Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

Les frontières en temps de crise : circulations des personnes et des objets

Borders in Times of Crisis: Circulation of People and Objects

Auteur(s) : GARLIN POLITIS Fernando ; RUIZ DE ELVIRA Laura ;

Résumé en Français

Selon ce qu’elles séparent, les frontières posent différemment la question du territoire et de l’organisation du pouvoir politique et économique. Les traverser implique un passage qui est à la fois un « changement d’État » et une « transformation d’état ». Ce panel propose d’étudier ces espaces « d’exceptionnalité » et « d’incertitude » en contexte de crise politique, et ce plus particulièrement sous l’angle des circulations des personnes et des objets qui sont à l’œuvre. Il s’agira ainsi d’interroger les interactions, arrangements et conflits, les remises en cause et le renouvellement des normes et des pratiques, ou encore les dispositifs politiques, la gouvernance et la sécurisation

English summary

Depending on what they separate, borders raise different questions about the territory and the organization of political and economic power. Crossing them implies both a “change of State” and a “transformation of state”. This panel proposes to study these spaces of “exceptionality” and “uncertainty” through the prism of the circulation of people and objects in times of political crisis. More precisely, it will question the interactions, the arrangements and the conflicts around these circulations, as well as the renewal of norms and practices or else the governance and the securitization of borders.


Argumentaire en Français

Selon ce qu’elles séparent, les frontières posent différemment la question du territoire et de l’organisation du pouvoir politique et économique. Il existe plusieurs types de frontières. Celle qui sépare l’Espagne du Portugal peut être considérée comme une simple séparation symbolique tandis que celle qui divise le Mexique des États-Unis est connue pour sa dangerosité. De la même manière, entre l’Inde et le Pakistan les conflits sont récurrents et entre le Cameroun et le Nigeria la frontière est l’une des bastions de la milice djihadiste. Dans ces espaces « d’exceptionnalité » (Asad, 2004) ou « d’incertitude » (Agier, 2013), la gouvernance des États, voire des groupes non-étatiques, se joue de manière plus ou moins rigide (Mouawad, 2018) en fonction des interactions qui s’établissent entre les populations.

La traversée des frontières implique un passage qui est à la fois un changement d’État et une transformation d’état (Green, 2003). Cette dynamique a un impact sur la circulation des personnes et des objets qui les parcourent, et ce notamment en temps de crise, où le transit de personnes – de réfugiés, mais aussi de combattants, d’humanitaires, de journalistes, … – peut être tantôt ouvert, tantôt fermé, souvent par l’effet d’accords informels tandis que la commercialisation et le transport de certains produits peuvent être interdits, mais tolérés  – à l’instar de la circulation des drogues et d’autres produits illégaux comme les armes. À cause de leur perpétuelle évolution, les frontières en crise sont des espaces perçus comme des zones de « pollution » dans l’ordre international classique (Wihtol de Wenden, 2016).

Ce panel propose d’analyser les frontières en contexte de « crise politique » (Dobry, 1986) sous l’angle des circulations transnationales et/transrégionales des personnes et des objets qui sont à l’œuvre. Il s’agira ainsi d’analyser les transits, les trajectoires, les échanges quotidiens, les stratégies de survie et les arrangements dans ces espaces où la loi et l’ordre public sont continuellement négociés et rétablis. Par exemple, à la frontière colombo-vénézuélienne, les « pimpineros » (trafiquants d’essence) sont acceptés dans certains endroits, aux marges des villes et dans des implantations des populations migrantes ou indigènes, mais pénalisés publiquement quand le prix du carburant issu de la contrebande est inférieur à celui du marché. Cette économie permet à des familles précaires de subsister, mais elle les exclut dans le même temps des circuits économiques formels. Dans ces cas, l’individu, laisse derrière lui des frontières aussi bien physiques qu’immatérielles et sociales (Van Gennep, 1924). Ainsi, des configurations singulières et des moments de tension surgissent : traitement des personnes comme « stocks » (Selim & Guo, 2018), formes de sécurisation des espaces de mobilité, « extraterritorialité » des installations des camps de réfugiés aux frontières (Agier, 2014), émergence des espaces autarciques gérés par des migrants et à ce jour fort méconnus, mais aussi trafic des objets « dangereux », …

