Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

Des semences qui circulent, les nouveaux lieux et liens de la diffusion variétale

Auteur(s) : Ouedraogo Laurent ; Raimond Christine ; Raimond Christine ;

Résumé en Français

La circulation des semences en Afrique subsaharienne est aux confluents de dynamiques politiques, sociales et biologiques. Ce panel sera l’occasion de discuter de ces dynamiques et des leurs modalités. Les circuits, les lieux et les acteurs contemporains de la sélection et de la diffusion variétale seront mis en lumière. Les propositions de contributions qui s’intéressent aux phénomènes de collaboration, de résistance, de juxtaposition ou d’hybridation conduisant à de nouvelles normativités transformatrices des systèmes semenciers retiendront particulièrement l’attention.


Argumentaire en Français

Nées de l’harmonie entre l’activité de l’homme et les capacités d’évolution du monde vivant, les semences des plantes cultivées se situent, par essence, entre nature et culture. S’intéresser à leur circulation impose ainsi de considérer deux types de circulation : celle du matériel lui-même, qui est conditionnée par les règles économiques des marchés et par les règles culturelles régissant les rapports interindividuels ; mais aussi la circulation des gènes entre les individus d’une même espèce, déterminée par des mécanismes biologiques. Ce sont ces deux types de circulation, sociale et biologique, qui conditionnent les caractéristiques des plantes produites dans les champs et sur lesquels reposent les stratégies de sélection et d’innovation par les agriculteur.trice.s.

Depuis plusieurs décennies, en Afrique subsaharienne, de nouvelles variétés sont développées par des institutions de recherche et érigées comme de véritables « innovations variétales ». Les institutions de recherche estiment que ces innovations sont en mesure d’améliorer les conditions de vie des agriculteur.trice.s et, à terme, de garantir la sécurité alimentaire et de réduire les vulnérabilités face au changement climatique. Pour l’heure, il semble que ces innovations provoquent des transformations dans les circuits, les lieux et les acteurs de la sélection et de la diffusion des semences, mais également dans la maitrise des flux de gènes entre variétés de pays et variétés développées par la recherche. Quelles sont les conséquences de l’adoption de ces innovations variétales sur le matériel d’une part, et sur la façon dont il circule au sein des sociétés rurales d’autre part ?

La circulation croissante de matériel végétal dit « innovant » se couple en Afrique subsaharienne à un phénomène de normalisation. Depuis la création de l’Union pour la protection des obtentions végétales (UPOV) en effet, des itinéraires de production stricts, hérités du modèle européen, sont adoptés et promus par les Etats africains ; l’objectif étant que le marché soit alimenté en semences certifiées. Selon les termes des législations ouest-africains elles-mêmes, ces semences certifiées, produites selon les itinéraires mentionnés, sont les seules à pouvoir être considérées comme étant des semences « de qualité ». Dans certains milieux intellectuels pourtant, les semences certifiées font l’objet de vives résistances. Elles sont accusées d’être dangereuses pour l’autonomie des paysans et la sauvegarde de la biodiversité. De plus, le manque d’égards pour des semences non certifiées, mais utilisées chaque année par les agriculteur.trice.s, est critiqué. L’appréciation ou la dépréciation des semences certifiées se justifie-elle par une circulation inefficace des semences et des savoirs associés dans certains milieux ?

Les semences peuvent avoir été sélectionnées à partir de matériaux sauvages ou de variétés cultivées traditionnellement de génération en génération dans une localité. Elles peuvent aussi être issues de variétés développées par la recherche. La sélection, la transformation et la diffusion des semences dépendent finalement de stratégies individuelles ou collectives très diversifiées, ainsi que de nombreux acteurs dont les contacts tendent à se multiplier au gré de la globalisation. Quels sont les nouveaux acteurs, les nouveaux lieux, les nouveaux phénomènes et les nouveaux enjeux de la circulation des semences et quels sont les nouvelles formes de coopération ou les nouveaux rapports de pouvoir affectant les relations entre les différents protagonistes des systèmes semenciers ?

Le panel accueille des contributions retraçant des enquêtes récentes portant sur la circulation de semences à l’échelle locale (à définir entre le village et la petite région) et illustrant des processus d’adoption d’innovations variétales au sein de réseaux sociaux. Il encourage d’autre part des contributions relatant des situations de blocage ou, au contraire, des situations dans lesquels différents groupes sociaux collaborent pour accéder et/ou diffuser des semences. Enfin, le panel accordera une attention particulière aux contributions qui présentent certains des phénomènes d’hybridation affectant les normes de la circulation des semences et les rôles des acteurs des systèmes semenciers en Afrique subsaharienne.

Le panel s’inscrit dans les axes « Circuits, lieux et acteurs des circulations » et « Que fait la circulation aux choses ? » définis par le colloque et intègrera dans l’animation des discussions et questions de méthode (échelle d’analyse, études multisituées et modalités comparatives) soulevées par l’axe « Les terrains de la circulation ».


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