Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

« Mailler » un secteur-pays : l’éthos professionnel et la stratégie des consultants qui dominent la fabrique transnationale de la décentralisation-malgache

« Mailler » un secteur-pays : l’éthos professionnel et la stratégie des consultants qui dominent la fabrique transnationale de la décentralisation-malgache

Auteur(s) : Al Dabaghy Camille ;

Au fil des années 1990 et 2000, la politique de décentralisation malgache est devenue exemplaire de l’enchevêtrement des interventions et des organisations de l’aide et des États Sud [Whitfield, 2009]. La tendance globalisée à l’externalisation de l’action publique, la survalorisation globalisée de l’expertise privée et la multiplication des banques et agences d’aide dans ce secteur d’intervention ont produit une démultiplication des différents contrats d’expertise (études de faisabilité, étude d’impact, dispositifs de suivi-évaluation…).

En analysant 67 rapports d’expertise produits dans le secteur-pays de la décentralisation-malgache dans les années 1990 et 2000, on constate que parmi la quarantaine de consultants qui sont intervenus, se sont progressivement imposés trois consultants professionnels européens. Ils ont gagné des marchés pour les différents bailleurs du secteur, à toutes les étapes de leurs interventions, se sont assuré une présence régulière sur la Grande Île et parviennent à durer dans ce secteur-pays plus que tous les autres cadres étrangers de l’aide. Ils sont devenus des acteurs clefs de la fabrique transnationalisée de la décentralisation malgache.

Ces constats renvoient à deux questions de recherche : quels sont les effets de l’externalisation et de la mise en marché de l’expertise publique sur le profil et les pratiques des experts en développement ? Comment se structure l’offre d’expertise internationale en matière de réforme de l’État au Sud à l’échelle d’un secteur-pays ? Cette communication vise à répondre à ces questions à partir du cas de la décentralisation malgache. J’y répondrai à trois questions : qui sont des consultants étrangers qui parviennent à dominer la fabrique transnationale de la décentralisation malgache dans les années 2000 ? Quel est leur éthos professionnel ? Et comment ont-ils construit leur position d’intermédiaires Nord-Sud multipositionnés et dominants ? Je le ferai sur la base d’entretiens, d’archives et d’observation ethnographique.

Après avoir présenté le parcours professionnel de ces consultants et leurs positions dans le secteur,  j’analyserai leurs pratiques de l’expertise et le discours qu’ils tiennent sur leurs pratiques. Je montrerai que ces consultants ne collent pas au modèle des consultants qui « ne font que passer », ne connaissent pas le terrain, ne seraient que des « passeurs » déresponsabilisés de modèles standardisés de réformes et d’instruments d’intervention défendant strictement des intérêts particuliers. Ce sont au contraire des consultants qui ont intégré à leurs pratiques du conseil des valeurs et des croyances auxquelles ils ont été socialisés comme assistants techniques : « culte du terrain » [Meimon, 2010] et de l’expérimentation, « professionnalisme engagé » [Dauvin, 2004]. Enfin, je montrerai qu’ils ont mis en œuvre une stratégie consciente de « maillage » le secteur-pays visant à construire leur carrière, certes, mais aussi à faire prévaloir les « solutions » d’action publique qui leur paraissent les plus pertinentes.

Dauvin Pascal, 2004, « Être un professionnel de l’humanitaire ou comment composer avec le cadre imposé », Revue Tiers-Monde, vol. 4, n° 180 : 825‑840.

Meimon Julien, 2010, « Culte du terrain à la rue Monsieur. Les fonctionnaires de la France d’outre-mer et de la coopération », Afrique contemporaine, vol. 4, n° 236 : 53‑65.

Whitfield Lindsay (dir.), The Politics of Aid: African Strategies for Dealing with Donors, Oxford UP.


Mot-clé : circulations de politiques publiques, consultants, décentralisation, et Madagascar
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Trajectoires des nouvelles lois sur la décentralisation au Cameroun et des textes sur les statuts spéciaux Des régions anglophones

Trajectoires des nouvelles lois sur la décentralisation au Cameroun et des textes sur les statuts spéciaux Des régions anglophones

Auteur(s) : Aimée Laure Njanjo Ekoungkang ;

Dans le cadre de l’analyse des politiques de décentralisation dans les pays du sud du Sahara, il apparait une certaine hétérogénéité dans les stratégies de mise en œuvre. Si dans la forme et de manière générale les motivations des pouvoirs publiques dans l’implémentation de la décentralisation depuis le début des années 1990 restent la promotion du développement local et de la démocratie, il s’avère que cette manœuvre selon les Etats revêt des degrés divers basés notamment sur les spécificités et réalités locales mais également sur les volontés des pouvoirs publiques à la mettre en application. Il aura fallu à l’état camerounais plusieurs décennies pour mettre en marche le processus de décentralisation, néanmoins depuis quelques années, l’on constate un regain d’intérêt du gouvernement camerounais qui remet la décentralisation à l’ordre du jour. Déjà dotée de plusieurs lois sur le sujet, ce dernier dans le cadre de la loi du 24 Décembre 2019 portant organisation des collectivités territoriales décentralisées, consacre dans l’article 3 de ladite loi un statut spécial aux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest dites anglophones. Au regard de cette énième loi et du statut spécial des régions anglophones en marge de la loi générale sur la décentralisation, cet article se propose de contribuer à la compréhension des logiques qui gouvernent le processus de décentralisation au Cameroun ainsi que des facteurs ayant conduit à cette disposition spéciale à travers l’approche de « process tracing » tout en questionnant son applicabilité dans le contexte africain. Cette approche qui fait son apparition dans les années 1990 aux Etats Unis est comprise aujourd’hui comme une approche d’analyse qualitative en politiques publiques. A Contrario des approches cognitives et discursives qui proposent une analyse séquentielle linaire des processus de prise de décision et d’implémentation des politiques publiques, le process tracing se propose d’analyser le cas spécifique du Cameroun en établissant une corrélation de cause à effet à travers une séquence temporelle d’évènements et phénomènes a priori déconnectés afin d’établir un Schème causal et de démontrer les singularités camerounaises dans la mise en œuvre de la décentralisation dans ces deux régions du pays.


