Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

Le métier d’ « enquêteur » dans les bureaux d’étude au Togo : pratiques, enjeux et circulations de modèles

Le métier d’ « enquêteur » dans les bureaux d’étude au Togo : pratiques, enjeux et circulations de modèles

Auteur(s) : Kossi Mitronougna Koumi ; Konga Palassi ;

Cette proposition de communication est centrée sur le métier d’enquêteur, auxiliaire à celui de consultant et indispensable au fonctionnement des bureaux d’étude. Dans certains contrats de consultations, les enquêteurs sont encore appelés « agents d’appui à la collecte de donnée ». A Lomé, bien de diplômés en sciences sociales vivent de ce « métier ». Ayant des contrats à durée déterminée, ils passent d’un cabinet de consultation à un autre, d’une mission de recherche à l’autre… Ces « professionnels des collectes de données » circulent donc entre structures d’expertise, passent d’un contrat à un autre d’une démarche et méthode de recherche à l’autre entre autres. Quelles sont les contraintes qui pèsent sur les enquêteurs dans le cadre de ces circulations ? Comment ces enquêteurs utilisent-ils les expériences acquises ailleurs pour gérer ces contraintes (circulation des « normes pratiques » (olivier de Sardan 2008))? Comment les dispositifs de production de données (les politiques de terrain…) vont-ils circuler d’un cabinet à un autre ? Comment vont-ils être modifiés ? Ce sont ces questions qui sont prises en charge dans cette communication dont les données sont en train d’être produites sur la base d’une démarche empirique. Cette démarche est essentiellement axée sur des entretiens semi-directifs et des observations antérieurement réalisées par les auteurs dans le cadre de missions de consultation auxquels ils ont personnellement participé. Les entretiens sont toujours en cours de réalisation auprès d’une quinzaine d’enquêteurs ayant l’habitude d’être sollicités par différent cabinet de consultation du pays.


Mot-clé : circulation, Consultation/Expertise, Enquêteur, Sciences sociales, et Togo
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« Circulez, il y a tout à voir ». Suivre la piste des motos entre la Chine et l’Afrique

« Circulez, il y a tout à voir ». Suivre la piste des motos entre la Chine et l’Afrique

Auteur(s) : Blundo Giorgio ;

Mon intervention s’appuie sur une recherche en cours sur la circulation entre la Chine et l’Afrique de l’Ouest d’une marchandise peu étudiée à ce jour, à savoir les motos et les tricycles, produits dont la Chine dispute à l’Inde la place de premier fabricant mondial.

A travers une étude « biographique » de cette marchandise, connectant des espaces politiques et économiques lointains, j’analyse sa circulation, ses usages, ses modes de régulation, ainsi que les effets politiques et sociaux engendrés par l’articulation de ces différentes dimensions.

Cette ethnographie globale concentre ses observations sur les lieux jouant le rôle de hubs, de nœuds de confluence et de rayonnement de flux de marchandises, savoirs technologiques, visions entrepreneuriales, collaborations durables ou plus éphémères : les districts industriels chinois de Chongqing et de Guangzhou, où se concentrent des centaines de fabricants de motos ; Lomé et son port en eaux profondes, qui reçoit annuellement un demi-million de motos chinoises, faisant du Togo la principale porte d’entrée des motocyclettes de fabrication chinoise en Afrique de l’Ouest ; la ville-frontière de Cinkassé, important marché ouest-africain hors douane, par lequel les motos, à la fois marchandise et vecteur de marchandises exportées frauduleusement, alimentent des circuits transfrontaliers complexes.

J’étudie de ce fait les itinéraires et les routes de ces circulations, les configurations d’acteurs qui les font circuler, les infrastructures et les moyens de transport, les formes de régulation (sur le plan fiscal, douanier, etc.) qui les encadrent et leurs contournements.

Par un retour sur un terrain multisitué et intensif de quatre ans et une mise en perspective avec d’autres ethnographies récentes sur la circulation des marchandises, j’esquisserai les problèmes, surmontés ou irrésolus, ainsi que les potentialités et les ouvertures d’une enquête anthropologique qui vise à embrasser la totalité d’une chaine globale d’approvisionnement et de valeur.


