Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development
L’enchevêtrement des crises au Sahel : conférence

L’enchevêtrement des crises au Sahel : conférence

Jean-Pierre Olivier de Sardan présentera son livre lors d’une conférence o-organisée par le Pôle foncier et la MSH Sud, en partenariat avec l’APAD, jeudi 14 mars à l’auditorium de l’Université Paul Valéry, site Saint Charles 2, à Montpellier.

La conférence sera transmise en direct via le lien « en direct de la MSH Sud » sur la page de la conférence sur l’agenda de la MSH Sud : https://www.mshsud.org/agenda/conversation-des-sciences-avec-jean-pierre-olivier-de-sardan/

Online Research Seminar

Mobilisation politique ou instrumentalisation ? La participation des moto-taximen dans les manifestations publiques à Kinshasa

par Sylvie Ayimpam

Vendredi 16 février 2024

12h30 – 13h30 (Brussels Time) – 11h30 – 12h30 (GMT)

Zoomlink: https://us06web.zoom.us/j/86747609174?pwd=DOZPDzk69rqFwama9Wv0Lz3kZlvDI0.1

Depuis quelques années à Kinshasa, les caravanes motorisées de taxi-motos participent – moyennant rémunération – à diverses formes de manifestations publiques : campagnes publicitaires, processions religieuses, cortèges funéraires, cortèges de mariage, cortèges de candidats en campagne électorale, etc. Nous nous intéressons particulièrement ici au recours de plus en plus fréquent aux moto-taximen par les acteurs politiques dans leurs manifestations publiques. La question que nous nous sommes posée est de savoir si la participation effective des moto-taximen à des actions politiques constitue une forme de « démocratie directe » qui serait susceptible d’élargir l’expression politique des classes populaires congolaises. Étant donné que les moto-taximen tendent à devenir des accompagnateurs importants des manifestations de soutien ou de protestation politiques, nous proposons d’explorer l’hypothèse selon laquelle l’essor de l’activité des taxi-motos et leur présence massive et bruyante dans le paysage urbain pourraient concourir à l’émergence d’une forme nouvelle et originale de mobilisation politique. Nous allons examiner quelques manifestations récentes de protestation politiques des moto-taximen, extraites de nos matériaux d’enquête collectés dans le cadre d’une recherche ethnographique en cours sur les dimensions sociopolitiques de l’activité des taxi-motos.

Sylvie Ayimpam est chercheure affiliée à l’Institut des Mondes Africains à Aix-Marseille université. Ses recherches portent sur plusieurs thématiques, notamment sur les régulations informelles, les mobilisations sociales et le syndicalisme des précaires, l’économie des restes et du recyclage.

Contacts: marie.deridder@uclouvain.be  draboseyd@yahoo.fr

Online Research Seminar

Online Research Seminar

La société civile dans l’arène de la « formalisation » de l’extraction minière à petite échelle au Mali

by N’gna TRAORE

Vendredi 19 janvier 2024
12h30 – 13h30 (Brussels Time) – 11h30 – 12h30 (GMT)
Lien Zoom:
https://us06web.zoom.us/j/86747609174?pwd=DOZPDzk69rqFwama9Wv0Lz3kZlvDI0.1

Le séminaire propose une réflexion sur les logiques et pratiques d’acteurs de la société civile dans la formalisation de l’extraction minière à petite échelle au Mali. Le boom minier africain des dernières décennies s’est traduit par l’installation des sociétés minières et une multiplication des sites « informels » /illégaux d’extraction à petite échelle.  L’empiètement des titres miniers des sociétés, les pertes fiscales pour l’Etat et des externalités environnementales et sociales ont caractérisé ce mode d’extraction et suscité des discours et politiques publiques pour sa « formalisation » /légalisation. Plusieurs organisations de la société civile regroupant des exploitants miniers à petite échelle et/ou s’exprimant en leur nom dans les débats nationaux ou dans les zones minières ont affirmé leur soutien à la réorganisation du secteur ou pris part aux forums sur la politique de formalisation. Cependant en raison de la rupture de cette politique avec la gestion informelle et les conflits de pouvoir et de légitimité qu’elle engendre, sa mise en œuvre est confrontée à la duplicité de ses promoteurs qui, tout en prônant la réorganisation du secteur minier informel, déploient des stratégies souterraines pour sa persévérance. A la lumière de longues expériences de terrains doctoraux et postdoctoraux sur l’orpaillage dans le sud et l’ouest du Mali, ce séminaire aborde la formalisation de l’extraction minière à petite échelle comme une arène où des logiques et pratiques d’acteurs de la société civile se déploient à travers les connexions entre les échelles locale et nationale du secteur minier et celles de la vie politique.

