Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

Diversité cultivée, communautés et faisceaux de droits : réflexions autour du concept de Commun appliqué aux semences

Diversité cultivée, communautés et faisceaux de droits : réflexions autour du concept de Commun appliqué aux semences

Auteur(s) : Raimond Christine ; Louafi Selim ;

Nous nous intéressons dans cette communication à la pertinence du cadre conceptuel des communs pour penser une gouvernance de la diversité cultivée mieux adaptée à ses caractéristiques sociales et biologiques.

 

Dans son ouvrage pionnier Governing the Commons (1990), Elinor Ostrom a démontré que, dans des situations d’usage de ressources communes, les individus tendent à mettre en place des dispositifs qui leur permettent d’atteindre une auto-gouvernance raisonnée et durable des ressources, sans intervention de l’État ou du marché. Depuis ce travail précurseur, l’approche d’Ostrom a maintes fois été reprise et/ou étoffée, si bien qu’il existe aujourd’hui une littérature foisonnante traitant des Communs. Ceux-ci sont tantôt qualifiés de matériels (forêts, rivières, etc.), ou d’immatériels (savoirs, informations, etc.), de locaux ou de globaux, de naturels ou de culturels, etc. Repris par un grand nombre d’auteurs pour le cas des semences (Girard, 2019; Frison, 2018; Thomas, 2015), ces distinctions sont toutefois problématiques à plusieurs égards. En effet, les semences et variétés utilisées par les agriculteurs font partie intégrante d’un système socio-écologique qui intègre les différentes composantes de l’agrobiodiversité, de la diversité génétique à la diversité des espèces et des agrosystèmes, en passant par la diversité socio-culturelle. Lorsqu’elles ne se chevauchent pas, les différentes composantes de ce système socio-écologique sont fortement interconnectées. Pourtant, ces composantes sont souvent gérées de manière isolée, dans le cadre d’approches de gouvernance et d’instruments juridiques conçus, pour la plupart, pour réglementer un ou deux éléments du système seulement. Cette contribution fait valoir que l’absence d’une approche de gouvernance globale pour l’ensemble du système socio-écologique et de stratégies de coordination pour gérer les liens entre ses différentes composantes compromet sérieusement la gestion efficace et durable de la diversité cultivée.

 

En partant du cadre IAD d’Ostrom et de son adaptation aux biens communs de la connaissance (Hess et al., 2008, Frischmann et al., 2014), la présente contribution décrit la nature hétérogène des communautés concernées (qui vont des communautés d’agriculteurs locales échangeant des semences aux communautés bioinformatiques mondiales échangeant des données génomiques) et l’éventail des règles d’utilisation qui régissent l’utilisation et les échanges de la diversité cultivée (qui vont des règles d’accès et d’échange très locales aux réglementations intergouvernementales mondiales). La notion de faisceaux de droits nous permettra finalement de discuter des questions juridiques que soulèvent les nouveaux lieux et liens de la diffusion variétale en Afrique subsaharienne.


Mot-clé : communs, diversité cultivée, faisceau de droits, gouvernance, et semences
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La circulation des semences de mil au Sénégal : reconfigurations sociales et ontologiques

La circulation des semences de mil au Sénégal : reconfigurations sociales et ontologiques

Auteur(s) : Jankowski Frédérique ; Doncieux Antoine ; Maizi Pascale ; Berthouly-Salazar Cécile ; barnaud adeline ;