Mot-clé : chaine globale d'approvisionnement, Chine, circulation, ethnographie, Moto, et Togo
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Voir le panel Analyser les circulations commerciales dans les Suds de manière frontale. Essais ethnographiques et théoriques / Analyzing the complexity and variability of commercial circulations in the South. Ethnographic and theoretical experiments

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Commerce, circulation et consommation des invendus textiles dans le corridor émergent Accra-Lagos. Approche socio-géographique pour l’exploration d’un marché émergent”

Commerce, circulation et consommation des invendus textiles dans le corridor émergent Accra-Lagos. Approche socio-géographique pour l’exploration d’un marché émergent”

Auteur(s) : Le Borgne Nicolas ;

Je propose de discuter, dans ma communication, des défis méthodologiques que présente l’enquête sur la circulation marchande des invendus textiles et ses filières à partir du cas concret de ma recherche de thèse que j’effectue dans la sous-région d’Afrique de l’Ouest, Bénin-Nigéria-Togo-Ghana depuis Septembre 2018.  Notamment, comment comparer des réseaux caractérisés par des agents différents, des échelles et des dimensions variées allant du « commerçant à la valise », la « fourmi de la mondialisation », jusqu’à l’importateur direct depuis la Chine ou les pays européens disposant d’un capital économique immense.

Comment pallier le manque de données quantitatives ? Quelles sont les limites de l’approche qualitative ou, au contraire, en quoi s’agit-il d’une approche pertinente pour comprendre les rapports marchands et la circulation de biens dans un contexte de pays pauvre.

En substance il s’agira de s’interroger sur ce que nous disent les invendus sur la place des économies des pays « en voie de développement » sur le marché mondial, ainsi que ce qu’ils révèlent dans l’évolution des modes de consommation locale.

Mon enquête s’est pour l’instant majoritairement portée sur les espaces dans lesquels sont commercialisés les invendus textiles [ les principaux marchés], ainsi que sur les espaces par lesquels ils circulent ou transitent [ports, frontière, entrepôts.]. Mon enquête porte aussi sur la place de cet objet de consommation particulier, résultant d’une sur production, dans un marché textile régional fortement marqué par la seconde main et la contrefaçon. Cette recherche permet en outre de révéler une forme d’unité économique et sociale au sein de ce territoire transnational. Enfin mon enquête entend identifier les facteurs de transformation et de recomposition socio-spatiale induits et produits par ce commerce à une échelle locale, régionale et internationale.

Selon quelles modalités ces objets, leur circulation, leur emploi et leur commercialisation concourent-ils à la production de certains espaces ?  Et, à l’inverse, quelles caractéristiques propres à la sous-région favorisent-elles le développement d’une filière de ce type.

 


Mot-clé : circulation, Consommation., Invendus, Mondialisation par le bas, et Surproduction
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“Uza beyi chini”! Les “made in China” et la consommation de masse dans les milieux rurbains en République démocratique du Congo

“Uza beyi chini”! Les “made in China” et la consommation de masse dans les milieux rurbains en République démocratique du Congo

Auteur(s) : GERMAIN NGOIE ;

Walt Rostow présentait « l’ère de la consommation de masse » comme l’étape ultime des étapes à franchir par les sociétés humaines dans l’accomplissement de la quête du développement. Selon cette vision, les sociétés capitalistes développées ont atteint cette étape à travers des longs processus de transformation de leurs économies, de la complexité de la division du travail et des mutations induites sinon reposant sur les technologies de pointe dont « la révolution technétronique », pour reprendre les termes de Zbigniew Brzezinski, a ouvert le chemin. Cette étape ouverte à l’horizon des sociétés humaines semblait fermée pour certaines autres sociétés dont les ressorts de l’activité économique étaient coincés dans la production de type traditionnel. Dans le monde rostowien, la plupart des sociétés africaines étaient logées, sinon elles traînent le pied dans l’étape traditionnelle : pas de satisfaction facile des besoins, rareté des biens à offrir à la consommation des gens, pauvreté des moyens de subsistance. Ces pauvres et les ménages des pays sous-développés ne peuvent pas accéder à la consommation des biens de qualité produits dans les sociétés chrématistiques du Nord. La montée de la Chine devenue le plus grand « atelier du monde » va bousculer la circulation des biens et des gadgets de la modernité triomphante. En République Démocratique du Congo, un pays dont le niveau de la pauvreté est élevé avec une population à majorité rurale pour plus de 70 pour cent vivant avec moins d’un dollar par jour, l’arrivée des produits chinois devient une aubaine et une bouffée d’oxygène dans la chaine des valeurs d’accès et de consommation des biens économiques. Ilunga Kabongo parlait de « zone d’existence » et de « zone de non-existence » : la première zone renvoie à des milieux dans lesquels on trouvait des populations de la classe aisée ; la deuxième zone est celle des « demiscados » : les exclus et les appauvris du système. Pour Kabongo, les premières se réduisent, les deuxièmes se répandent partout dans ce pays. A l’évidence, la pauvreté se généralise et entraine une égalisation des espaces dans la pauvreté car aussi bien les milieux urbains que les milieux ruraux sont touchés par celle-ci. Les milieux rurbains deviennent ainsi ce trait spatial où la distinction entre l’urbain et le rural se dilue dans la précarité socio-économique. Ce tournant se caractérise par la mise à disposition des populations de toutes sortes de biens de première nécessité et des biens de valeur qui étaient portés à créer une hiérarchie sociale. Les asymétries dans la consommation induite du développement du sous-développement capitalistique en RDCongo tendent à disparaître avec les produits « made in China ». Ceci a entrainé l’entrée du pays dans une ère de consommation de masse dans une dynamique de la continuation de la pauvreté. Ainsi dans ce texte, notre objet est de décoder le paradoxe de l’ère de la consommation de masse dans la pauvreté en analysant l’impact socio-économique de l’arrivée des produits chinois dans la vie des ménages rurbains et en présentant les représentations que les gens se font de ces produits. Ce texte repose sur la recherche documentaire et des données empiriques récoltées dans la ville de Bukavu –une ville située à l’Est du pays dans les zones de conflit récurent et de Lubumbashi –une ville minière localisée dans le Copperbelt au sud du pays, à travers l’observation et les enquêtes ethnographiques.