N’gna Traoré est chercheur à l’Institut des Sciences Humaines (ISH) de Bamako. Il assure également les fonctions de chef du département socio-anthropologie à l’ISH. Ses recherches portent sur les politiques minières et les mobilités autour des espaces d’orpaillage. Elles ont antérieurement porté sur les mégaprojets et recasement des populations, le foncier, la démocratie locale, la société civile, l’islam et la pauvreté.

Contacts: marie.deridder@uclouvain.be  draboseyd@yahoo.fr

Programme des séminaires de recherche organisés par l’APAD (2023-2024)

3 novembre 2023, Benjamin Rubbers, Le capitalisme minier par le bas. Les micropolitiques du travail dans le copperbelt de l’Afrique centrale

17 novembre 2023, Melina Kalfelis, Vigilante Politics and the Intimate Life of Crime in Burkina Faso

15 décembre 2023, Almamy Sylla, Discours et appropriations du nexus mobilité-sécurité par les acteurs institutionnels et associatifs au Mali

19 janvier 2024, N’gna Traore, Gouvernance aurifère en question dans le sud-ouest du Mali : Vers la construction d’une société civile minière ?

16 février 2024, Sylvie Ayimpam, Mobilisation politique ou instrumentalisation ? La participation des moto-taximen dans les manifestations publiques à Kinshasa

15 mars 2024, Alexis Roy, Retours d’enquêtes sur le syndicalisme enseignant au Burkina Faso et au Mali

19 avril 2024, Frances Cleaver, How does change happen through bricolage? Transforming water governance, agricultural systems and rural livelihood

17 mai 2024, Philippe Lavigne Delville, Concurrences entre projets d’urbanisation et conflits fonciers péri-urbains à Dougar (Sénégal)

7 juin 2024, Molly Sundberg, Private Sector Aid: Morality and Practice in Profit-Making Development Work

Practical information :

12h30 – 13h30 (Brussels Time) – 11h30 – 12h30 (GMT)

Zoom link: https://us06web.zoom.us/j/86747609174?pwd=DOZPDzk69rqFwama9Wv0Lz3kZlvDI0.1

Contacts: marie.deridder@uclouvain.be  draboseyd@yahoo.fr

Online Research Seminar

Online Research Seminar

Discours et appropriations du nexus mobilité-sécurité
par les acteurs institutionnels au Mali

by Almamy Sylla

Vendredi 15 Décembre 2023
12h30 – 13h30 (Brussels Time) – 11h30 – 12h30 (GMT)
Lien Zoom: https://us06web.zoom.us/j/86747609174?pwd=DOZPDzk69rqFwama9Wv0Lz3kZlvDI0.1

