Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

La circulation du genre dans un contexte africain

Auteur(s) : ALHASSOUMI Hadizatou ;

L’article se propose d’analyser la circulation du concept de genre, porté par des mouvements locaux d’émancipation des femmes s’inscrivant désormais dans des réseaux mondialisés d’échanges. Nous proposons d’appréhender la trajectoire du genre à travers la confédération nationale des ONG et associations féminines du Niger. La CONGAFEN est créée en 1995 à la faveur des préparatifs de la 4ème Conférence de Beijing sur les femmes. Avec l’appui des partenaires au développement, ses activités consistent d’une part à susciter un engagement de la population en faveur d’une lutte contre les différentes formes de violence et pratiques portant atteintes aux droits et libertés des femmes. D’autre part, adopter des stratégies de renforcement du cadre institutionnel.

Il s’agit d’interroger le cheminement du genre depuis le niveau global avec les soutiens et les alliances internationaux favorisés par la Conférence, les circuits empruntés pour parvenir à une reconnaissance institutionnelle et juridique au niveau national. Qui sont les femmes engagées dans ces structures ? Quelles interactions avec d’autres institutions de développement engagées sur les questions de genre ? Quelles stratégies sont développées selon les lieux et les circonstances pour lever/contourner des obstacles ? Quelles appropriations locales du concept sur les terrains du développement ?

Le mouvement MMD, Mata Masu Dubara, « les femmes ingénieuses » né au niveau local sous l’initiative de l’ONG CARE Internationale en 1989 semble être une bonne expérience de parcours du genre en tant qu’approche d’émancipation des femmes et de défense de leurs droits. La démarche consiste à organiser les femmes autour de caisse « asusu » d’épargne et de crédit. Les différentes phases de mise en œuvre des programme MMD qui se sont succédées ont connu une évolution de l’approche allant de la satisfaction des besoins pratiques vers la prise en compte des intérêts stratégiques. Cette approche qui était pensée en termes de résilience pour des personnes vulnérables a progressivement porté une dimension politique. En effet, la plupart des conseillères municipales du pays sont issues des groupements MMD. Aujourd’hui, ces groupements MMD réunis en réseau et en fédération organisent autour des municipalités des plateformes au sein desquelles elles mobilisent d’autres acteurs notamment les leaders religieux et coutumiers pour débattre des problèmes sociétaux et conduire des actions en vue de changements de comportements. Ce modèle qui semble avoir fait ses preuves, est adopté par plusieurs intervenants de développement et est mis en oeuvre dans d’autres pays africains. Nous proposons de suivre  la diffusion du genre par le mouvement MMD du local vers le global à travers les lieux et les circuits de connexion, dans l’espace et dans le temps : qui sont les femmes membres des groupements MMD ? Quelles stratégies mobilisées et pour quelles interactions avec leurs communautés ? Quelles forces permettent au mouvement de se maintenir dans des contextes peu favorables au changement de normes sociales ? Dans quelles mesures les structures de la CONGAFEN et celles du MMD se renforcent mutuellement ?

Dans une perspective compréhensive nous proposons d’interroger la dynamique de circulation du genre dans un double mouvement du global vers le local et du local vers le global.

 


Mot-clé : circulation et Genre
Toutes les communications appartenant au même panel :

Voir le panel Circulations de modèles contestataires en Afrique : inspirations, échanges et influences transnationales /

Voir tous les panels du colloque Apad conference 2020