Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

La production et circulation de la “tuabilité” dans la frontière Mexique-Etats Unis

La production et circulation de la “tuabilité” dans la frontière Mexique-Etats Unis

Auteur(s) : DIAZ Paola ;

Dans cette communication nous examinerons la production et circulation des morts et des disparus dans la frontière entre le Mexique et les États Unis, ce que nous appellerons necro-économies.  Cette présentation est basée sur trois terrains ethnographiques des deux côtés de la frontière (Sonora/Arizona) réalisés entre 2017 et 2019 avec des observations, entretiens et travail bénévoles pour des organisations humanitaires.

Dans la production de la mort et de la disparition en masse intervienne un assemblage frontalier (écologie de divers dispositifs de pouvoir) qui engendre les conditions politiques, économiques et environnementales de la mort et disparition de personnes vulnerabilisées. D’abord, une politique économique de libéralisation des marchés (couronnée par la signature du Traité de libre commerce de l’Atlantique du Nord -NAFTA/TCLAN et depuis 2018 AEUMC/UNMCA), la mise en place d’une stratégie de sécurisation et militarisation de la frontière mise en place en 1994 et renforcée à partir des attentats de 2001 (nommée par Border Patrol “prevention through deterrance”) et une « guerre contre la drogue » déclarée par le gouvernement mexicain en 2006 et qui continue encore.

Sous ces conditions beaucoup des paysans pauvres ont dû quitter leurs terres car ils n’arriveraient plus à concourir avec les produits importés ; ils ont également fui les gangs et les cartels parcourant des territoires en guerre depuis 2006, pour finalement arriver à une frontière militarisée qui les conduit à croiser par des zones remontes et mortifères comme l’est le désert de Sonora/Arizona.

La circulation des morts et disparus fait référence ici à l’acte de franchir cette frontière. Cela signifie se voir hautement exposé à la mort et la disparition, ce qui est le destin d’un nombre croissant des migrants. Les plus touchés étant les migrants centroaméricains. Du côté mexicain la frontière est contrôlée par le crime organisé. Alors sous les actuelles conditions de militarisation le prix de la traversée a beaucoup augmenté ainsi que le danger ; les migrants sont cachés dans des « maisons de sécurité » où ils s’exposent à l’extorsion la torture ou au mieux à être arnaqués. Si le voyage se concrétise il reste encore affronter les dangers de la traversée où le désert s’érige comme une construction politique supplémentaire causant la mort et disparition des milliers des candidats au marché de travail noir états-unien.

Dans cette écologie de dispositifs souverains (les États, le crime organisé), économiques (le commerce international de marchandises, économie extractiviste et la narco-économie) et humanitaires (ONGs et Églises) les migrants illegalisés circulent comme êtres « tuables » ou susceptibles de disparaitre et certains circulent comme « restes » sans noms et « disparus sans corps » dans les listes transnationales des personnes recherchées.


Mot-clé : "tuabilité", disparition, dispositifs de frontière, Mexique-Etats-Unis, et mort
Toutes les communications appartenant au même panel :

Voir le panel Les frontières en temps de crise : circulations des personnes et des objets / Borders in Times of Crisis: Circulation of People and Objects

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