Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

L’espace du genre : circulations de corps et d’objets sexués dans le Sud global

Auteur(s) : Hamberger Klaus ; Manetta Delphine ;

Résumé en Français

Ce panel propose d’interroger la production du genre par et à travers les circulations (des corps humains, des biens de consommation, des outils, techniques et savoirs). Il vise à éclairer la manière dont ces circulations – que ce soit à l’échelle locale, régionale ou globale – contribuent à produire, à reproduire ou à transformer les corps sexués, soit à les concevoir non seulement comme des processus sexués, mais aussi comme des processus sexuants.

Le panel accueillera des interventions basées sur des d’études ethnographiques approfondies, et qui portent une attention particulière à la dimension spatiale et matérielle du genre dans le Sud global.


Argumentaire en Français

Le caractère sexué des circulations de personnes et de biens dans les pays du Sud – que ce soit à l’échelle locale, régionale ou globale – est régulièrement mentionné dans la littérature scientifique, à l’exemple des motos ramenées par les jeunes hommes partis en campement d’orpaillage et du trousseau constitué par les filles domestiques, en passant par les villas construites par les migrants de travail dans leur village natal, aux marchandises véhiculées par les commerçantes transnationales.

En revanche, les manières dont ces circulations façonnent et transforment à leur tour les genres restent souvent obscures. Quels impacts l’arrivée de nouveaux types de marchandises et des technologies associées a-t-elle sur les techniques de corps qui façonnent le genre ? Comment les mobilités accélérées des individus et des familles modifient les habitus corporels, de la division du travail jusqu’aux sexualités ? Dans quelle mesure les flux d’argent transforment-ils les corps dont ils traversent les mains ou les plis de pagne ?

Ce panel propose d’interroger la production du genre par et à travers les circulations (des corps humains, des biens de consommation qui les reproduisent, des outils qui les étendent, des techniques qui les mobilisent, des savoirs qui les représentent) en appréhendant le genre dans sa matérialité et dans sa spatialité.

Il s’agit d’analyser ce rapport à partir des configurations résidentielles, de la division des activités, des usages sexués des lieux (tels que les maisons, les marchés, les maquis, les bars, les rues, les moyens de transport, etc.), de l’accès aux biens de consommation ou des échanges économico-sexuels, et de se demander dans quelle mesure les circulations des personnes et des biens refaçonnent simultanément les espaces et les corps sexués. Par exemple, les migrations circulaires des jeunes hommes ont entraîné la multiplication des chambres de location dans les quartiers péricentraux, chambres dont l’étroitesse donne lieu à de nouvelles formes de sociabilité masculine dans les rues et les places publiques. A cet éloignement des hommes correspond l’émergence des espaces de commerce féminins aux abords des maisons tels que des salons de coiffure, des échoppes ou des étals. Ce façonnage mutuel entre corps et espace ne se réduit toutefois pas à leur usage, mais il implique leur production matérielle – qu’il s’agisse de l’alimentation, de l’activité musculaire, de l’équipement en outils et en vêtements, de la construction évolutive de l’habitat de cour ou de l’aménagement du terrain dans les quartiers non lotis.

Situées aussi bien à l’échelle régionale qu’internationale, ces circulations des personnes sont fortement orientées par celles des biens et des techniques qui refaçonnent à leur tour les espaces où les migrantes et migrants travaillent et vivent – telles les boutiques qui les embauchent comme vendeuses ou les chantiers qui les attirent comme maçons.

Ce panel vise à éclairer la manière dont les circulations des corps sexués et des éléments (alimentaires, vestimentaires, technologiques) qui les composent contribuent à produire, à reproduire ou à transformer ces corps en tant que tels, soit à les concevoir non seulement comme des processus sexués, mais aussi comme des processus sexuants. Comment ces circulations contribuent-elles à (re)structurer l’espace des genres ? Dans quelle mesure s’inscrivent-elles dans la continuité des dynamiques complexes de différenciation des genres dans les pays du Sud, et dans quelle mesure y introduisent-elles des ruptures ?

Le panel accueillera des interventions qui cherchent à répondre à ces questions sur la base d’études ethnographiques approfondies, allant de la reconstitution de trajectoires biographiques à l’observation des interactions quotidiennes, et qui portent une attention particulière à la dimension spatiale et matérielle du genre dans le Sud global.


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