Le séminaire explore le nexus mobilité-sécurité dans les pratiques et discours des acteurs évoluant dans la gestion des mobilités et des frontières au Mali. Depuis plus d’une décennie, l’Union Européenne (UE), à travers des partenariats multiformes avec des acteurs étatiques et non étatiques, tente de mettre en œuvre une politique migratoire visant à décourager, voire stopper les migrations dites irrégulières à travers des mesures renforcées de gestion des frontières dans des États tiers comme le Mali. Après la mise œuvre controversée des politiques de réadmission des migrants dits ‘sans papier’ depuis des pays européens vers le Mali, les discours et les pratiques dans le champ migratoire malien sont de plus en plus focalisés sur le nexus mobilité et sécurité. Le Mali fait face à l’insécurité depuis le début des années 2010. Il s’agit d’un terreau fertile pour des activités terroristes et de criminalité transfrontalière (traite des personnes et des organes, narcotrafic, terrorisme, etc.). Le migrant dit irrégulier, surtout quand il est Sahélien, est vu comme porteur de menace et de danger pour l’Europe, dont il urge de contenir par tous les moyens dans son pays d’origine et/ou dans les pays dits de transit. Ce sont ces processus historiques et politico-sécuritaires qui ont conduit à la construction du nexus « migration-sécurité », dont le corolaire fut la mise en œuvre de divers programmes et mécanismes de retour, de « lutte contre la migration irrégulière et ses causes profondes » et de gestion des frontières. Dans ce vaste chantier, les retours volontaires assistés sont devenus un nouveau paradigme de gestion migratoire qui tend à supplanter les expulsions, hautement sensibles auprès des sociétés civiles et des sociétés d’appartenance des personnes expulsées. Ce nouveau paradigme du couple migration et sécurité se réalise dans des architectures technico-sécuritaires plus souples de gestion des frontières et de la criminalité transfrontalière permettant aux acteurs paraétatiques et internationaux d’opérer sous le radar et loin des critiques des sociétés civiles, dans le contrôle des migrants irréguliers en route vers l’Europe et de sécurisation des frontières de l’UE en Afrique de l’Ouest. Basé sur un travail de terrain de plusieurs années, ce séminaire explore la conjonction croissante entre la gestion de la migration et la sécurité dans un contexte de crise et de conflit armé où les enjeux migratoires, autrefois fortement politisés au Mali, sont aujourd’hui pris dans des processus de dépolitisation et de (dés) humanisation.

Almamy Sylla est Enseignant-chercheur à l’Université des Lettres et des Sciences Humaines de
Bamako au Mali. Ses recherches portent sur les trajectoires de retour des Maliens de la Côte d’ivoire et
de la Libye, les migrations forcées, les migrations de travail, le genre et les innovations sociales au Mali.
Contacts: marie.deridder@uclouvain.be draboseyd@yahoo.fr

L’APAD lance des adhésions institutionnelles

L’APAD lance des adhésions institutionnelles

Pour développer sa mission, l’APAD a créé un statut de membre institutionnel, pour les institutions de recherche, formation et développement du Nord et du Sud, intéressées par la contribution de l’APAD aux recherches en socio-anthropologie du changement social, du développement et de l’action publique.

Ce statut donne à ces institutions l’opportunité a) de s’inscrire dans un réseau international qui implique des dizaines d’institutions, et des centaines de chercheurs au Nord et Sud ; b) de soutenir la recherche sur le développement et le changement social dans les pays du Sud ; et c) d’apporter sa contribution aux échanges Nord/Sud en matière de formation à la recherche. Cette implication de l’institution est affichée sur le site de l’APAD.

Elle permet aux membres de l’institution adhérente de devenir gratuitement membre de l’APAD, de recevoir les actualités diffusées par l’association et la revue (en format pdf) dès sa parution, et de bénéficier de tarifs réduits d’inscription aux colloques de l’APAD.

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Online Research Seminar

Online Research Seminar

Vigilante Politics and the Intimate Life of Crime in Burkina Faso

  by Melina Kalfelis

Friday 17 November 2023

12h30 – 12h30 (Brussels Time) – 11h30 – 12h30 (GMT)

Lien Zoom: https://us06web.zoom.us/j/86747609174?pwd=DOZPDzk69rqFwama9Wv0Lz3kZlvDI0.1

Pour ce deuxième séminaire de recherche organisé par l’Association pour l’anthropologie du changement social et du développement (APAD), nous recevons M. Kalfelis qui présentera une communication sur “Vigilante Politics and the Intimate Life of Crime in Burkina Faso”.

