Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

Le recours à la justice pénale comme autonomisation des femmes au Sénégal

Le recours à la justice pénale comme autonomisation des femmes au Sénégal

Auteur(s) : Cavatorta giovanna ;

Cette communication aborde les transformations dont fait l’objet la représentation de la violence faite aux femmes au Sénégal et les types de réponses que les configurations développementistes, l’état et la société civile y mettent en place. En particulier, elle vise à contribuer au débat critique sur les conceptualisations de l’autonomisation des femmes en interrogeant comment, dans ce pays, celle-ci est déclinée dans la dénonciation publique et pénale des cas de violence conjugale et viol.

Dans les dernières années, au Sénégal, les efforts du développement, du gouvernement et des associations insistent sur la nécessité de criminaliser les délits d’agression sexuelle comme une des réponses principales à donner à l’inégalité de genre. Une nouvelle économie morale est en train d’être élaborée et demande aux femmes de ne pas se taire et de porter plainte, en se constituant comme citoyennes conscientes et responsables.

C’est un processus qui, du point de vue anthropologique, façonne comme un obstacle les normes sociales culturelles « traditionnelles » qui demanderaient aux femmes d’étouffer leur parole au sein de la famille, tout en les essentialisant. En outre, il recadre les signes et les preuves d’une autonomisation dans le devoir de s’adresser au tribunal et s’engager dans la poursuite de ses droits en s’affirmant comme individu. Ce type de demande est fait sans questionner comment l’organisation du secteur juridique fonctionne, en le rendant pour exemple neutre du point de vue des rapports de genre. La reconnaissance des nouvelles contraintes qui touchent ces actrices sociales dès qu’elles franchissent ce champ est ainsi laissée en dehors de la problématisation.

Quel type d’autonomisation et responsabilisation de la femme, et quel type de changement social sont donc envisagés et demandés dans ce cadre ? Comment s’articulent-ils avec le système de sexe/genre local ? Quels types de transformations des rapports hiérarchiques entre les genres peuvent être véritablement développées à travers cette injonction à s’adresser à l’état et au droit ?

On proposera des réponses à ces questions en s’appuyant sur une recherche anthropologique qui a démarré en 2019 dans la région de Dakar, et qui a étudié le champ de la loi et du développement en réalisant : une ethnographie des audiences pour les cas de coups et blessures entre conjoints et viol ; des entretiens avec des experts en genre et des professionnel-le-s du domaine légal et psychosocial qui sont impliqué-e-s dans la prise en charge de la violence faite aux femmes ; des conversations individuelles et collectives avec des hommes et des femmes autour du choix de s’adresser à l’état pour trouver réparation en cas de violence conjugale et sexuelle; une analyse de la production normative et savante sur le sujet.


Mot-clé : Genre, Sénégal, et violence
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