Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

Si belle en son miroir ? Singularités et marginalisations de l’anthropologie

VIDAL L., 2021, Si belle en son miroir ? Singularités et marginalisations de l’anthropologie, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 174 p.

Critiquée, objets de stéréotypes, l’anthropologie doit se pencher sur l’image d’elle-même qu’elle renvoie. Cet ouvrage se consacre à ces discours sur l’anthropologie, comme aux pratiques et théories qu’elle défend. En montrant le caractère à la fois réducteur des critiques qui lui sont adressées (sur son rapport au collectif, aux publications, à l’écriture, à la méthode) et limité des réponses qu’elle leur apporte, il est impératif de proposer des voies qui permettent d’expliciter les choix de l’anthropologie. L’enjeu est de taille : éviter que les singularités de l’anthropologie ne la marginalisent.

Laurent Vidal, anthropologue, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement, est l’actuel représentant de l’Institut au Mali. Il a coordonné récemment aux Editions de l’IRD Les savoirs des sciences sociales: Débats, controverses, partages, et Expériences du partenariat au Sud: le regard des sciences sociales.

Guérir en Afrique. Promesses et transformations

DESCLAUX A., DIARRA A. ET MUSSO S. ed., 2021, Guérir en Afrique : promesses et transformations, Paris, L’Harmattan.

Alors qu’à propos de l’Afrique le poids des maladies chroniques et des épidémies domine les discours internationaux, les avancées majeures en matière de santé au cours des trente dernières années restent dans l’ombre. Le projet de cet ouvrage est d’analyser les formes individuelles et collectives du « guérir » dans l’Afrique contemporaine. Dans une approche anthropologique, la guérison n’est pas définie seulement d’un point de vue médical, mais elle est une production matérielle et idéelle dans des cultures thérapeutiques qui articulent le local et le global, mais aussi le sanitaire, le religieux et l’économique. Les auteurs apportent des éclairages sur des questions telles que : la promesse de guérison et les effets de l’absence de la notion d’incurabilité dans les offres thérapeutiques locales ; les capacités et limites du système médical dans la construction de la guérison clinique ; les tensions entre acteurs sanitaires et patients dans les perceptions de la guérison ; les interprétations et dissonances locales des discours d’éradication en santé publique. Au final, l’ouvrage éclaire non seulement les dimensions idéelles de la guérison dans leurs contextes sociaux mais aussi les effets des dissonnances dans ses approches, du personnel au politique.

Alice Desclaux est anthropologue, directrice de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (TransVIHMI, IRD, INSERM, Université de Montpellier).
Aïssa Diarra est anthropologue, affiliée au LASDEL basé à Niamey (Niger).
Sandrine Musso est anthropologue, enseignante-chercheuse à Aix-Marseille Université.

https://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=67893&razSqlClone=1

La revanche des contextes. Des mésaventures de l’ingénierie sociale en Afrique et au-delà

Olivier de Sardan J.-P., 2021, La revanche des contextes. Des mésaventures de l’ingénierie sociale, en Afrique et au-delà, Paris, Karthala.

Pourquoi les projets de développement, les interventions des ONG ou les politiques publiques nationales sont-ils tous soumis à d’importants écarts entre ce qui était prévu et ce qui se passe effectivement ? Cet ouvrage apporte une réponse documentée à ce « problème des écarts ».
Les politiques publiques standardisées, telles les politiques de développement omniprésentes en Afrique, méconnaissent les contextes dans lesquels elles sont mises en oeuvre. Dans cette confrontation, les acteurs locaux jouent un rôle majeur. Les multiples stratégies de contournement des directives et protocoles officiels suivent des « normes pratiques » implicites ignorées des experts internationaux, mais que l’observation du terrain peut mettre en évidence. C’est un phénomène qui va au-delà du développement : tout se passe comme si l’Afrique révélait de façon paroxystique une revanche des contextes dont on peut trouver des exemples dans le monde entier.
Pour analyser ces processus, un dialogue est noué entre d’une part des données de terrain particulièrement riches, et d’autre part une vaste littérature en sciences sociales revisitée afin de mieux rendre compte des réalités observées.
Le diagnostic est structuré autour de quelques concepts clés : modèles voyageurs, normes pratiques, modes de gouvernance et logiques sociales. Tout entier consacré à une démarche analytique rigoureuse, sans complaisance et sans polémique, il se termine néanmoins par une prise de risque face à la redoutable question « que faire ? », en suggérant de mettre les normes pratiques au centre de toute intervention et de valoriser les « experts contextuels » aujourd’hui invisibles.
Ce livre constitue une contribution majeure à l’analyse des effets inattendus des politiques publiques.