Abstract: Cette présentation examine les pratiques des groupes d’autodéfense en matière de restructuration de la criminalité et de la violence dans les zones urbaines du Burkina Faso. En me concentrant sur la façon dont les groupes d’autodéfense koglweogo gèrent les prisons et font la médiation des conflits autour de la criminalité, j’analyse leur tentative d’arrêter les pratiques criminelles et de réconcilier les parties au quotidien. En m’éloignant des compréhensions étatiques et culturelles du vigilantisme pour me concentrer sur le caractère intime de la criminalité, je montre comment les groupes d’autodéfense contribuent au changement social en l’Afrique de l’Ouest contemporaine.

Melina C. Kalfelis is a Junior Professor in Social and Cultural Anthropology with a Focus on Social Belonging at the University of Bayreuth. Her research deals with North-South relations in transnational architectures of security and development as well as everyday politics of vigilance in Burkina Faso and France.

Contacts: marie.deridder@uclouvain.be  draboseyd@yahoo.fr

Séminaire de recherche

Séminaire de recherche

Le capitalisme minier par le bas. Les micropolitiques du travail dans le Copperbelt de l’Afrique centrale.

par Benjamin Rubbers

Vendredi 3 novembre 2023

10h30 – 11h30 (GMT) 12h30 – 13h30 (CEST)

Lien Teams: https://us06web.zoom.us/j/86747609174?pwd=DOZPDzk69rqFwama9Wv0Lz3kZlvDI0.1

Pour ce premier séminaire de recherche organisé par l’Association pour l’anthropologie du changement social et du développement (APAD), nous recevons B. Rubbers qui présentera le livre Inside miningcapitalism, paru chez James Currey en 2021 et en open access ici https://openaccess.boydellandbrewercms.com/?id=-228411.

Depuis le début du 21ème siècle, la majorité des pays africains ont assisté à l’apparition de nouveaux projets miniers qui ont développé des pratiques « flexibles » de gestion de la main-d’œuvre. Qu’est-ce que ce régime de travail néolibéral implique pour ceux et celles qui travaillent dans le secteur minier ? Basé sur une recherche collective dans les Copperbelts congolais et zambien, où la libéralisation du secteur minier a entraîné la création de plus de trente nouveaux projets miniers, le livre explore les processus d’improvisation et d’adaptation qui ont sous-tendu l’émergence de ce nouveau régime de travail. Les contributeurs du livre montrent comment les pratiques de gestion de la main-d’œuvre mises en place par les nouveaux projets miniers ont été négociées par les travailleurs, les syndicalistes, et les directeurs des ressources humaines. Cette approche centrée sur les micropolitiques du travail leur permet de rendre compte des variations que montrent les politiques du travail des différents projets miniers et d’explorer plus avant les dynamiques de pouvoir qui les entourent.

Benjamin Rubbers est professeur d’anthropologie à l’Université de Liège et chargé de cours à l’Université libre de Bruxelles en Belgique. Il est également chercheur associé au Society, Work, and Development Institute de l’University of the Witwatersrand.

Contacts: marie.deridder@uclouvain.be  draboseyd@yahoo.fr

Genre et développement : un terrain contesté

Appel à contributions pour Anthropologie & développement n°55/ 2024

Coordinatrices: Anneke Newman (UGent), Elena Aoun (UCLouvain), Alena Sander (UCLouvain)

Télécharger l’appel à contributions

 Ce numéro spécial d’Anthropologie &développement invite les contributeur.es à placer les relations entre genre et développement (G&D) à la loupe en décortiquant, au moyen d’études de cas empiriques fines, la manière dont les concepts liés au genre, à la sexualité, au féminisme et à la décolonisation sont imaginés, produits, imposés, appropriés et contestés au travers de pratiques et de projets de développement.