Les réflexions, comparatives ou basées sur une étude de cas, pourront s’articuler autour des trois thèmes suivants :

  • Interactions, arrangements et conflits autour des circulations entre les différents acteurs présents sur place (refugiés, migrants, populations hôtes, ONG internationales et locales, agences des Nations Unies, acteurs étatiques ou milices armées…). Quelles sont, par exemple, les logiques d’ancrage des individus et des collectifs en mouvement dans ces espaces ? Ou encore, quelles interactions peut-on y observer entre les nouveaux arrivants et les populations d’accueil ?
  • Remises en cause et renouvellement des normes et des pratiques. Dans ces moments de crise, comment les circulations des personnes et des objets transforment-elles les frontières et vice versa ? Et comment le conventions internationales, liées à la gouvernance humanitaire par exemple, sont-elles mises à l’épreuve dans ce type de contexte ?
  • Dispositifs politiques, gouvernance et sécurisation des frontières. Enfin, dans ce troisième axe, on pourra interroger la manière dont les États proposent et imposent des conditions aux circulations migratoires contemporaines, construisent des barrières, et adoptent des mutations technologiques. Comment ces appareils et dispositifs s’articulent aux plans sécuritaires ? Dans quels réseaux alternatifs participent les frontières en crise dans les pays des Suds ?

Bibliographie

Agier, M. (2013). La Condition cosmopolite. L’anthropologie à l’épreuve du piège identitaire, Paris, La Découverte.

Agier, M (dir.), Un monde de camps, Paris, La Découverte, 2014, 350 p., ISBN : 9782707183224.

Asad, T. (2004). “Where are the margins of the State?” In Anthropology in the margins of the state. Veena Das and Deborah Poole, eds. Pg. 279-288. Santa Fe: School of American Research Papers.

Dobry, M. (1986). Sociologie des crises politiques, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques.

Green, N.L. « Trans-frontieres : Pour une analyse des lieux de passage », Socio-anthropologie [En ligne], 6 | 1999, mis en ligne le 15 janvier 2003, consulté le 1 novembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/socio-anthropologie/110 ; DOI : 10.4000/socio-anthropologie.110

Mouawad, J. (2018). La région libanaise de Wadi Khaled à la frontière avec la Syrie : quelles transformations économiques en temps de paix et de guerre ?. Critique internationale, 80(3), 67-88. doi:10.3917/crii.080.0067.

Rumford, C. « Theorizing Borders », European Journal of Social Theory, 9 (2), 2006, p. 155-169.

Selim, M. & Guo, W. (2018). Exilés en stock : Nouvel objet transitionnel ou médiateur imaginaire ?. L’Homme & la Société, 206(1), 343-356. doi:10.3917/lhs.206.0343.

Van Gennep, A. (1924). Les rites de passage. Paris : Librairie Stock, Collection “La culture moderne”. [Livre mis en ligne jeudi, le 1er mai 2014, Fête des Travailleurs].

Wihtol de Wenden, C. (2016). Migrations. Une nouvelle donne, Paris, Maison des Sciences de l’Homme, coll. « Interventions ». ISBN : 978-2-7351-2273-8.


English argumentary

Depending on what they separate, borders raise the questions of territory and that of the organization of political and economic power. The border that separates Spain from Portugal can be seen as a mere symbolic dividing line, while that dividing Mexico from the United States is known for its dangerousness. Similarly, between India and Pakistan there are recurrent conflicts and between Cameroon and Nigeria the border region is one of the strongholds of the jihadist militia. In these spaces of “exceptionality” (Asad, 2004) or “uncertainty” (Agier, 2013), state governance, or even non-state groups governance, is played out in a more or less rigid manner (Mouawad, 2018) depending on the interactions that are established between the populations.

