Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

Le rôle du Cameroun dans la circulation du textile et du prêt à porter Turc en Afrique Centrale.

Le rôle du Cameroun dans la circulation du textile et du prêt à porter Turc en Afrique Centrale.

Auteur(s) : Hugues Benoît DJIONGO TAZO ;

Si les relations entre l’Empire Ottoman et l’Afrique remontent à l’époque des conquêtes et résistances, force est de constater que jusqu’aux années 90, la Turquie, préoccupée par une politique occidentaliste à l’heure de la guerre froide et par les conflits avec la Grèce et autour du Chypre, etc, s’est longtemps peu intéressée à l’ « Afrique Noire » en général et à l’Afrique subsaharienne en particulier. Les relations entre la Turquie et l’Afrique subsaharienne au sein duquel se situe le Cameroun s’établissent de manière graduelle à partir des années 90 avec le lancement du programme d’ « Opening up to Africa » en 1998, se renforcent avec l’entrée de la Turquie à l’Union Africaine en 2003 comme observateur, en 2005 avec la déclaration de l’Afrique pour aboutir finalement au sommet Turco-Africain du 24 aout 2008, sommet qui sans doute facilité l’élection de la Turquie à l’ONU le 14 octobre 2008 comme membre non permanent avec 151 votes . Depuis lors, les échanges économiques entre l’Afrique en général et l’Afrique noire en particulier s’est accrue exponentiellement. Le volume des échanges est par exemple passé de 5,4 milliards de dollars en 2003 à 13 milliards en 2008. Si la Turquie doit cette croissance à ses entrepreneurs, il n’en demeure pas moins vrai que les pays d’accueils y ont joué un rôle prépondérant comme semble le témoigner le rôle du Cameroun dans la circulation des produits turcs en Afrique centrale comme les pièces détachées, les produits cosmétiques, le matériau de construction, le meuble et l’ameublement, le tourisme, le textile et le prêt à porter, etc. La Turquie et ses milieux d’affaires considèrent d’ailleurs le Cameroun comme la porte d’entrée en Afrique centrale et dans la communauté économique des Etats de l’Afrique Centrale (CEMAC)(DOGAN Faruk, 2014). Quel est donc le rôle joué par le Cameroun comme d’entrée dans la circulation des produits commerciaux turcs ? C’est en s’appuyant sur une analyse de la circulation par le « haut » et par le « bas » du textile et du prêt à porter turc en Afrique centrale que cette communication entend répondre à cette question. Analyser le rôle de transit ou de siège de redistribution joué par le Cameroun constitue le premier objectif de cette communication, tandis qu’analyser les acteurs et les circuits de la circulation en constitue le second. Combinant enquêtes ethnographiques et recherche documentaire, l’étude entend explorer sous le prisme du transnationalisme, la contribution tant des acteurs institutionnels que des entrepreneurs et des « consom’acteurs » dans cette circulation du textile et du prêt à porter Turc en Afrique centrale.


Mot-clé : Acteurs, Afrique Centrale., circulation, et transit
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Alcool et stupéfiants sans frontières. Perceptions citoyennes de la circulation des produits prohibés entre le Burkina Faso et ses pays voisins du Togo et du Ghana

Alcool et stupéfiants sans frontières. Perceptions citoyennes de la circulation des produits prohibés entre le Burkina Faso et ses pays voisins du Togo et du Ghana

Auteur(s) : Cissao Yacouba ; Kibora Ludovic ;

Le Burkina Faso, pays sahélien d’Afrique de l’Ouest partage ses frontières avec d’autres pays sahéliens comme le Mali et le Niger, mais également avec des pays côtiers comme le Togo, le Ghana et la Côte d’Ivoire. En termes d’échanges commerciaux, le Burkina Faso, compte tenu de son enclavement enregistre un flux important de marchandises provenant de ces pays voisins qui ont un accès à la mer. Les localités frontalières du pays demeurent ainsi les principales portes d’entrée de marchandises ou de produits de tout ordre qui circulent ensuite à l’intérieur du pays suivant le circuit de la commercialisation. La légalité ou l’illégalité en termes de circulation ou de consommation de ces produits est fonction du circuit utilisé pour leur entrée sur le territoire national ou de la nature même des produits. Dans les communes frontalières du sud et de l’est du pays comme celles Pô, de Bittou ou de Tenkodogo, le constat est que des produits prohibés tels que l’alcool frelaté, la drogue et les produits pharmaceutiques, ont une présence remarquable sur le marché local en raison de la ‘’porosité des frontières’’ avec le Togo et le Ghana. La consommation de ces produits est perçue par les populations de ces zones frontalières comme un facteur favorable au développement de l’insécurité. Dans la conception locale, les pratiques de consommation de ces produits observées au sein de la frange jeune induisent des comportements déviants qui se traduisent souvent par des actes de vol, de braquage ou par des violences dans le cadre familial ou scolaire.