Faire le genre dans le développement

Comme point de départ, nous considérons que le « développement » comprend l’industrie des agences d’aide, des ministères, des organisations intergouvernementales et non gouvernementales, et des institutions de savoir y compris les ‘think tanks’, qui se consacrent à la production d’un résultat (le développement), mais aussi à leur propre reproduction par le biais de discours, de techniques et de processus visant à provoquer le changement (White, 2006, p. 56). Les chercheur.es universitaires et les départements universitaires sont donc également impliqués dans le tissu du développement en tant que producteur.es de connaissances et d’enseignant.es/formateurs.trices des futur.es professionnel.les du développement.

En tant que sous-domaine du développement, le G&D trouve ses origines dans les critiques féministes de la fin des années 1970, qui reprochaient aux approches du développement de ne pas tenir compte des besoins et des expériences spécifiques des femmes, reproduisant ainsi les inégalités entre les hommes et les femmes. Depuis le milieu des années 1980, les questions et programmes de G&D ont connu un véritable essor. Le champ cherche à transformer les relations de pouvoir, à remettre en question les normes contraignantes liées au genre et à la sexualité, à promouvoir la justice sociale et l’égalité dans les processus de développement et leurs résultats afin d’améliorer le bien-être des femmes, des enfants et (parfois) des groupes marginalisés par l’hétéro-normativité et la cis-normativité. Le travail dans le domaine du G&D implique la recherche et la production de connaissances pour comprendre la dynamique complexe des inégalités liées au genre et à la sexualité et leurs implications pour le développement, connaissances qui sont ensuite utilisées pour élaborer des politiques et la conception des programmes. Les activités courantes comprennent l’élaboration de politiques et la défense des intérêts des femmes, l’intégration de la dimension de genre et le renforcement des capacités des individus et des institutions. Les principaux domaines d’intervention sont l’autonomisation économique et politique, la santé et les droits sexuels et reproductifs, et la réduction de la discrimination et des violences fondées sur le genre – et de plus en plus l’homophobie et la transphobie.

Loin d’être hégémonique, le champ du G&D est parsemé de contradictions, où des intérêts divers et concurrents s’affrontent. Ce numéro spécial cherche à explorer ces dynamiques dans la conjoncture actuelle, où le G&D est confronté à une critique et une résistance croissante de la part de la « droite » traditionnelle (forces politiques conservatrices et fondamentalismes religieux) et de la « gauche » (mouvements postcoloniaux et décoloniaux, féministes, activistes queer, etc.).

Genre et sexualité : Quelles définitions pour quels avenirs, et par quels moyens ?

Le principe même du G&D – réduire les inégalités entre les hommes et les femmes – est sujet à controverse. La question de savoir si le terme « genre » est utilisé dans le discours et les interventions pratiques pour désigner les femmes, ou les relations complexes et co-construites entre les féminités, les masculinités et d’autres catégories genrées, est depuis longtemps un point de désaccord entre les différents acteurs travaillant dans ce domaine (Kanji, 2003). La compréhension de ce que recoupe exactement le « genre », le « sexe », l’ « orientation sexuelle », l’ « identité de genre/sexuelle » et la nature exacte de leur relation avec les inégalités politiques et économiques reste très discutée – l’existence d’ontologies de genre et de normes culturelles contrastées parmi les différents organismes donateurs, organisations et membres des communautés étant souvent source de confusion et de conflit (Waites, 2018 ; Istratii, 2021).

De plus, si la compréhension du présent est un sujet de débat, ce n’est rien comparé aux désaccords sur les résultats escomptés du G&D – à savoir les normes, les droits ou les relations de genre idéales que les acteurs s’efforcent de mettre en oeuvre. Enfin, les anthropologues soulignent depuis longtemps que les relations entre les visions, les objectifs, les approches et les résultats du développement ne sont jamais linéaires, mais plutôt chaotiques et imprévisibles. La mise en oeuvre de méthodes conçues pour instaurer « l’égalité » entre les hommes et les femmes (quelle qu’en soit la définition) – telles que l’ « autonomisation des filles », les « approches fondées sur les droits de l’Homme » ou, plus récemment, les « approches transformatrices en matière de genre », pour n’en citer que quelques-unes – produit des résultats complexes et divers.

