Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

Protestation des organisations islamiques au Mali et émergence d’espaces publics religieux suite à l’adoption du code de la famille en 2009

Auteur(s) : KONE OUSMANE ;

Suite à la pression des organisations féminines, des militants des droits de l’homme et de la communauté internationale, le Mali a lancé officiellement les travaux d’élaboration d’un code de la famille en 1998. Pour l’État malien, il s’agissait, à travers cette initiative, de corriger les insuffisances de l’ancien code du mariage et de la tutelle adopté en 1962 et de « mettre fin » aux discriminations envers les femmes[1].

 

Aussitôt après son adoption par l’Assemblée nationale le 3 août 2009, le projet de code de la famille, jugé progressiste et favorable à l’égalité des sexes, va susciter une vive polémique au sein de la société civile malienne et polariser les débats entre ses défenseurs (les organisations féminines et les militants des droits de l’homme) et ses pourfendeurs (les organisations islamiques). Suite à une vive protestation des organisations islamiques, avec à leur tête le Haut Conseil islamique du Mali, le texte a été rejeté. Les organisations islamiques reprochent au texte d’aller à l’encontre des « valeurs islamiques et culturelles maliennes ».

Grâce à l’efficacité et à la particularité des stratégies protestataires mises en place, aussi bien sur le plan de la communication que des actions collectives, elles réussiront à infléchir le processus en leur faveur. Autrement dit, l’ampleur des mobilisations protestations était telle que le Président de la République avait  été contrait de renvoyer le texte en seconde lecture. Ainsi, le 2 décembre 2011, une nouvelle version qui prendra en compte l’ensemble de leurs revendications sera adoptée.

 

Depuis le succès de leur protestation en 2009 et la réorientation du processus en leur faveur, les acteurs islamiques se sont repositionnés au sein de l’espace public de débat au Mali au point qu’on parle maintenant d’espace public religieux. En effet, depuis leur victoire, aucune politique publique n’est adoptée, aucun débat sérieux sur la vie de la Nation ne se déroule, sans qu’ils n’y soient consultés. Aujourd’hui, ce repositionnement des acteurs religieux islamiques dans la sphère publique a fait d’eux la frange la plus dynamique de la société civile malienne.

Notre communication, qui s’inscrit principalement dans le champ de la sociologie politique[2], vise donc analyser la particularité de cette protestation collective, particulièrement l’efficacité des stratégies de communication et d’actions collectives mises en place, lesquelles contrastent avec plusieurs modèles en circulation en Afrique ou en Occident. Précisément, il s’agira de répondre aux questions suivantes: En quoi les stratégies protestataires mises en place par les organisations islamiques en 2009 se distinguent des autres modèles en circulation? Comment la victoire des acteurs islamique a-elle permis l’émergence d’espaces publics religieux au Mali?

Notre communication tentera de répondre à ces questions. Pour ce faire, nous nous focaliserons sur des données empiriques collectées entre janvier et avril 2013 au Mali ainsi que sur la riche littérature grise et scientifique sur le sujet.

[1] GAREJ (1995), La situation de la femme dans le droit positif malien et ses perspectives d’évolution, Bamako, GAREJ.

[2] Nous sommes bien conscient du fait que « l’analyse de la protestation collective en Afrique reste un objet relativement négligé des sciences sociales » (Lafargue, 1996: 20).


Mot-clé : espace public religieux, Mali, mobilisation sociale, organisations islamiques, société civile, et stratégies de communication et d'actions collectives
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