The crossing of borders involves a passage that is both a change of State and a transformation of state (Green, 2003). This dynamic has an impact on the movement of people and goods, especially so in times of crisis when the transit of people – refugees, but also fighters, humanitarian workers, journalists, etc. – may be opened or closed, often through informal agreements, while the distribution and selling of certain products may be prohibited, but tolerated – like the smuggling of drugs and other illegal products such as arms. Because of their perpetual evolution, borders in crisis are spaces perceived as “pollution” zones in the classical international order (Wihtol de Wenden, 2016).

This panel proposes to analyze borders in the context of “political crisis” (Dobry, 1986) from the perspective of the circulation of people and objects. The aim is to analyze transits, trajectories, daily exchanges, survival strategies and arrangements in these spaces where law and order are continuously negotiated and re-established. For example, on the Colombian-Venezuelan border, “pimpineros” (petrol smugglers) are accepted in some places, on the margins of cities and in settlements of migrant or indigenous populations, but are publicly penalized when the price of smuggled fuel is lower than the market price. This economy allows precarious families to subsist, but at the same time it excludes them from formal economic circuits. In these cases, the individual leaves behind physical as well as immaterial and social boundaries (Van Gennep, 1924). Thus, singular configurations and moments of tension arise: treatment of people as “stocks” (Selim & Guo, 2018), forms of securing mobility areas, “extraterritoriality” of refugee camp facilities at borders (Agier, 2014), emergence of autarkic spaces managed by migrants, which are barely known to date, but also trafficking of “dangerous” objects, etc….

The proposals for this panel, based on single-case studies or following a comparative approach, can be structured around the following three themes:

  •  Interactions, arrangements and conflicts around the different actors present in situ (refugees, migrants, host populations, international and local NGOs, UN agencies, state actors or armed militias…). How, for instance,  do the individuals and collectives in movement settle themselves these spaces? What interactions can be observed between newcomers and host populations?
  • Challenging and renewing norms and practices. In these moments of crisis, how do the movements of people and objects transform borders and vice versa? And how are international conventions, related to humanitarian governance for example, tested in this type of context?
  • Political arrangements, governance and border security. Finally, in this third axis, we can question the way in which States propose and impose conditions on contemporary migratory flows, build barriers, and adopt technological changes. How do these mechanisms relate to security plans? In which alternative and international networks are participating the borders in crisis on South countries’ ?

Bibliographie

Agier, M. (2013). La Condition cosmopolite. L’anthropologie à l’épreuve du piège identitaire, Paris, La Découverte.

Agier, M (dir.), Un monde de camps, Paris, La Découverte, 2014, 350 p., ISBN : 9782707183224.

Asad, T. (2004). “Where are the margins of the State?” In Anthropology in the margins of the state. Veena Das and Deborah Poole, eds. Pg. 279-288. Santa Fe: School of American Research Papers.

Dobry, M. (1986). Sociologie des crises politiques, Paris, Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques.

Green, N.L. « Trans-frontieres : Pour une analyse des lieux de passage », Socio-anthropologie [En ligne], 6 | 1999, mis en ligne le 15 janvier 2003, consulté le 1 novembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/socio-anthropologie/110 ; DOI : 10.4000/socio-anthropologie.110

Mouawad, J. (2018). La région libanaise de Wadi Khaled à la frontière avec la Syrie : quelles transformations économiques en temps de paix et de guerre ?. Critique internationale, 80(3), 67-88. doi:10.3917/crii.080.0067.

Rumford, C. « Theorizing Borders », European Journal of Social Theory, 9 (2), 2006, p. 155-169.

Selim, M. & Guo, W. (2018). Exilés en stock : Nouvel objet transitionnel ou médiateur imaginaire ?. L’Homme & la Société, 206(1), 343-356. doi:10.3917/lhs.206.0343.

Van Gennep, A. (1924). Les rites de passage. Paris : Librairie Stock, Collection “La culture moderne”. [Livre mis en ligne jeudi, le 1er mai 2014, Fête des Travailleurs].

Wihtol de Wenden, C. (2016). Migrations. Une nouvelle donne, Paris, Maison des Sciences de l’Homme, coll. « Interventions ». ISBN : 978-2-7351-2273-8.


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