Les contributeur.es à ce numéro spécial sont invité.es à étudier de manière critique ces dynamiques dans des contextes spécifiques, notamment en se concentrant sur la diversité des perspectives liées au genre et à la sexualité, et sur les dynamiques de pouvoir en jeu dans la définition de la direction et des modalités des processus de changement.

Perspectives féministes, queer et décoloniales en pratique

Malgré ses origines, depuis que le G&D s’est institutionnalisé, ses politiques, programmes et méthodes n’ont pas nécessairement été nourris par une approche théorique ou politique explicitement féministe (Kanji, 2003). Cependant, dans la réalité, la production intellectuelle féministe et les mouvements activistes ne sont jamais loin du G&D. Cela peut prendre la forme de présupposés souvent implicites sur le genre, reflétant des paradigmes théoriques féministes largement issus des Etats-Unis ou de l’Europe du Nord/de l’Ouest, qui imprègnent les objectifs et les stratégies des donateurs et des organisations dominantes sur le terrain (Jolly, 2011 ; Istratii, 2021). Cette relation peut également être observée dans les critiques virulentes du G&D formulées par des commentateurs féministes postcoloniaux et queer au cours des dernières décennies (Mama, 1997 ; Jolly, 2000, 2011 ; Falquet, 2011 ; Verschuur et Destremau, 2012 ; Arnfred, 2014). Récemment, cette critique a été amplifiée et mise au goût du jour à la suite d’appels lancés par des activistes et des chercheurs critiques en faveur de la décolonisation du développement. Il en a résulté une augmentation des publications de féministes et de personnes racisées et queer des Suds, exigeant un transfert de la prise de décision, des ressources et de la production de connaissances des Nords vers les Suds en ce qui concerne le G&D (Weerawardhana, 2018 ; Vergès, 2019 ; Tamale, 2020 ; Khan, Dickson et Sondarjee, 2023).

Cependant, d’autres voix considèrent que le mouvement actuel de « décolonisation du développement » a été coopté par les agendas des acteurs et des institutions des Nords, et affirment que son articulation et sa mobilisation actuelles restent éloignées des réalités et des luttes des personnes qui subissent les inégalités globales et qui sont ciblées par les interventions de développement (Opara, 2021). Dans le même temps, d’autres ont montré comment, tout comme les mouvements féministes dominés par les femmes blanches dans les Nords, les collectifs féministes dans les Suds peuvent également être exclusifs et reproduire les hiérarchies locales, notamment en fonction de la classe, de la maîtrise des langues europhones, de l’emplacement urbain, des niveaux d’éducation, de l’ethnicité, de la religion, de l’hétéro-normativité et de la cisnormativité, etc. (Mohammed, 2022).

En définitive, peu d’études analysent de manière critique la façon dont les donateurs et les organisations travaillant dans le domaine du développement – au-delà des groupes militants et des mouvements sociaux – définissent, comprennent ou mettent en oeuvre le « féminisme », l’ « inclusion des personnes queer » et/ou la « décolonisation » dans le contexte des débats actuels. Les contributeur.es à ce numéro spécial sont donc invité.es à analyser, par le biais d’études de cas empiriques, comment les concepts, théories ou méthodes issus de diverses traditions intellectuelles et militantes postcoloniales, décoloniales, féministes et/ou queer sont mobilisés ou appropriés dans la pratique du développement – que ce soit en relation avec la production de connaissances, l’élaboration de politiques ou la conception de programmes – ainsi que les agendas et logiques qui sous-tendent ces stratégies, et quelles dynamiques ou relations de pouvoir sont (re)produites par le biais de ces activités.

