Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

Des États de sentiments. Explorer les enchevêtrements affectifs et émotionnels des fonctionnaires et des citoyens / States of Feeling: Exploring Public Servants’ and Citizens’ Affective and Emotional Entanglements

Des États de sentiments. Explorer les enchevêtrements affectifs et émotionnels des fonctionnaires et des citoyens

States of Feeling: Exploring Public Servants’ and Citizens’ Affective and Emotional Entanglements

Auteur(s) : Andreetta Sophie ; Enria Luisa ; Jarroux Pauline ; Verheul Susanne ;

Résumé en Français

Ce panel vise à interroger la manière dont l’attention portée aux affects, aux émotions et aux sentiments peut améliorer la compréhension de l’État, tant au « Sud » qu’au regard d’autres contextes. Pour explorer cette dimension centrale, quoique peu étudiée, de la relation entre et parmi les fonctionnaires, les citoyens et leur État, nous invitons les communications qui interrogent ce que « font » les émotions au travail bureaucratique, les relations affectives et subjectives liées à l’État ainsi que les interrogations méthodologiques que pose la réalisation de telles ethnographies.

English summary

This panel examines how an attention to affect, emotion and feelings enhances our understandings of the state, both in the global south and comparatively across contexts. To explore this central, but understudied dimension of the relationship between and among public servants, citizens and their state, we invite papers that examine the bureaucratic “work” emotions do, the affective and subjective relations formed with the state, and the methodological considerations in conducting such ethnography.


Argumentaire en Français

Politistes et anthropologues s’accordent sur les enjeux spécifiques de l’étude de cette « réalité fictive » (Aretxaga, 2003 ; Abrams, 1988) qu’est l’État, une entité et une idée difficiles à appréhender autrement que par leurs intermédiaires (normes et lois, fonctionnaires, bâtiments, etc.). Plusieurs chercheurs ont étudié la « boîte noire » de l’État, par exemple au travers d’ethnographies de services publics (Dubois, 2003 ; Bierschenk et Olivier de Sardan, 2014) ou de recherches sur les dimensions matérielles et symboliques des « effets d’État » (Ferguson et Gupta, 2002 ; Hansen et Stepputat, 2001 ; Hull, 2012). Dans ce panel, nous cherchons à interroger comment les affects, les émotions et les sentiments peuvent constituer un point d’entrée pertinent pour la compréhension de l’État. Depuis le « tournant affectif », les chercheurs en sciences sociales se sont de plus en plus intéressés aux dimensions émotionnelles et affectives de la vie quotidienne (Clough & Halley, 2007 ; Thrift, 2008 ; Gregg & Seigworth, 2010), éclairant sous un nouveau jour des thèmes variés tels que l’espace, la migration, les professions, l’alimentation, la technologie etc. Cependant, peu de travaux ont abordé les affects et émotions en relation à l’État. Le numéro coordonné par Laszczkowski et Reeves intitulé « Affective States » et publié en 2015, constitue en ce sens un effort notable pour investiguer l’État comme un espace d’engagements affectifs, effort que notre panel entend prolonger au travers d’ethnographies d’États dits du « Sud » – des États qui restent souvent sous-examinés et/ou décrits comme « absents » ou « faillis ». C’est également la circulation des émotions entre et parmi les États qui intéresse ce panel, notamment au moyen de regards comparatifs portés sur les pays dits du « Nord » ou de recherches sur l’impact des projets de développement et de « bonne gouvernance » sur les engagements émotionnels des citoyens et des fonctionnaires face leurs États.

Dans le sillage du travail d’Herzfeld (1997) sur l’identité culturelle et le sentiment national saisis à partir du « bas », ce panel vise à contribuer à la compréhension de « l’État par le bas » par le biais des affects et des émotions.

Les communications pourront aborder les dimensions suivantes, sans toutefois s’y limiter :

