Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

Réinventer les circulations en temps de ‘crises’

Reinventing circulations at times of ‘crisis’ in West Africa

Auteur(s) : Deridder Marie ; Ménard Anaïs ;

Résumé en Français

La notion de “crise” est aujourd’hui couramment employée en Afrique de l’Ouest. C’est devenu un outil rhétorique puissant pour mettre en œuvre des politiques restreignant la mobilité humaine. Il véhicule un imaginaire où la sécurité aurait pour conditions nécessaires le contrôle territorial et la fixation des populations dans un contexte où la mobilité fait partie intégrante des stratégies de (sur)vie. Ce panel s’intéresse aux conséquences et à l’impact performatif des politiques publiques basée sur le registre de ‘crise’.

English summary

The concept of “crisis” is today commonly used in West Africa. This narrative has become a powerful rhetorical tool to implement policies that restrict human mobility. It supports the idea that security needs to be achieved by more territorial control, which implies the ‘fixing’ of populations in a context in which mobility is a key element of livelihood and survival. This panel is concerned with the consequences and the performative impact of public policies informed by the ‘crisis’ discourse.


Argumentaire en Français

Le concept de ‘crise’, ces dernières années, a été de plus en plus employé pour désigner des situations d’insécurité économique, politique et sociale, inscrites dans le temps long en Afrique de l’Ouest. Dans cette région, la notion de ‘crise’ renvoie à des réalités contrastées, telles que les guerres civiles des années 80-90, les déplacements de populations, ou plus récemment les urgences sanitaires comme Ebola, et les mouvements armés du Sahel.

Au niveau géopolitique, les réponses apportées aux crises se traduisent souvent en termes sécuritaires, par la militarisation, la fermeture des frontières, la restriction des mouvements de population, ou encore les embargos. Le discours de la ‘crise’ est devenu un outil rhétorique puissant utilisé par les élites politiques pour mettre en œuvre des politiques visant le contrôle et la restriction de la mobilité humaine. L’action publique axée sur la résolution de ces situations de “crise” véhicule un imaginaire où la sécurité aurait pour conditions nécessaires le contrôle territorial et la fixation des populations par différents dispositifs et techniques de gouvernementalité (jeux et pressions diplomatiques, nouvelles technologies et biométrisation, barrières de « papier » bureaucratiques…). Dans le même temps, ces politiques se déploient dans un contexte où la mobilité fait partie intégrante des stratégies de (sur)vie, ce qui vient alors exacerber les vulnérabilités et les précarités de pans entiers de populations sur le continent.

Ce panel s’intéresse aux conséquences sociales et économiques des politiques publiques dont l’élaboration se base sur un discours de ‘crise’. Ces politiques ont un effet performatif au niveau local et créent des effets de cadrage qui conditionnent les pratiques liées à la mobilité. D’un côté, elles induisent une remise en ordre de l’espace public, en particulier des infrastructures et des ‘nœuds’ de circulation, tels que les points de connections (gares routières et ferroviaires, ports, aéroports), les espaces périphériques et frontaliers. Cela modifie la façon dont les acteurs y évoluent. La territorialisation et le contrôle du mouvement, en modifiant les possibilités de circulation, redéfinissent les pratiques locales et les stratégies de mobilité. D’un autre côté, les acteurs locaux (étatiques et non-étatiques, corps intermédiaires, secteurs formels, informels, privés, …) s’approprient, négocient et subvertissent les discours publics et les politiques autour de la sécurité. Les transformations en matière de politiques publiques sont donc à la fois facteurs de contraintes et d’opportunités en termes de pratiques socioéconomiques avec, par exemple, le déploiement de nouvelles pratiques de courtage pour faciliter la mobilité des individus. En ce sens, que la notion de ‘crise’ soit invoquée localement ou non, les discours de ‘crise’ sont performés au niveau local à mesure que les pratiques liées à la mobilité se transforment.

Ce panel invite des contributions basées sur des recherches ethnographiques qui examinent (1) la transformation des pratiques quotidiennes liées à la circulation en situations « de crise » et (2) la performance quotidienne par les acteurs de ces situations de “crise” dans des contextes caractérisés par une intense circulation (espaces urbains, réseaux de circulation, points de connections, zones de frontière…). Les propositions de communication peuvent être en français ou en anglais. Elles devront inclure une brève description des données empiriques mobilisées et des principaux points d’analyse qui devraient idéalement s’appuyer sur une discussion théorique et s’inscrire dans le cadre de débats scientifiques plus larges.