Calendrier de publication

Les propositions d’articles sont à soumettre pour le 4 septembre 2023 à Anneke Newman, anneke.newman@ugent.be et à la rédaction de la revue revue@apad-association.org. Les propositions d’articles peuvent être rédigées en français ou en anglais et présentent un projet d’environ 4,000 signes (espaces compris), soit environ 500 mots. La proposition doit comprendre : un titre ; un résumé détaillant la question de recherche, la positionalité des auteur.es, le cadre théorique, le terrain étudié, et les principaux résultats ; des jalons bibliographiques (hors du décompte des signes). La proposition doit inclure les noms et prénoms des auteur.es, leur statut et leur rattachement institutionnel, ainsi que leur adresse électronique.

4 septembre 2023Soumission des propositions d’article à la revue.
14 septembre 2023Les auteur.es seront averti.es des contributions présélectionnées par les coordinatrices et le comité de rédaction de la revue.
10 novembre 2023Soumission des premières versions des articles conformes aux consignes de la revue.
Dernier trimestre 2024Publication du numéro thématique.

References

Arnfred, S. (2014) ‘Battlefields of knowledge: conceptions of gender in development discourse’, in Cooper, B. and Morrell, R. (eds) Africa-centred knowledges: crossing fields and worlds. Woodbridge: James Currey, pp. 51–63.

Falquet, J. (2011) ‘Les « féministes autonomes » latino-américaines et caribéennes : vingt ans de critique de la coopération au développement’, Recherches féministes, 24(2), pp. 39–58.

Istratii, R. (2021) Adapting gender and development to local religious contexts: A decolonial approach to domestic violence in Ethiopia. London: Routledge.

Jolly, S. (2000) ‘“Queering” Development: Exploring the Links between Same-Sex Sexualities, Gender, and Gender and Development’, Gender and Development, 8(1), pp. 78–88.

Jolly, S. (2011) ‘Why is development work so straight? Heteronormativity in the international development industry’, Development in Practice, 21(1), pp. 18–28.

Kanji, N. (2003) Mind the Gap: Mainstreaming gender and participation in development. London and Brighton: International Institute for Environment and Development (IIED) and Institute for Development Studies (IDS).

Khan, T., Dickson, K. and Sondarjee, M. (2023) White Saviorism in International Development: Theories, Practices and Lived Experiences. Daraji Press.

Mama, A. (1997) ‘Sheroes and villains: conceptualizing colonial and contemporary violence against women in Africa’, in Alexander, J. M. and Mohanty, C. T. (eds) Feminist Genealogies, Colonial Legacies, Democratic Futures. New York, NY: Routledge.

Mohammed, W. F. (2022) ‘Why we need intersectionality in Ghanaian feminist politics and discourses’, Feminist Media Studies. doi: 10.1080/14680777.2022.2098798.

Opara, I. N. (2021) It’s Time to Decolonize the Decolonization Movement, PLOS BLOGS: Speaking of Medicine and Health. Available at: https://speakingofmedicine.plos.org/2021/07/29/its-time-to-decolonize-the-decolonization-movement/ (Accessed: 7 June 2023).

Tamale, S. (2020) Decolonization and Afro-feminism. Daraja Press.

Vergès, F. (2019) Pour un féminisme décolonial. Paris: La Fabrique.

Verschuur, C. and Destremau, B. (2012) ‘Féminismes décoloniaux, genre et développement : Histoire et récits des mouvements de femmes et des féminismes aux Suds’, Revue Tiers Monde, 209, pp. 7–18.

Waites, M. (2018) ‘Critique of “sexual orientation” and “gender identity” in human rights discourse: Global queer politics beyond the Yogyakarta Principles’, in Mason, C. L. (ed.) Routledge Handbook of Queer Development Studies. London: Routledge.

Weerawardhana, C. (2018) ‘Decolonising development work: A transfeminist perspective’, in Mason, C. L. (ed.) Routledge Handbook of Queer Development Studies. London: Routledge.

White, S. C. (2006) ‘The “gender lens”: a racial blinder?’, Progress in Development Studies, 6(1), pp. 55–67.