  • Bureaucraties et émotions « au travail » : Les émotions sont une dimension cruciale, bien que sous-explorée, des interactions quotidiennes entre fonctionnaires et citoyens. Les premiers peuvent agir sur la base de la peur, de la compassion ou de la tristesse, de la honte ou de la fierté ; les seconds peuvent ressentir de l’espoir, de la colère, de l’inquiétude, de la confiance ou de la méfiance. Comment ces émotions, plurielles, interagissent-elles ? Comment façonnent-elles, informent-elles ou remettent-elles en question les codes de conduite et autres « règles de sentiments » (Hochschild 1979), et quels rôles ces dernières jouent-elles dans le fonctionnement des services publics ? Que disent ces règles des normes et valeurs professionnelles en vigueur dans les administrations ? Plus généralement, quel « travail » ces émotions produisent-elles dans les rencontres quotidiennes avec/au sein de l’État ?
  • L’engagement émotionnel et la vie subjective de l’État : Le fait de travailler pour des institutions publiques, d’y avoir affaire ou, plus largement, d’être un citoyen, implique des perceptions, des attentes et des expériences spécifiques de l’État qui peuvent être émotionnelles et affectives. Quelles sont les dimensions productives des espoirs et des désillusions ressentis à l’égard de l’État ? Comment la gamme des sentiments de/vers l’État façonne-t-elle l’imagination politique ? Par ailleurs, dans des pays dits « sous régime d’aide », comment les projets de développement interagissent-ils avec les engagements émotionnels des individus envers l’État ?
  • Ethnographie et engagement émotionnel : L’intérêt croissant de la recherche anthropologique pour l’étude des affects et des émotions pose également la question de la réflexivité des chercheurs : faire du terrain avec ou au sein d’institutions étatiques nécessite qu’ils interrogent leurs propres affects « au travail ». Comment leurs émotions ressenties face à l’État étudié peuvent-elles contribuer à étudier l’État ? Quel statut pourrait être donné à de telles émotions ? Par ailleurs, au-delà des controverses sur la définition même de ce que l’on nomme « affect », et donc sur la pertinence théorique et empirique du terme, la question se pose également d’une réflexion critique sur les catégories utilisées (Crapanzano 1994) : comment les émotions et les affects sont-ils désignés « ailleurs » ? Dans un contexte où les chercheurs circulent dans le monde entier, (comment) devrions-nous atténuer le danger ethnocentrique que représente l’étude des affects de « l’autre » ?

Dans l’ensemble, les présentations de ce panel contribueront à élargir la réflexion sur l’ethnographie de l’État dans différents contextes. Elles permettront également d’engager un dialogue sur la pertinence ainsi que sur les usages contrastés des sentiments, des émotions et des affects comme outils méthodologiques et théoriques pour étudier l’État tant au « Nord » qu’au « Sud ».


English argumentary

Political scientists and anthropologists agree on the challenges of studying the “fictional reality” (Aretxaga, 2003; Abrams, 1988) that is the state, an entity and an idea difficult to grasp other than through its intermediaries (norms and laws, civil servants, buildings, etc.). Scholars have investigated the state’s “black box” through, for example, ethnographies of public services (Dubois, 2003; Bierschenk & Olivier de Sardan, 2014), or studies of the material or symbolic dimensions of “state effects” (Ferguson & Gupta, 2002; Hansen & Stepputat, 2001; Hull, 2012). In this panel, we investigate instead how affect, emotions and feelings constitute a relevant entry point into our understandings of the state. Following the affective turn, social scientists increasingly engage with the visceral and emotional dimensions of everyday life (Clough & Halley, 2007; Thrift, 2008; Gregg & Seigworth, 2010), shedding new light on, among others, topics of space, migration, professions, food, and technology. Few studies, however, have tackled affect and emotions as related to the state. Laszczkowski and Reeves’ 2015 collection on “Affective States” is a notable effort to examine the state as a space of affective engagement, one on which this panel seeks to build with specific reference to the state in the “global South” – states which often remain under-examined and/or characterized as “absent”, “failed”, or “hollowed-out”. We also aim to examine how emotions circulate between and across states, in part by applying a comparative lens with states in the “global North”, or by examining the impact of development or good-governance projects on citizens’ and civil servants’ emotional engagements with their states.

Following Herzfeld’s (1997) exploration of cultural identity and national feeling from the bottom up, this panel further aims to contribute to understanding “the state from below” through affect and emotions.

Papers can be developed along, but not limited to, the following dimensions:

  • Bureaucracies and emotions “at work”: Emotions are a crucial, although underexplored dimension of public servants’ and citizens’ daily interactions. Bureaucrats may act on the basis of fear, compassion or sadness, shame or pride; citizens may feel hope, anger, worry or (dis)trust. How do these multiple emotions interact? How do they shape, inform, or challenge codes of conduct and other “feeling rules” (Hochschild 1979), and how do “feelings rules” play into the making of public services? What do these rules tell about professional norms and values within state bureaucracies? More generally, what “work” do these emotions produce in the daily encounters with/within the state?
  • Emotional engagement and the subjective lives of the state: Working for, making use of public institutions, or, more broadly, being a citizen, entails specific perceptions, expectations and experiences of “statehood” that may be visceral or emotional. What are the productive dimensions of people’s hopes for, and disillusions with the state? How does the range of feelings of/towards the state shape political imagination? Moreover, in contexts where public services are tied into a global “aid regime”, how do development projects interact with people’s emotional engagements with the state?
  • Ethnography and emotional engagement: While there has been growing interest to incorporate the study of affect and emotions within anthropological research, doing fieldwork with or within state institutions also requires researchers to confront their own emotions “at work”. Can researchers’ emotions, when facing the state, provide interesting or relevant insight into our study the state? Which status could be given to the researchers’ emotions as far as the state is concerned? Moreover, beyond the division that remains on the very definition of “affect”, and by extension, the term’s theoretical and empirical relevance, researchers should engage in critical reflection on the categories they use (Crapanzano 1994): how are emotions and affect referred to “elsewhere”? In a context where researchers circulate worldwide, (how) should we mitigate the ethnocentric danger of studying “the other’s” affects?

