Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
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« Protéines alternatives, économie circulaire et souveraineté alimentaire : L’émergence de la mouche soldat noire comme ressource alimentaire pour l’élevage en Afrique de l’Ouest »

« Protéines alternatives, économie circulaire et souveraineté alimentaire : L’émergence de la mouche soldat noire comme ressource alimentaire pour l’élevage en Afrique de l’Ouest »

Auteur(s) : Mégret Quentin ;

En 2013, la FAO publie le document “Edible insects: future prospects for food and feed security”. Ce document problématise l’importante croissance démographique à venir sur la planète avec la difficulté de nourrir l’ensemble de la population mondiale dans de bonnes conditions. Pour y répondre, la FAO recommande de trouver urgemment de nouvelles sources de « protéines alternatives » pour l’alimentation des hommes et des animaux domestiques.

C’est en tant que solution potentielle à cette projection globale inquiétante que certains insectes dits comestibles sont mis à l’agenda international de l’organisation. Hermetia illucens est l’un de ces protagonistes non-humains. Plus connue sous son nom anglais de « black soldier fly » ou mouche soldat noire, ce diptère connaît depuis quelques années un succès certain auprès des entomologistes. Cet insecte concentre en effet un ensemble de propriétés biologiques qui en font une figure de proue pour le développement d’un nouveau champ de réflexion scientifique et d’innovation où l’entomologie croise la zootechnie.

Cette présentation s’appuie sur des données ethnographiques recueillies depuis 2017 en Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina Faso, Ghana) à l’occasion de plusieurs séjours de recherche dans le cadre d’un postdoctorat au sein du projet « Insects as feed in West Africa » du programme suisse  de recherche pour le développement R4D. A partir des recherches scientifiques réalisées, ce projet interdisciplinaire entend promouvoir et optimiser, à différentes échelles potentielles de production et de commercialisation, l’élevage de larves de mouche ainsi que la collecte de termites, à des fins d’élevage de volailles et de poissons. A partir des atouts que leur biologie particulière leur confère — et les modalités potentielles d’exploitation que celle-ci laisse entrevoir —, les insectes jouent dans ce projet un rôle inédit de connecteur entre différentes disciplines d’une part, entre un ensemble de pratiques zootechniques et de réflexions en matière de développement d’autre part.

Dans un premier temps, la communication présentera les éléments centraux des discours (écrits comme oraux) qui sont systématiquement énoncés par les chercheurs du programme pour justifier leur travail et l’ancrer dans des enjeux sociaux, économiques, politiques et écologiques. Les arguments avancés reposent sur des concepts clés qui permettent de légitimer le recours aux insectes dans l’alimentation des animaux d’élevage : économie circulaire, intensification écologique, sécurité ou souveraineté alimentaire.

Dans un second temps, et à partir du cas particulier de la mouche soldat noire, nous verrons comment les équipes de chercheurs collaborent, définissent et s’emparent de cet objet/sujet de recherche en le déclinant et en le contextualisant suivant leurs contraintes et leurs stratégies respectives. Face à l’engouement et à la circulation internationale des recherches à propos des insectes comestibles, il s’agira finalement de retracer des grandes lignes de la trajectoire de ce projet. Depuis la réponse à un appel à financement en Suisse pointant la problématique d’un déficit global en protéines à venir jusqu’aux opérations locales de traduction qui découlent de la « mise à l’épreuve » de ce projet et de ces acteurs sur le terrain, nous chercherons à rendre compte des opérations de requalification des insectes qui sont en jeu, comme de celles et ceux qui les étudient et s’en font les porte-parole.


Mot-clé : Afrique de l’Ouest, alimentation, élevage, entomologie, insectes, et protéines
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Maintenir la coexistence de pratiques d’approvisionnement en semences pour soutenir l’agriculture familiale assurant la biodiversité : une étude à plusieurs échelles au Sénégal.

Maintenir la coexistence de pratiques d’approvisionnement en semences pour soutenir l’agriculture familiale assurant la biodiversité : une étude à plusieurs échelles au Sénégal.

Auteur(s) : Faye Ndeye Fatou ; Cobelli Océane ; Beaurepaire Sophie ; Labeyrie Vanesse ;

Les politiques agricoles et les programmes de développement soutiennent la structuration des filières de production de semences certifiées au Sénégal, notamment pour l’arachide et le mil. Or la littérature montre que la diversité des espèces et des variétés permet de valoriser des environnements hétérogènes et de limiter le recours aux intrants. Favoriser l’accès des agriculteurs à cette diversité est donc crucial dans l’objectif d’accompagner la transition agro écologique. Cela est d’autant nécessaire en Afrique de l’Ouest où l’accès aux intrants peut être limité du fait du manque de moyens. Dans ce contexte, la diversité des espèces et des variétés est le principal levier d’action des agriculteurs. L’objectif général de cet article est de décrire comment s’organise les modalités de coexistence entre les variétés paysannes et celle issues de la recherche dans les exploitations agricoles familiales. Il cherche notamment à étudier les sources d’approvisionnement en semences et les différentes fonctions remplies par les espèces et variétés cultivées. Les données utilisées proviennent d’enquêtes ménages et de focus groupes menés dans le bassin arachidier du Sénégal. Au total, 102 ménages ont été enquêtés dans les zones de Niakhar (ouest du bassin arachidier) et Koungheul (est du bassin arachidier). Quatre espèces ont été ciblées : l’arachide (Arachis hypogaea), le mil (Pennisetum glaucum), le niébé (Vigna unguiculata) et le gombo (Abelmoschus esculentus). Ces espèces sont cultivées par la grande majorité des ménages dans les zones d’étude et remplissent des fonctions vitales au sein des ménages.  Les informations suivantes ont été collectées : (i) : les assemblages d’espèces et de variétés cultivées en 2017, et l’origine des variétés (paysannes, issues de la recherche) pour le mil, l’arachide, le niébé et le gombo ; (ii) leurs valeurs du point de vue des agriculteurs et agricultrices ; et (iii) les pratiques d’approvisionnement en semences. Les résultats des analyses montrent que les exploitations cultivent une diversité d’espèces et de variétés. Elles associent des valeurs différentes aux variétés paysannes ou issues de la recherche et mettent en avant leurs complémentarités. Les exploitations familiales du bassin arachidier ont recours à une diversité de sources de semences, avec une prédominance de l’autoproduction. La proportion de ces différentes sources varie entre espèces, selon leurs caractéristiques biologiques et leurs usages sociaux et économiques. Le recours aux semences certifiées reste minoritaire. De façon générale, l’accès des exploitations familiales à ces différentes variétés est permis par la coexistence d’une diversité de sources de semences, dont le maintien apparait comme un enjeu important pour leur fonctionnement.

 


Mot-clé : Afrique de l’Ouest, agrobiodiversité, approvisionnement, circulation, et semences
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