Depuis plusieurs décennies au Sénégal, de nouvelles variétés de mils, première culture vivrière, sont développées par des institutions de recherche et promues garante de la sécurité alimentaire et de la résilience face au changement climatique. Les recherches portant sur les réseaux de circulation des semences décrivent la manière dont les échanges sont enchâssés au sein d’un large système de prestations socialement définies, déterminées par des valeurs et des normes locales (Leclerc et Coppens d’Eeckenbrugge, 2011). Même lorsqu’il s’agit de nouvelles variétés introduites par des acteurs extérieurs dans le système paysan, celles-ci circuleraient sur des valeurs et réalités locales (Jonas, 2017). Cependant, l’accès à ces nouvelles variétés ne procèdent généralement pas des dynamiques de dons et de trocs qui constituent les principaux modes d’acquisition des semences de mil (Delaunay & al., 2008 ; Badstue & al., 2006). De plus, l’accès et la diffusion des variétés améliorées de mil mobilisent très souvent des structures intermédiaires (coopératives étatiques, groupement d’intérêt économiques, ONG, etc.) selon une logique marchande ou clientéliste. Cette communication se propose de revenir sur certains des effets de l’introduction de nouvelles variétés de mil dans deux communautés du bassin arachidier sénégalais : Niakhar et Kaffrine. Depuis plusieurs décennies, ces deux communautés font l’objet de nombreux projets de recherche-développement appuyant la structuration des filières semencières. Une analyse croisée d’enquêtes qualitatives et d’analyses de réseaux sociaux permet d’éclairer les dynamiques de circulation de ces nouvelles variétés. Il apparaît au travers de cette analyse un processus de qualification mutuelle à la fois des semences et des réseaux d’acteurs.


Mot-clé : Agrobiodiversity, Anthropologie du développement, Réseaux sociaux, et semences
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Maintenir la coexistence de pratiques d’approvisionnement en semences pour soutenir l’agriculture familiale assurant la biodiversité : une étude à plusieurs échelles au Sénégal.

Maintenir la coexistence de pratiques d’approvisionnement en semences pour soutenir l’agriculture familiale assurant la biodiversité : une étude à plusieurs échelles au Sénégal.

Auteur(s) : Faye Ndeye Fatou ; Cobelli Océane ; Beaurepaire Sophie ; Labeyrie Vanesse ;

Les politiques agricoles et les programmes de développement soutiennent la structuration des filières de production de semences certifiées au Sénégal, notamment pour l’arachide et le mil. Or la littérature montre que la diversité des espèces et des variétés permet de valoriser des environnements hétérogènes et de limiter le recours aux intrants. Favoriser l’accès des agriculteurs à cette diversité est donc crucial dans l’objectif d’accompagner la transition agro écologique. Cela est d’autant nécessaire en Afrique de l’Ouest où l’accès aux intrants peut être limité du fait du manque de moyens. Dans ce contexte, la diversité des espèces et des variétés est le principal levier d’action des agriculteurs. L’objectif général de cet article est de décrire comment s’organise les modalités de coexistence entre les variétés paysannes et celle issues de la recherche dans les exploitations agricoles familiales. Il cherche notamment à étudier les sources d’approvisionnement en semences et les différentes fonctions remplies par les espèces et variétés cultivées. Les données utilisées proviennent d’enquêtes ménages et de focus groupes menés dans le bassin arachidier du Sénégal. Au total, 102 ménages ont été enquêtés dans les zones de Niakhar (ouest du bassin arachidier) et Koungheul (est du bassin arachidier). Quatre espèces ont été ciblées : l’arachide (Arachis hypogaea), le mil (Pennisetum glaucum), le niébé (Vigna unguiculata) et le gombo (Abelmoschus esculentus). Ces espèces sont cultivées par la grande majorité des ménages dans les zones d’étude et remplissent des fonctions vitales au sein des ménages.  Les informations suivantes ont été collectées : (i) : les assemblages d’espèces et de variétés cultivées en 2017, et l’origine des variétés (paysannes, issues de la recherche) pour le mil, l’arachide, le niébé et le gombo ; (ii) leurs valeurs du point de vue des agriculteurs et agricultrices ; et (iii) les pratiques d’approvisionnement en semences. Les résultats des analyses montrent que les exploitations cultivent une diversité d’espèces et de variétés. Elles associent des valeurs différentes aux variétés paysannes ou issues de la recherche et mettent en avant leurs complémentarités. Les exploitations familiales du bassin arachidier ont recours à une diversité de sources de semences, avec une prédominance de l’autoproduction. La proportion de ces différentes sources varie entre espèces, selon leurs caractéristiques biologiques et leurs usages sociaux et économiques. Le recours aux semences certifiées reste minoritaire. De façon générale, l’accès des exploitations familiales à ces différentes variétés est permis par la coexistence d’une diversité de sources de semences, dont le maintien apparait comme un enjeu important pour leur fonctionnement.