L’ampleur en termes de circulation et de consommation de ces produits dans les espaces frontaliers et à l’intérieur du pays indique qu’en marge de l’ordre public, ces pratiques gagnent progressivement du terrain compte tenu du fait qu’elles sont partie intégrante d’une économie informelle qui est largement investie par les populations confrontées au chômage et à la pauvreté. Ces espaces frontaliers apparaissent le plus souvent comme des zones de non-droit en raison de l’absence relative de l’Etat, ce qui en définitive facilite la circulation des produits prohibés entre le Burkina et ses pays voisins. A travers la pensée collective émerge l’idée d’une division du travail accordant à des pays comme le Togo et le Ghana, le rôle de fournisseurs du marché local en alcool et en stupéfiants. La consommation de l’alcool frelaté et des stupéfiants est par conséquent vue comme un mal venu de l’autre côté de la frontière.

L’objectif de cette communication est d’analyser les perceptions que se font les populations de la circulation de produits prohibés comme l’alcool et les stupéfiants issus du trafic transfrontalier entre le Burkina et des pays voisins comme le Togo et le Ghana. Elle se fonde sur des observations et des entretiens réalisés auprès de différentes composantes de la population dans les communes de Pô, de Bittou et de Tenkodogo dans le cadre d’une recherche socio-anthropologique conduite en 2018 qui questionnait les perceptions et les perspectives citoyennes des défis de sécurité au Burkina Faso. En plus de ces données de terrain, les sources écrites seront également mobilisées.


Mot-clé : Alcool, circulation, espaces frontaliers, perceptions, et stupéfiants
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Entre microbe et éléphant – le trope animalier dans la circulation malienne

Entre microbe et éléphant – le trope animalier dans la circulation malienne

Auteur(s) : Monz Katharina ;

Arrêtons-nous à un carrefour bamakois ou un poste de contrôle malien tout court et contemplons le mouvement.

Au bout de quelques minutes seulement, l’observateur gagne un bon aperçu sur le marché du bétail de la région. Tout mélangé, l’on y trouve moutons, chèvres, ânes, vaches, de temps en temps des chevaux et des chameaux et bien sûr toute sorte de volailles : poules, pigeons et pintades. S’attardant quelques minutes de plus, l’œil favorable aux découvertes tombe également sur des éléphants, beaucoup de chevaux blancs et même des lions. Ajoutant maintenant encore l’oreille du bambarophone – le bambara étant la langue la plus utilisée au Mali –, la ménagerie s’élargit encore plus, ajoutant à la liste des microbes, des chats, des fourmis, des crevettes, des vautours, des poussins et si l’on a de la chance, un chimpanzé.

D’où viennent tous ces animaux ?

La provenance de cette ménagerie diffère. Quelques-uns des termes nommés ne font que désigner tout simplement l’animal en question. D’autres par contre, sont des surnoms donnés à certains acteurs de et dans la circulation. Justement, en réponse à l‘appel à contribution, j’apporte une extension linguistique à une des questions y posées : « Quels sont les acteurs de ces circulations, aussi bien ceux qui les animent que ceux qui les alimentent ou tentent de les contrôler, de les réguler ou de s’y opposer ? ». Je propose d’ajouter à cette question sur l’identité des acteurs de la circulation l’aspect de leur désignation. Y répondant pour le cas Malien, je montre que la désignation se concentre sur le champ lexical de la faune.

La poule essayant d’attraper le chat, le lion fâché transportant des moutons ; la circulation malienne ressemble parfois à un parc zoologique sans pourtant respecter les lois naturelles. En même temps, cette animalisation linguistique, dont font objet beaucoup d’acteurs du domaine de la circulation, ne s’arrête pas devant les frontières du vivant. Ainsi, peu importe s’il s’agit d’une personne ou d’un moyen de transport, tout (le monde) peut finir par obtenir une appellation du domaine de la faune.

Qui sont ces animaux et que font-ils dans la circulation ?

Pour citer encore une fois la question d’en haut, entre l’animation et l’opposition en passant par l’alimentation, le contrôle et la régulation de la circulation, toute tâche et toute entité l’exécutant peut être objet à une appellation animalière. Ainsi, toute tâche mélangée, le policier, le marchant-trafiquant, le chauffeur de taxi ou de car aussi bien que certains types de véhicules ont leur surnom ; parfois communément utilisé, parfois connu seulement par les chauffeurs.

Pour notre colloque international, je prends à la lettre le titre des circulations. Me basant sur le contexte malien, je propose une vue d’ensemble de ce qui y est touché par le champ lexical animalier, m’intéressant aussi bien à la provenance des termes, qu’à leur lecture par la population.


Mot-clé : circulation, linguistique, Mali, et trope animalier
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La circulation du genre dans un contexte africain

La circulation du genre dans un contexte africain

Auteur(s) : ALHASSOUMI Hadizatou ;

L’article se propose d’analyser la circulation du concept de genre, porté par des mouvements locaux d’émancipation des femmes s’inscrivant désormais dans des réseaux mondialisés d’échanges. Nous proposons d’appréhender la trajectoire du genre à travers la confédération nationale des ONG et associations féminines du Niger. La CONGAFEN est créée en 1995 à la faveur des préparatifs de la 4ème Conférence de Beijing sur les femmes. Avec l’appui des partenaires au développement, ses activités consistent d’une part à susciter un engagement de la population en faveur d’une lutte contre les différentes formes de violence et pratiques portant atteintes aux droits et libertés des femmes. D’autre part, adopter des stratégies de renforcement du cadre institutionnel.