Jean-Pierre Olivier de Sardan est directeur de recherche émérite au CNRS, directeur d’études à l’EHESS, chercheur au LASDEL (Niger), responsable scientifique du master de socio-anthropologie de la santé à l’Université Abdou Moumouni (Niger). Deux de ses nombreux ouvrages sont devenus des références internationales : Anthropologie et développement (Karthala, 1995), et La rigueur du qualitatif (Académia, 2008).

Sécurité par le bas : perceptions et perspectives citoyennes des défis de sécurité au Burkina Faso

Sécurité par le bas : perceptions et perspectives citoyennes des défis de sécurité au Burkina Faso

Hagberg, S., Kibora, L.; Barry, S.; Cissao, Y.; Gnessi, S.; Kaboré, A.; Koné B. et Zongo, M., 2019, Sécurité par le bas : Perceptions et perspectives citoyennes des défis de sécurité au Burkina Faso, Uppsala Papers in Africa Studies 5, 2019, Uppsala University.

Cette étude porte sur la sécurité par le bas au Burkina Faso, notamment les manières dont les citoyens perçoivent et vivent les défis de sécurité. Elle s’intéresse à l’interface entre les enjeux locaux et les insécurités multiples : attaques armées, terrorisme, crime organisé, délinquances, exactions et bavures des forces de sécurité, pauvreté, insécurité alimentaire, etc. L’étude met les nouvelles initiatives de sécurité en perspective, car elle vise à comprendre les réalités et les « vues et vécues » des acteurs socio-politiques locaux et des citoyens ordinaires.

L’étude est le fruit d’un travail collectif. Une équipe d’anthropologues a d’abord mené les recherches de terrain dans 13 communes burkinabè pour ensuite analyser les matériaux ethnographiques afin de rédiger le présent document ensemble. Les perspectives citoyennes de sécurité, l’ancien régime, la crise malienne, et la criminalité transfrontalière, sont analysées à côté des perceptions populaires de l’État burkinabé. L’émergence des groupes d’auto-défense est contextualisée, suivie d’une analyse des
initiatives locales pour la sécurité, telles que l’engagement contre la radicalisation et la mobilisation des femmes. Les questions de sécurité alimentaire, de chômage et d’emploi sont analysées en détail sur la base des connaissances approfondies des terrains de recherche.

Mobilités, circulations et frontières (Migrations, mobilités et développement en Afrique-Tome I)

Mobilités, circulations et frontières (Migrations, mobilités et développement en Afrique-Tome I)

Eyebiyi E. P. et Mendy A. F. ed., 2019, Mobilités, circulations et frontières (Migrations, mobilités et développement en Afrique-Tome I), Ottawa, Dajara Press.

Ce livre est un apport précieux pour demander à changer de focale et de perspective au sujet des migrations à l’intérieur du continent africain. Celles-ci sont bien plus importantes quantitativement, mais aussi économiquement et historiquement, que les migrations de l’Afrique vers l’Europe. Elles sont beaucoup plus silencieuses et infiniment moins étudiées que celles du Sud vers le Nord. Ces migrations sont vitales, tant pour les pays de départ que pour ceux d’arrivée. Ainsi, des millions de jeunes partent chaque année pour les pays de la côte, et cela sans susciter les mêmes résistances, fantasmes et peurs qu’en Europe.

Cet ouvrage a le grand mérite d’intégrer les migrations dans la perspective plus large des mobilités, puis d’en examiner les liens avec le développement. Il est rédigé par de jeunes chercheurs africains, qui produisent à partir de leurs terrains spécifiques des analyses à valeur générale sur les sociétés contemporaines. Ils contribuent ainsi au renouvellement des sciences sociales à partir des pays africains.

Elieth P. Eyebiyi est sociologue anthropologue, coordonnateur du programme MIGDEVRI, Visiting Research Fellow à l’Institute for Advanced Study de Princeton et au Stellenbosch Institutefor Advanced Study.

Angèle F. Mendy est enseignante chercheure à l’Université de Lausanne et Visiting Research Fellow à l’International Migration Institute – Université d’Oxford.

Préfacé par Jean-Pierre Olivier de Sardan        

Avec la participation de Naluwembe BINAISSA, Alimou DIALLO, Nyalo Barkissa DRABO, Sylvester KOHOL, A. Aziz MOSSI, Loppa NGASSOU, Lawrence Rafaih OKELLO, Mutiat Titilope OLADEJO, Zakaria SORÉ, Astadjam YAOUBA et Irissa ZIDNABA.