 


Mot-clé : Afrique de l’Ouest, agrobiodiversité, approvisionnement, circulation, et semences
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Les réseaux de circulation des semences paysannes et « améliorées » issues de la recherche au Burkina Faso : entre superposition, croisements et perméabilité.

Les réseaux de circulation des semences paysannes et « améliorées » issues de la recherche au Burkina Faso : entre superposition, croisements et perméabilité.

Auteur(s) : ZONGO OUANGO BLAISE ;

Résumé

Les semences paysannes et « améliorées » issues de la recherche (maïs, mil, niébé et sorgho) s’inscrivent-elles dans un même système semencier ou dans des systèmes distincts régis par des règles contrastées entre logiques locales et enjeux nationaux ?

L’objectif de cette communication est d’analyser les différents réseaux de diffusion des semences et de circulation des semences. De Janvier-Avril 2018 une étude a été menée à ce sujet dans cinq villages de la province du Ziro au Burkina Faso, dont trois (Gallo, Petit Boro et Koutéra) dans la commune de Sapouy et deux (Sourou et Taré) dans la commune de Cassou. Des entretiens semi-structurés ont été réalisés auprès de producteurs semenciers et des services étatiques de semences à l’aide d’un guide d’entretien. Un questionnaire a été aussi utilisé pour enquêter les producteurs agricoles familiaux. Les résultats montrent plusieurs réseaux de circulation des semences qui se superposent dans les territoires et se croisent non seulement au sein des exploitations familiales mais aussi dans les champs qui juxtaposent plusieurs variétés interfécondes d’une même espèce. La création et la circulation des semences « améliorées » issues de la recherche datent principalement des années 1970 et est structurée au sein de l’organisation institutionnelle de la filière semencière depuis le 31 mars 2006 et en fonction des filières agricoles par espèce. Les semences paysannes sont sélectionnées circulent depuis des générations dans le cadre de réseaux d’échanges interpersonnels selon des liens de parenté, de voisinage et de connaissances plus ou moins proches qui permettent de s’approvisionner en semences, de diversifier et de conserver une grande diversité variétale. Dans les deux communes étudiées, il apparait que les agriculteur(rice)s appliquent les mêmes critères de choix pour l’approvisionnement en semences, qu’elles viennent de la filière institutionnalisée par la loi nationale semencière ou du système semencier local. Ainsi, quel que soit le réseau utilisé, il(elle) cherchera à évaluer la qualité de la semence (essai une première année puis culture en plein champ si la semence présente les qualités de production, de précocité, de goût et d’esthétique recherchées), mais aussi à s’approvisionner auprès de la source disponible au moment des semis. Le contexte d’incertitude climatique pousse actuellement les agriculteur(rice)s à rechercher des variétés à cycle court qui, dans la zone d’étude, sont principalement fournies par les variétés issues de la recherche. Cependant, les nombreux problèmes de disponibilité liés aux dysfonctionnements de la filière semencière nationale (faiblesse de stocks de semences certifiées subventionnées, date tardive de mise à disposition, mauvaise qualité ses semences certifiées) et le coût élevé d’achat de ces semences certifiées et des intrants qui les accompagnent limitent l’adoption de ces semences. Les pratiques montrent une prédominance très importante des semences paysannes. C’est la libre-circulation des semences, de la filière nationale aux systèmes semenciers locaux, qui permet le maintien d’une diversité biologique élevée et une production agricole exportatrice vers les villes. Mais il n’y a-t-il pas de risque de quitter le grenier pour le magasin de semences améliorées comme le souhaitent les producteurs semenciers ? Le repli sur un seul type de semences n’expose-t-il pas les producteurs à l’insécurité semencière et alimentaire ?


Mot-clé : Burkina Faso, Cassou, circulation, Réseaux, Sapouy, et semences
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