Mot-clé : bien économique, circulation, consommation de masse, Globalisation, pauvreté, reporésentation sociale, et valeur d'usage
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Voir le panel « Made in China » dans les ménages africains : valorisations sociales ambivalentes et pratiques de consommation innovantes / « Made in China » in African households: differing social valuations and innovative consumption practices

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Des motos Made in Chinafrica : comment une « chinoiserie » devient un objet de désir

Des motos Made in Chinafrica : comment une « chinoiserie » devient un objet de désir

Auteur(s) : Blundo Giorgio ;

Dans la littérature décryptant les relations entre la Chine et l’Afrique, l’étude des mobilités humaines a longtemps prévalu sur celle de la circulation de biens et marchandises. Relégués habituellement à l’arrière-plan sous un dénominateur commun – des copies de mauvaise qualité au prix abordable –, les produits manufacturés chinois, et leur inscription dans les sociétés africaines, commencent à être pris au sérieux par des travaux qui montrent les multiples usages, perceptions et pratiques socioculturelles que suscite l’importation de produits industriels chinois (cf. Khan Mohammad 2016 et Sylvanus 2016).

S’inscrivant dans cette trajectoire, ma contribution suggère qu’il est possible de comprendre à nouveaux frais la réception des produits chinois en Afrique, en déplaçant le regard du seul lieu de consommation à l’ensemble d’une chaine globale d’approvisionnement et de valeur. Autrement dit, en s’intéressant également à la face cachée des produits chinois, celle qui a trait à leur conception et leurs modalités de production et de diffusion.

Le cas présenté ici portera sur la filière des motos chinoises. En une vingtaine d’années, l’Afrique est devenue un des principaux marchés des deux roues fabriquées en Chine, absorbant désormais un quart de sa production à l’exportation.

Je discuterai les résultats d’une ethnographie qui, à partir du Togo, la principale porte d’entrée des motocyclettes de fabrication chinoise en Afrique de l’Ouest, a investi les sites où se rencontrent les professionnels africains et chinois du secteur pour identifier un fournisseur, dénicher ou créer un nouveau modèle, régler des problèmes de fiabilité avec un fabriquant ou passer commande : la foire de Canton, le Baiyun Motorcycle Market, ainsi que des usines aux capacités productives et technologiques inégales dans les districts industriels du Guangdong, de Chongqing et de Luoyang.

En examinant les « biographies » à succès – et les échecs – de quelques modèles ou marques dans leur circulation entre la Chine et l’Afrique de l’Ouest, je montrerai par quels acteurs et processus ces « chinoiseries », initialement dévalorisées et dépourvues d’une identité propre, sont devenues, pour certaines marques tout au moins, des objets désirables et valorisants.

Par des aller-retours entre les lieux de conception, production, distribution et consommation, et le croisement des regards et des pratiques observés tout au long de la chaine d’approvisionnement, je soulignerai la très grande interdépendance entre importateurs africains et fabricants chinois.

On verra que les débats des consommateurs et des commerçants togolais ou ouest-africains sur le design, les performances, la qualité des motos, la copie et la contrefaçon prennent leur source bien en amont, dans ces usines globalisées pouvant fournir plus d’une centaine de pays simultanément, prospérant grâce au système « OEM » et orientant leur production en fonction des suggestions de clients situés dans des marchés fort éloignés. Ils se poursuivent dans les rues et les show-rooms togolais à travers des formes de « marketing frugal », par le concours des revendeurs, le rôle central des mécaniciens, le bouche-à-oreille des usagers.

En dépit des nombreuses contraintes qui encadrent et orientent la production motocycliste chinoise, ces engins sont aussi et surtout des assemblages sino-africains, alimentés par des représentations mutuelles, des astuces techniques, des désirs partagés de réussite et d’élévation sociale.


Mot-clé : chaine d'approvisionnement, Chine, circulation, marchandise, Moto, et Togo
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