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Pratiques et outils de la relation entre migrations et développement : le cas des réseaux associatifs des migrants soninkés en France

Pratiques et outils de la relation entre migrations et développement : le cas des réseaux associatifs des migrants soninkés en France

Auteur(s) : Wane Abdoulaye ;

La problématique liée à l’impact des mobilités internationales des individus, des capitaux et des biens culturels ne se prête pas seulement au discours scientifique. Ce dernier se voit concurrencé aujourd’hui par d’autres types de discours politique et médiatique. À telle enseigne que l’expression « migrations internationales » peut parfois signifier une chose et son contraire ; elle désigne, en tout cas, une réalité multiforme. Mais bien qu’il existe des variations qui découlent des approches d’analyse, certains éléments semblent faire consensus lorsqu’on parle de ce phénomène. Ceux-ci renvoient en effet aux inégalités qui se renforcent entre le Nord et le Sud. Selon Alessandro Monsutti, le concept de développement est analysé sous le prisme de l’optimisme dans les théories de modernisation des sociétés du Sud. Ces études soulignent les effets positifs des transferts de fonds et des investissements des migrants, qui sont perçus comme une nouvelle solution au problème du sous-développement.

Ma communication porte sur les outils de coopération construits par les migrants mauritaniens en France, afin d’intervenir dans les domaines de développement en Mauritanie. Il s’agit des migrants qui appartiennent à l’ethnie des Soninkés dont l’expérience migratoire, très ancienne, apparaît dans les archives coloniales. Les groupes de Soninkés dans l’Hexagone imaginent et mettent en œuvre des pratiques et des instruments d’investissement au profit de leurs communautés d’origine. Utilisant généralement des réseaux de transactions financières informels, ces migrants jouent un rôle important pour le maintien des conditions de vie normales dans leurs régions d’origine. Mais si les outils créés par ces migrants soninkés sont décisifs, il n’empêche que de profondes inquiétudes se manifestent de plus en plus quant à leur avenir.

Deux situations justifient ces craintes. La première s’explique par le fait que la plupart des migrants fondateurs des réseaux associatifs de coopération au développement sont  aujourd’hui à la retraite. Par conséquent leurs capacités de financement d’actions de développement sont réduites. La seconde situation renvoie à des logiques d’ordre culturel et psychologique. Celle-ci concerne les enfants des migrants retraités. Nombre de ces jeunes sont nés en France et y ont grandi. Loin des communautés d’origine de leurs parents et des réalités socio-économiques qui fondent les logiques de mobilisation de leurs aînés, ils ne s’impliquent pas dans les réseaux associatifs qui imposent des cotisations et d’autres obligations pour réaliser des investissements dont ils ne profitent pas directement. Le défi des modèles de coopération de ces migrants en France se mesure actuellement à leur capacité à trouver, d’une part, de nouvelles sources de financement et, d’autre part, à créer des conditions d’autofinancement des projets de développement déjà mis en place.

L’importance de cette coopération au développement informelle, qui évolue à la périphérie de celle officielle, a conduit récemment la Mauritanie à exprimer sa volonté de bâtir une nouvelle politique de gestion des ressources issues des migrations. Les organes de l’État mauritanien à l’image du ministère des Affaires étrangères et de la coopération internationale portent désormais cette ambition. Je pense que le regain d’intérêt politique pour les migrants mauritaniens peut être interprété comme le début de la bureaucratisation des opérations de coopération qu’ils ont inventées.


Mot-clé : coopération au développement, Mauritanie, migrants soninkés, réseaux associatifs, et types de pratiques
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