passage that is both a change of State and a transformation of state (Green, 2003). This dynamic has an impact on the movement of people and goods, especially so in times of crisis when the transit of people – refugees, but also fighters, humanitarian workers, journalists, etc. – may be opened or closed, often through informal agreements, while the distribution and selling of certain products may be prohibited, but tolerated – like the smuggling of drugs and other illegal products such as arms. Because of their perpetual evolution, borders in crisis are spaces perceived as “pollution” zones in the classical international order (Wihtol de Wenden, 2016).

This panel proposes to analyze borders in the context of “political crisis” (Dobry, 1986) from the perspective of the circulation of people and objects. The aim is to analyze transits, trajectories, daily exchanges, survival strategies and arrangements in these spaces where law and order are continuously negotiated and re-established. For example, on the Colombian-Venezuelan border, “pimpineros” (petrol smugglers) are accepted in some places, on the margins of cities and in settlements of migrant or indigenous populations, but are publicly penalized when the price of smuggled fuel is lower than the market price. This economy allows precarious families to subsist, but at the same time it excludes them from formal economic circuits. In these cases, the individual leaves behind physical as well as immaterial and social boundaries (Van Gennep, 1924). Thus, singular configurations and moments of tension arise: treatment of people as “stocks” (Selim & Guo, 2018), forms of securing mobility areas, “extraterritoriality” of refugee camp facilities at borders (Agier, 2014), emergence of autarkic spaces managed by migrants, which are barely known to date, but also trafficking of “dangerous” objects, etc….

The proposals for this panel, based on single-case studies or following a comparative approach, can be structured around the following three themes:

  •  Interactions, arrangements and conflicts around the different actors present in situ (refugees, migrants, host populations, international and local NGOs, UN agencies, state actors or armed militias…). How, for instance,  do the individuals and collectives in movement settle themselves these spaces? What interactions can be observed between newcomers and host populations?
  • Challenging and renewing norms and practices. In these moments of crisis, how do the movements of people and objects transform borders and vice versa? And how are international conventions, related to humanitarian governance for example, tested in this type of context?
  • Political arrangements, governance and border security. Finally, in this third axis, we can question the way in which States propose and impose conditions on contemporary migratory flows, build barriers, and adopt technological changes. How do these mechanisms relate to security plans? In which alternative and international networks are participating the borders in crisis on South countries’ ?

Bibliographie

Agier, M. (2013). La Condition cosmopolite. L’anthropologie à l’épreuve du piège identitaire, Paris, La Découverte.

Agier, M (dir.), Un monde de camps, Paris, La Découverte, 2014, 350 p., ISBN : 9782707183224.

Asad, T. (2004). “Where are the margins of the State?” In Anthropology in the margins of the state. Veena Das and Deborah Poole, eds. Pg. 279-288. Santa Fe: School of American Research Papers.

Dobry, M. (1986). Sociologie des crises politiques, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques.

Green, N.L. « Trans-frontieres : Pour une analyse des lieux de passage », Socio-anthropologie [En ligne], 6 | 1999, mis en ligne le 15 janvier 2003, consulté le 1 novembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/socio-anthropologie/110 ; DOI : 10.4000/socio-anthropologie.110

Mouawad, J. (2018). La région libanaise de Wadi Khaled à la frontière avec la Syrie : quelles transformations économiques en temps de paix et de guerre ?. Critique internationale, 80(3), 67-88. doi:10.3917/crii.080.0067.

Rumford, C. « Theorizing Borders », European Journal of Social Theory, 9 (2), 2006, p. 155-169.

Selim, M. & Guo, W. (2018). Exilés en stock : Nouvel objet transitionnel ou médiateur imaginaire ?. L’Homme & la Société, 206(1), 343-356. doi:10.3917/lhs.206.0343.

Van Gennep, A. (1924). Les rites de passage. Paris : Librairie Stock, Collection “La culture moderne”. [Livre mis en ligne jeudi, le 1er mai 2014, Fête des Travailleurs].

Wihtol de Wenden, C. (2016). Migrations. Une nouvelle donne, Paris, Maison des Sciences de l’Homme, coll. « Interventions ». ISBN : 978-2-7351-2273-8.


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