Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

Circulations de modèles contestataires en Afrique : inspirations, échanges et influences transnationales

Auteur(s) : Hazard Benoit ; Ouédraogo Jean Bernard ; Illi Jean ;

Résumé en Français

Depuis une dizaine d’années, le continent africain est traversé par des mouvements sociaux relativement inédits. Ce panel propose d’observer ces contestations à travers les liens transnationaux qui les sous-tendent. Nous nous intéresserons donc aux circulations d’idées et de pratiques issues des échanges entre les différents protagonistes des mouvements sociaux africains ou encore à l’influence d’organismes occidentaux sur l’action de certains mouvements. Tels sont les thèmes réflexifs de cette étude renvoyant tant aux histoires des mobilisations politiques africaines, qu’à l’anthropologie des acteurs.rices des mouvements contestataires ou encore à l’analyse des enjeux (géo)politiques qui se jouent à travers ces phénomènes.


Argumentaire en Français

Depuis une dizaine d’années, le continent africain est traversé par des mouvements sociaux relativement inédits. Des révolutions arabes initiées en 2010 (Hmed et Jeanpierre, 2016), jusqu’à à la révolution soudanaise de 2018, en passant par divers mouvements insurrectionnels comme au Sénégal (Awenengo-Dalberto, 2011) ou au Burkina Faso (Hagberg et al, 2015) en 2011 et 2014, ces phénomènes contestataires provoquent la recomposition voire l’émergence d’espaces, de pratiques, ou d’institutions politiques, reflets des confrontations engagées par certaines catégories sociales face aux pouvoirs étatiques. Relevant de contextes particuliers qu’il est primordial de prendre en compte et de décrire si l’on veut en saisir les complexités, ces événements témoignent d’une dynamique globale de contestation visant un système libéral issu de la mondialisation et de la captation d’une majorité des richesses par une minorité de la population ou encore des dispositifs de centralisation du pouvoir politique (Sylla, 2014). Ces phénomènes contestataires s’accompagnent également de revendications portant sur la revalorisation de la figure citoyenne et de sa souveraineté dans la société politique moderne, revendications qui se retrouvent souvent dans la promotion du concept débattu de « société civile » (Leclerc-Olive, 2013).

Observables au-delà des frontières du continent, des phénomènes contestataires similaires se font jour de par le monde. Leur diffusion semble emprunter les vecteurs de la mondialisation (les mouvements de population, les technologies de l’information) et nombre de mouvements contestataires se font écho, communiquent et collaborent, si bien que leur analyse s’avère être aujourd’hui un véritable objet d’étude transnational (Siméant, 2010, 2013). Reste donc à savoir à quel degré ces « échanges mondialisés » concernent les mouvements de contestation africains et dans quelle mesure se sont-ils ajustés aux réalités sociales locales ? Il est aussi nécessaire d’observer les limites à ces diffusions, de questionner les particularismes des modèles contestataires africains et leurs ancrages locaux déterminés par les histoires socio-politiques des espaces concernés. Enfin, ces circulations ne se jouent pas seulement entre le Nord et le Sud mais aussi de manière interne, entre les différents mouvements contestataires africains. Les circulations inter-africaines seront elles aussi au centre de nos réflexions.

Comment se jouent les circulations des modèles contestataires en Afrique subsaharienne ? A quelles échelles ? Quels en sont les vecteurs ? Les acteurs ? Les limites ? Tels sont les thèmes réflexifs de cette étude renvoyant tant à l’histoire des interactions politiques africaines, qu’à l’anthropologie des acteurs.rices des mouvements contestataires ou encore à l’analyse des enjeux (géo)politiques qui se jouent à travers ces phénomènes. La pluralité des champs d’études concernés par ces questions faisant écho à l’axe de recherche Régulations et recompositions (géo)politiques proposé par l’APAD permet d’envisager la constitution d’un panel éclectique pluridisciplinaire.

Bibliographie indicative

  • FOE Nkolo, Le postmodernisme et le nouvel esprit du capitalisme. Sur une philosophie globale d’empire, Editions du CODESRIA, 2008. 214 p.
  • NYAMNJOH Francis, #RhodesMustFall: Nibbling at resilient colonialism in South Africa, African books collective, 2016, 312 p.
  • SYLLA Ndongo Samba, Les mouvements sociaux en Afrique de l’Ouest: Entre les ravages du libéralisme économique et la promesse du libéralisme politique, s.l., Editions L’Harmattan, 2014, 457 p.
  • AWENENGO-DALBERTO Séverine, « Sénégal : les nouvelles formes de mobilisations de la jeunesse », Les carnets du CAP, 2011, no 15, p. 37-65.
  • BANÉGAS Richard, BRISSET-FOUCAULT Florence et CUTOLO Armando, « Espaces publics de la parole et pratiques de la citoyenneté en Afrique », Politique africaine, 2012, no 127, p. 5-20.
  • HAGBERG Sten, KIBORA Ludovic, OUATTARA Fatoumata et KONKOBO Adjara, « Au coeur de la révolution burkinabè », Anthropologie et développement, 42-43, 2015, p.199-226.
  • HMED Choukri, JEANPIERRE Laurent, « Révolutions et crises politiques au Maghreb et au Machrek », Actes de la recherche en sciences sociales, 2016/1 (N° 211-212), p. 4-23.
  • LECLERC-OLIVE Michèle, « Qu’a « fait » la notion de société civile ? Quelques réflexions suggérées par la crise malienne », Cahiers Sens public, vol. 15-16, no. 1, 2013, pp. 107-126.
  • SIMÉANT Johanna, « 6. La transnationalisation de l’action collective », dans AGRIKOLIANSKY Eric, Penser les mouvements sociaux. Conflits sociaux et contestations dans les sociétés contemporaines, La Découverte, 2010, pp. 121-144.
  • SIMÉANT Johanna, « Protester/mobiliser/ne pas consentir. Sur quelques avatars de la sociologie des mobilisations appliquée au continent africain », Revue internationale de politique comparée, 28 octobre 2013, vol. 20, no 2, p. 125-143.

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