Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

Les mobilités d’étude nord-américaines à Dakar (Sénégal) : quels savoirs construits sur et depuis l’Afrique ?

Auteur(s) : HELENE QUASHIE ;

Peu de recherches en sciences sociales sur l’Afrique subsaharienne interrogent les mobilités et migrations qu’elle accueille en provenance de pays occidentaux. Cette contribution s’intéresse en particulier à des mobilités pour étude depuis les Etats-Unis (et minoritairement depuis le Canada) à destination du Sénégal. Ce pays d’Afrique de l’Ouest, habituellement étudié pour ses migrations vers l’Europe, l’Asie et les Amériques, connait de longue date de multiples circulations venues de ces mêmes continents, parmi lesquelles celles de programmes universitaires nord-américains semestriels à Dakar.

Ces programmes présentent des rhétoriques de découverte et des visites fondées sur un imaginaire favorisant l’immersion culturelle des étudiants dans la société locale. Ce processus est accompagné de cours d’histoire politique, de philosophie religieuse, d’économie du développement, de littérature africaine, de musique et danse africaines, et de langues locales. Certains programmes adoptent des enseignements décoloniaux et favorisent la venue d’étudiants afro-américains. Tous proposent des recherches exploratoires ou des stages dans des écoles, associations ou structures de développement. Enfin, loger les étudiants dans des familles d’accueil, en milieu rural et urbain, pour comprendre in situ les « valeurs » locales, complète cet apprentissage, qui reprend, selon les programmes, des pratiques de l’ethnologie africaniste.

Ce système universitaire transnational entre l’Amérique du Nord et le Sénégal imite les programmes Erasmus européens, mais n’inclut pas d’échange académique avec des institutions sénégalaises. Il prend appui sur des instituts supérieurs privés et des centres d’accueil implantés à Dakar dirigés par d’anciens membres du Peace Corps ou son personnel local, d’anciens étudiants nord-américains qui ont côtoyé ces centres, ou des universitaires sénégalais de la diaspora en poste aux Etats-Unis ou qui l’ont été. Ces lieux d’accueil sont en relation avec des universités nord-américaines, via des structures intermédiaires américaines ou françaises. Les étudiants qu’elles attirent envisagent de travailler dans l’humanitaire, le développement, les arts, le journalisme, le secteur médical, et veulent bénéficier d’une expérience culturelle forte. La majorité de leurs encadrants, enseignants et référents administratifs est aujourd’hui sénégalaise. Ils souhaitent montrer une Afrique différente des clichés médiatiques nord-américains et visent souvent une « désoccidentalisation » du regard. En outre, dans certains programmes, des étudiants sénégalais et africains sont sélectionnés et constituent des « ponts culturels » pour leurs homologues nord-américains. Ils valorisent leur participation comme une opportunité de parfaire leur anglais, de créer des contacts, de s’ouvrir à d’autres horizons et à des enseignements dont ils ne bénéficient pas dans leurs institutions locales.

Cette communication s’appuie sur une étude socio-anthropologique au long cours dans cinq programmes d’étude à Dakar. Elle interrogera ce qu’ils disent des imaginaires construits sur l’Afrique et des savoirs ainsi produits. Mais aussi la façon dont ces derniers s’appuient sur les trajectoires personnelles et professionnelles des membres des équipes de ces programmes. Enfin, il s’agira de questionner si et comment des enseignements décoloniaux reproduisent malgré tout la fracture Nord-Sud et les privilèges inhérents à ce système éducatif néolibéral.


Mot-clé : Amérique du Nord, mobilité pour étude, and Sénégal

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