Bibliographie indicative

Awenengo Dalberto S., Banégas R., Cutolo A., « Biomaîtriser les identités ? État documentaire et citoyenneté au tournant biométrique », Politique africaine, vol. 152, no. 4, 2018, pp. 5-29.

De Bruijn, M., Van Dijk, R. and Dick Foeken (ed.), Mobile Africa. Changing Patterns of Movement in Africa and beyond. Leiden and Boston: Brill, 2001.

Cooper E., Pratten D. (Eds.), Ethnographies of Uncertainty in Africa, Palgrave Macmillan UK, 2014.

Brachet J., Bonnecase V., « Les « crises sahéliennes » entre perceptions locales et gestions internationales », Politique africaine, vol. 130, n° 2, 2013, pp. 5-22.

Mc Dougall S., Scheele J., Saharan Frontiers: Space and Mobility in Northwest Africa, Indiana University Press, Bloomington, 2012.

Simone A., “People as Infrastructure: Intersecting Fragments in Johannesburg”. Public Culture, 16(3), 2004, pp. 407-429.

Vigh, H. E. “Crisis and Chronicity: Anthropological Perspectives on Continuous Conflict and Decline”. Ethnos, 72(1), 2008, pp. 5-25.


English argumentary

The concept of ‘crisis’ has become a trope to designate contexts of long-term economic, political and social insecurity in West Africa. The West African region, over the last decades, has experienced a variety of ‘crisis’ situations, including civil wars, population displacements, health emergencies such as Ebola, and recent armed movements in the Sahel.

At the geopolitical level, responses to crises often involve the deployment of ‘more’ security, such as militarization, the closure of borders, restrictions of population movements, embargoes etc. The ‘crisis’ narrative has become a powerful rhetorical tool for political elites to implement policies that control and restrict human mobility. It supports the idea that security needs to be achieved by more territorial control, which implies the ‘fixing’ of populations via various governmental devices and techniques (diplomatic negotiations, biometrical and other border technologies, bureaucratization…). At the same time, those political strategies take place in a context in which mobility is a key element of livelihood and survival strategies, which tends to aggravate local vulnerabilities and may push many populations to precarious situations.

This panel is concerned with the social and economic consequences of public policies informed by the ‘crisis’ discourse. Those policies are performative in multiple ways. On the one hand, they imply a re-ordering of the public space, particularly travel infrastructures and ‘nodes’ of circulations, such as connecting areas (bus/road/train stations, harbors, airports), peripheric spaces and border zones, which modifies the way people move across them. Territorialization and control, by framing possibilities of circulating, redefine local practices and strategies of mobility. On the other hand, local actors themselves – whether they may be state or non-state, formal or informal, public or private – appropriate, negotiate and subvert public discourses and policies surrounding security. Changing policies induce new constraints, but also open up new opportunities in terms of socioeconomic practices, for instance the emergence of brokers that facilitate mobility. In this perspective, whether it may be invoked locally as such or not, the ‘crisis’ narrative is being performed locally, as practices related to mobility transform.

The panel welcomes contributions based on ethnographic research that examine (1) the transformation of everyday practices related to circulation at times of ‘crisis’ and (2) the everyday performance of ‘crisis’ in settings characterized by intense circulation (urban spaces, circulation networks, connecting areas, border zones…). Abstracts can be in English or French. They should include a brief description of empirical data and main analytical points, which should ideally be supported by theoretical concepts and speak to wider scholarly debates.

Indicative bibliography

Awenengo Dalberto S., Banégas R., Cutolo A., « Biomaîtriser les identités ? État documentaire et citoyenneté au tournant biométrique », Politique africaine, vol. 152, no. 4, 2018, pp. 5-29.

De Bruijn, M., Van Dijk, R. and Dick Foeken (ed.), Mobile Africa. Changing Patterns of Movement in Africa and beyond. Leiden and Boston: Brill, 2001.

Cooper E., Pratten D. (Eds.), Ethnographies of Uncertainty in Africa, Palgrave Macmillan UK, 2014.

Brachet J., Bonnecase V., « Les « crises sahéliennes » entre perceptions locales et gestions internationales », Politique africaine, vol. 130, n° 2, 2013, pp. 5-22.

Mc Dougall S., Scheele J., Saharan Frontiers: Space and Mobility in Northwest Africa, Indiana University Press, Bloomington, 2012.

Simone A., “People as Infrastructure: Intersecting Fragments in Johannesburg”. Public Culture, 16(3), 2004, pp. 407-429.

Vigh, H. E. “Crisis and Chronicity: Anthropological Perspectives on Continuous Conflict and Decline”. Ethnos, 72(1), 2008, pp. 5-25.


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