Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

Insurrection, contre-insurrections et reconfiguration des dynamiques frontalières dans le bassin du lac Tchad entre 2014 et 2019

Insurrection, contre-insurrections et reconfiguration des dynamiques frontalières dans le bassin du lac Tchad entre 2014 et 2019

Auteur(s) : Sumo Tayo Aimé Raoul ;

Les États du Bassin du lac Tchad sont confrontés, depuis 2009, à « Boko Haram », une insurrection armée d’origine nigériane et qui a tiré profit de la configuration géographique, sociologique, géopolitique et historique des espaces frontaliers pour étendre son aire opérationnelle aux Etats voisins, le Cameroun, le Niger et le Tchad notamment. Les modalités de l’insurrection, ainsi que les mesures de gouvernance des périphéries, prises dans le cadre des politiques contre-insurrectionnelles des Etats concernés, ont profondément modifié les dynamiques frontalières, notamment celles liées à la circulation des personnes, des biens et des services.

La présente contribution s’intéresse justement aux effets de l’enjeu sécuritaire « Boko Haram » sur la circulation des personnes et des biens entre les pôles émetteurs des produits agricoles et manufacturés et les pôles de consommation dans le bassin du lac Tchad. Plus spécifiquement il s’agira dans un premier temps de montrer comment les modalités de l’insurrection et les mesures contre-insurrectionnelles prises par les États concernés affectent les mobilités transfrontalières. Ensuite, il sera question des modalités d’adaptation des populations locales face aux effets conjugués des politiques de surlignage, voire du durcissement des frontières nationales et des contraintes générées par l’insurrection.

Le raisonnement sera construit sur la base de sources primaires, notamment des documents d’archives administratives et sécuritaires, des observations directes et entretiens conduits pendant des séjours de recherche au Nigeria, au Tchad et au Cameroun entre 2014 et 2019. Quelques sources secondaires seront également mobilisées.


Mot-clé : Bassin du lac Tchad., Boko Haram, frontières, Mobilités, et Sécurité
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Crise politique et diplomatique sénégalo-mauritanienne de 1989 : Le passage et les représentations de la frontière entre les deux États

Crise politique et diplomatique sénégalo-mauritanienne de 1989 : Le passage et les représentations de la frontière entre les deux États

Auteur(s) : Wane Abdoulaye ;

La crise politique et diplomatique sénégalo-mauritanienne de 1989 est partie d’un banal incident frontalier survenu le 9 avril entre éleveurs mauritaniens et paysans sénégalais. Fin avril, la Mauritanie expulsait les ressortissants sénégalais. Mais ces expulsions touchaient aussi une partie des citoyens négro-mauritaniens qui étaient des fonctionnaires, des éleveurs ou de simples villageois. Le nombre de Mauritaniens déportés à cette époque est estimé entre 60 et 120 mille personnes. De même, le Sénégal renvoyait de son territoire les mauritaniens qui étaient pour la plupart des commerçants. Les deux Etats ont officiellement rompu leurs relations diplomatiques le 21 août 1989. Cette rupture s’est concrétisée par la fermeture des frontières.

Ma communication portera d’abord sur les conséquences politiques liées au passage du fleuve Sénégal et les pratiques des déportés négro-mauritaniens lors de cette crise interétatique. Ensuite elle montrera la manière dont les habitants de la vallée perçoivent cette frontière.
Franchissant ce fleuve sous contraintes policières, les Négro-mauritaniens déportés au Sénégal perdaient de fait leur nationalité mauritanienne ainsi que des repères socioculturels pour certains d’entre eux. Dans son étude anthropologique sur les camps des réfugiés négro-mauritaniens au Sénégal, Marion Fresia considère que la frontière entre le Sénégal et la Mauritanie n’a pas changé la géopolitique des relations familiales ancestrales des habitants du fleuve. Elle indique d’ailleurs que cette frontière entre les deux États est inexistante dans l’imaginaire collectif. À tel point que même sa fermeture officielle durant les événements d’avril 1989 et le renforcement de sa surveillance par les forces armées sénégalaises et mauritaniennes n’ont pas dissuadé les populations de se rendre dans l’un comme dans l’autre pays. Pendant cette période d’exception, les habitants du fleuve ainsi que les déportés effectuaient nuitamment leurs voyages à partir des points de passage clandestins pour rendre visite à leurs familles. D’importantes activités clandestines se développaient autour du transport des personnes et des biens. Si la frontière n’existe pas comme le soutient Fresia, c’est parce que le Sénégal comme la Mauritanie sont désignés par des termes de direction : le Sud pour le Sénégal et le Nord la Mauritanie.
Cette manière de penser s’inscrit dans une histoire politique qui remonte au temps précolonial marqué par la création d’unités politiques comme celle du Fuuta Tooro, qui regroupait une partie des territoires actuels sénégalais et mauritanien. Ce cadre géographique d’appartenance politique historique et les relations ethniques ont-ils joué un rôle dans l’atténuation des effets négatifs des déportations de citoyens négro-mauritaniens au Sénégal ? Il est vrai que les déportés négro-mauritaniens ont trouvé au Sénégal une assistance ethnique qui était aussi significative que l’assistance humanitaire internationale. Beaucoup étaient accueillis, pour ainsi dire, par leurs proches parents sénégalais, avant d’être admis dans les camps de réfugiés construits par le HCR. Mais contrairement à Marion Fresia, je crois que le passage du fleuve Sénégal a conduit à la politisation des déportés négro-mauritaniens. À cause de leur expérience de déportation, nombre de ces derniers ont commencé à militer au sein de l’organisation des Forces de libération africaines de Mauritanie, qui incarne le nationalisme négro-mauritanien moderne.


Mot-clé : Crise, déportés, Etats, frontières, pratiques clandestines, et représentations
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