Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

Développement de la finance et finance pour le développement

Auteur(s) : Ronal Océane ;

Dans la sphère de l’aide au développement, la première décennie des années 2000 a vu la montée d’un référentiel d’action publique orienté sur la mobilisation du secteur privé. Cherchant aussi bien à s’inspirer des méthodes qu’à attirer les ressources de ce secteur, ce référentiel infuse aujourd’hui les acteurs et les instruments de l’aide au développement à différents échelons. En s’intéressant à la manière dont le Groupe Agence française de développement (opérateur des politiques publiques françaises d’aide au développement) a récemment intensifié ses interventions via des opérations de capital investissement (ou Private Equity) dans les entreprises des pays bénéficiaires d’aide, nous proposons dans cette communication de documenter la façon dont un référentiel et un instrument empruntés au secteur financier sont pris en charge et circulent au travers de l’activité d’une institution d’aide.

En s’attachant à décrire dans quelles conditions le bailleur français investit dans des entreprises, notre contribution visera à montrer comment un référentiel financier et un instrument d’action publique sont produits et circulent, depuis les réseaux d’organisations transnationales jusqu’aux espaces d’intervention de l’aide. Pour cela (I) nous nous appuierons sur l’étude d’une littérature grise produite par les institutions internationales (Banque mondiale, Nations Unies, OCDE) et d’une documentation française, pour montrer comment le Private Equity s’est construit comme une solution de financement du développement à partir d’un référentiel financier qui s’est diffusé dans toutes les sphères de gouvernance publique de l’aide. Il s’agira notamment de décrire les logiques (sur un principe « gagnant-gagnant »), les techniques et méthodes (via le choix d’investissement), les cadres théoriques (en particulier le principe d’efficience des marchés et la théorie du ruissellement) et les images subjectives (telle que celle du « courtier honnête » du développement) qui incarnent ce référentiel. Puis (II) en décrivant ce que recouvre cette « solution financiarisée », autrement dit en décrivant comment les acteurs s’organisent concrètement pour réaliser ces investissements, nous montrerons comment ce référentiel se diffuse hors des sphères institutionnelles du développement, construisant ainsi un réseau de circulation multi acteurs. Nous nous appuierons notamment pour cela sur l’importance de l’organisation transnationale du Groupe AFD auprès duquel nous avons pu enquêter à Paris ainsi que dans deux représentations de l’institution à l’étranger (en Afrique de l’Est et de l’Ouest) et sur la centralité du rôle joué par les sociétés de gestion d’actifs comme intermédiaires clés dans le processus de circulation du référentiel financier et l’expansion des activités de Private Equity. Enfin (III), nous évoquerons trois résistances à cette circulation : une résistance institutionnelle (générée par un conflit de vision politique au sein du Groupe AFD entre la figure historique du « banquier » et celle du « financier » du développement) ; une résistance structurelle des terrains d’intervention (dans la mesure où référentiel et instrument financiers mobilisés par l’action publique devancent les structures locales de marché sur lesquelles ils reposent) ; et une résistance imposée par la réalité des situations locales (notamment une asymétrie des savoirs et des compétences financières entre l’institution et les entreprises dans lesquelles elle vise à investir).


Mot-clé : action publique, développement, finance, et Private-Equity
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