Mot-clé : collectivités territoriales décentralisées, décentralisation, process tracing, et Trajectoires
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La circulation de la décentralisation dans les sciences sociales : approche conceptuelle et comparative

La circulation de la décentralisation dans les sciences sociales : approche conceptuelle et comparative

Auteur(s) : TOURE Ibrahima ;

Cet article s’intéresse à la circulation de la décentralisation dans les sciences sociales. Il propose  une perspective multidisciplinaire et comparative de cette politique publique. Le concept de décentralisation n’est pas, en effet, toujours compris de la même façon. Les représentations de la décentralisation sont donc différentes, selon qu’elles soient politique, technique, administratif, juridique. Selon que l’on se trouve dans l’État unitaire ou dans l’État fédéral, le contenu de la décentralisation est également nuancé. D’un auteur à l’autre, en effet, les critères proposés pour caractériser la décentralisation divergent en nombre et en contenu. De plus, la décentralisation mobilise des concepts voyageurs dont les frontières ne sont pas toujours clairement élucidées (État régionalisé, État déconcentré, dévolution, concession, affermage, délégation de service public, privatisation, dérégulation, configuration, arène politique, etc.). Il existe, sous ce rapport, plusieurs types de décentralisation qui peuvent revêtir plusieurs formes dans différents pays, au sein d’un même pays ou d’un même secteur. Toute tentative sérieuse cherchant à penser la décentralisation conduit ainsi l’observateur à explorer dans plusieurs directions possibles. C’est ce qui traduit la polysémie du concept qualifié de concept à géométrie variable. Notre contribution rend ainsi compte de la circulation et du renouvellement des approches dans l’étude des institutions décentralisées, en mettant l’accent notamment sur les dimensions juridique, politique, administrative, géographique, économique, financière et socio-anthropologique. Elle clarifie les concepts, présente les controverses conceptuelles qui traversent la décentralisation et propose des éclairages historiques et internationaux pour élargir la perspective. Organisé autour de trois axes, les grands principes, les modèles et les approches de la décentralisation, l’article propose des orientations possibles permettant de prendre de la distance pour saisir de manière holistique les processus de décentralisation à travers l’Afrique et le monde.


Mot-clé : décentralisation, politiques locales., socio-anthropologie des espaces publics, et socio-anthropologie du développement
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Les contrats de ville en Afrique, une dynamique d’appropriation institutionnelle des capacités en décentralisation

Les contrats de ville en Afrique, une dynamique d’appropriation institutionnelle des capacités en décentralisation

Auteur(s) : NDJEMBE DOKALI Jerfrey ; Yves-Patrick Mbangue Nkomba ;

Depuis l’avènement de la décentralisation dans les années 1990, les contrats de ville prennent de nos jours de l’ampleur au sein des pays africains. Le phénomène émerge après la Seconde Guerre mondiale suite aux expériences de jumelages-coopérations nouées avec les pays du nord. Ces expériences ont permis aux pays africains de se lancer dans des contrats de ville et dont les représentations sont observables lors du sommet panafricain « Africités » avec pour objectif d’impulser le développement local participatif, de partager les expériences en matière de décentralisation. Cette dynamique de solidarité internationale dans l’action publique des villes africaines nous plonge dans la définition d’un nouveau mode de comportement des collectivités infra-étatiques. Si de nombreux travaux en la matière ont privilégié une approche juridique de cette réalité, comme cela peut être observable dans les travaux des auteurs comme Gérard Marcou et Jean-Louis Thiébault, il convient pour nous de relever que l’approche s’avère incomplète pour une meilleure perception de l’ensemble du phénomène. Dès lors les contrats de ville soulèvent une problématique de circulation des ressources diverses, digne d’être prise en compte, non pas du fait du jeu des rapports de force ou du rapport de puissance entre États, mais du fait du partage d’expérience de la décentralisation et de l’appropriation institutionnelle. La présente proposition s’intéresse à la question du comment les communes africaines s’approprient les expériences de décentralisation, ailleurs, dans leurs échanges avec leurs homologues pour assumer leurs compétences et responsabilités. Le matériau permettant la fécondité d’une telle réflexion est tiré des expériences empiriques menées entre les acteurs infra-étatiques sur la réalisation du projet de captage d’eau potable dans l’arrondissement de Yaoundé 2.


Mot-clé : appropriation institutionnelle, contrat de ville, décentralisation, développement local., et échange
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