Il s’agit d’interroger le cheminement du genre depuis le niveau global avec les soutiens et les alliances internationaux favorisés par la Conférence, les circuits empruntés pour parvenir à une reconnaissance institutionnelle et juridique au niveau national. Qui sont les femmes engagées dans ces structures ? Quelles interactions avec d’autres institutions de développement engagées sur les questions de genre ? Quelles stratégies sont développées selon les lieux et les circonstances pour lever/contourner des obstacles ? Quelles appropriations locales du concept sur les terrains du développement ?

Le mouvement MMD, Mata Masu Dubara, « les femmes ingénieuses » né au niveau local sous l’initiative de l’ONG CARE Internationale en 1989 semble être une bonne expérience de parcours du genre en tant qu’approche d’émancipation des femmes et de défense de leurs droits. La démarche consiste à organiser les femmes autour de caisse « asusu » d’épargne et de crédit. Les différentes phases de mise en œuvre des programme MMD qui se sont succédées ont connu une évolution de l’approche allant de la satisfaction des besoins pratiques vers la prise en compte des intérêts stratégiques. Cette approche qui était pensée en termes de résilience pour des personnes vulnérables a progressivement porté une dimension politique. En effet, la plupart des conseillères municipales du pays sont issues des groupements MMD. Aujourd’hui, ces groupements MMD réunis en réseau et en fédération organisent autour des municipalités des plateformes au sein desquelles elles mobilisent d’autres acteurs notamment les leaders religieux et coutumiers pour débattre des problèmes sociétaux et conduire des actions en vue de changements de comportements. Ce modèle qui semble avoir fait ses preuves, est adopté par plusieurs intervenants de développement et est mis en oeuvre dans d’autres pays africains. Nous proposons de suivre  la diffusion du genre par le mouvement MMD du local vers le global à travers les lieux et les circuits de connexion, dans l’espace et dans le temps : qui sont les femmes membres des groupements MMD ? Quelles stratégies mobilisées et pour quelles interactions avec leurs communautés ? Quelles forces permettent au mouvement de se maintenir dans des contextes peu favorables au changement de normes sociales ? Dans quelles mesures les structures de la CONGAFEN et celles du MMD se renforcent mutuellement ?

Dans une perspective compréhensive nous proposons d’interroger la dynamique de circulation du genre dans un double mouvement du global vers le local et du local vers le global.

 


Mot-clé : circulation et Genre
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Modèles de femmes et femmes modèles : la circulation des normes et croyances dans les programmes d’autonomisation des femmes au Togo

Modèles de femmes et femmes modèles : la circulation des normes et croyances dans les programmes d’autonomisation des femmes au Togo

Auteur(s) : N'DJAMBARA Mahamondou ;

Entre juin 2018 et octobre 2019, nous avons mené successivement trois études d’anthropologie appliquée commanditées par des organisations de développement en activité au Togo. Les missions qui nous avaient été confiées ont une articulation relativement commune : identifier des normes et des croyances traditionnelles de différents groupes ethniques ; les analyser puis diagnostiquer celles qui sont « traditionnelles », « négatives » ou « néfastes » et celles qui sont « positives » pour l’émancipation des femmes, des enfants (surtout des jeunes filles) et des personnes en situation de handicap ; enfin, proposer une théorie du changement pour encourager et reproduire les normes et croyances positives et « faire évoluer » celles qui sont « négatives ».

À partir d’un retour réflexif sur ces différents terrains d’enquête et de l’exploitation des rapports finaux d’études, nous nous proposons ici de partager une expérience vécue de « transfert unidirectionnel » de normes et de croyances d’institutions internationales vers les populations par l’intermédiaire d’organisations de développement dans le cadre de la lutte pour l’émancipation des femmes au Togo. Nous soulignons les « résistances infrapolitiques » des différents acteurs face à ce projet de modélisation de la femme au travers de la modification et/ou de la reproduction des rapports sociaux de sexe ainsi que les conséquences de cette circulation globalisée de normes et de croyances.

Sur un plan purement épistémologique, nous questionnons la part de l’anthropologue-chercheur dans la reproduction des « lieux communs » véhiculés par l’idéologie développementiste, en l’occurrence la mise en lumière des libertés individuelles à tendance néolibérale :  les diverses situations éprouvantes à travers notre rencontre avec les enquêtés d’une part, et d’autre part avec les institutions commanditaires de l’étude ; l’épreuve de définition et de traduction des notions de « normes et croyances traditionnelles », surtout dans les diverses langues ou dialectes ; épreuve de la recherche de critères et de valeurs de référence pour « juger » les normes et les croyances identifiées de « négatives » ou « positives » ; les rapports, jeux de pouvoir et négociations lors de la collecte des informations ; les stratégies pour trouver une « juste distance » sur un terrain « proche » tout en jouant le jeu des enquêtés et des institutions.


Mot-clé : autonomisation des femmes, circulation, femmes modèles, normes et croyances, résistances, et Togo
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