Taken together, the presentations in this panel will contribute to a wider reflection on the ethnography of statehood in different contexts, specifically on the relevance or contrasting uses of feelings, emotions and affect as methodological and theoretical tools to study the state both in the global North and in the global South.


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La théorie du complot dans les Afriques mondialisées : discours, imaginaires et enjeux anthro-politiques /

La théorie du complot dans les Afriques mondialisées : discours, imaginaires et enjeux anthro-politiques

Auteur(s) : Atenga Thomas ; Samnick Denis Augustin ;

Résumé en Français

Le complot est généralement perçu comme étant l’œuvre d’un petit groupe de gens puissants, se coordonnant en secret pour planifier et entreprendre une action néfaste, généralement illégale, affectant le cours des événements de la vie d’un individu, de la sureté d’un Etat, d’une institution, etc. (Mazzocchetti, 2012). Le présent panel propose une ouverture pluridisciplinaire sur la théorie du complot en Afrique. Il appréhende la circulation des théories du complot en tant qu’enjeu de compréhension des imaginaires africains de soi, de l’autre et du monde. Les communications attendues pourront porter sur les thèmes, les domaines, les formes, les canaux de circulation, les imaginaires.


Argumentaire en Français

Biens matériels, symboliques et services circulent dans les Afriques mondialisées. Les idées reçues et imaginaires aussi. Le complot est un des plus enracinés. Il est perçu comme étant l’œuvre d’un petit groupe de gens puissants, se coordonnant en secret pour planifier et entreprendre une action néfaste, généralement illégale, affectant le cours des événements de la vie d’un individu, de la sureté d’un Etat, d’une institution, etc. (Mazzocchetti 2012).

Dans les Afriques-mondialisées, le complotisme n’est pas un mythe politique, ni un simple délire collectif sur le pouvoir et la domination occidentale. Il est récit théorique cohérent s’inscrivant dans une lecture particulière des acteurs sur des faits historiques et d’actualité. Il s’agit de discours alternatifs ou de contre-discours dont la finalité est de (dé)montrer que l’Occident symbolisé par les Etats-Unis, la France, les juifs, les francs-maçons, l’Église catholique, les Illuminati et leur système médiatique (Taguieff, 2005, 2006, 2013) veulent garder le pouvoir politique, économique, financier aux fins de domination éternelle ou de changer le monde à leur seul profit (Taïeb, 2010). Ainsi, l’histoire des crises (politiques, administratives, économiques, monétaires, agricoles, éducatives, démographiques, sanitaires, environnementales, etc.) africaines ne serait que la résultante d’un grand complot occidental contre l’émergence du continent.

Complotisme et conspirationnisme qui sont ici pris dans la même acception débouchent sur le négationnisme des causes endogènes des échecs africains. Il nie la complexité des relations internationales, et repose sur ce qui est appréhendé comme le primat de l’intentionnalisme séculaire occidental d’asservissement du continent, à défaut de sa chute eschatologique. Les luttes décoloniales matées dans le sang ici, les indépendances « données » là, la valse des coups d’Etat durant les partis uniques, l’avènement du multipartisme, la libéralisation des médias, la dévaluation du Franc CFA, la pandémie du sida, certaines campagnes de vaccination controversées, la montée en puissance des mouvements djihadistes, la guerre contre le régime de Kadhafi, la contraception, la libéralisation de l’avortement, n’auraient qu’un seul lien qui ramène au grand complot auquel les vraies Afriques opposeraient une résilience inattendue. Dans les Afriques comme ailleurs, le complotisme s’avère hétéroclite (Reichstadt, 2015).

Kay (2011) relève que ces dynamiques actuelles naissent du désenchantement du précédent militantisme marqué par les grands récits idéologiques. Le conspirationnisme de l’âge digital est plus identitaire que politique. Ce qui en fait une mouvance équivoque mais prégnante qui rassemble selon les cas, gouvernements, individus ou mouvements de gauche, d’extrême-droite, etc. Sur le continent,  l’idée d’un complot ourdi par les puissances occidentales englobe afrocentristes, souverainistes, suprémacistes, médias, etc.

Historiens, sociologues, politistes, philosophes, psychologues, abordent le complotisme sous différents angles méthodologiques et théoriques : fonctionnalisme, objectivisme, criticisme, pathologisme, etc.

Le présent panel propose une ouverture pluridisciplinaire. Appréhender la circulation des théories du complot constitue un enjeu de compréhension des imaginaires africains de soi, de l’autre et des relations-monde qui les fondent et les structurent. Il s’agit d’inscrire cette question dans les écoles d’interprétation et de compréhension des dynamiques qui travaillent les Afriques mondialisées comme objet, corpus légitime. Campion-Vincent (2018) a montré que le complotisme n’est pas l’affaire de la frange la moins cultivée de la société, et qu’il concerne à la fois jeunes et moins jeunes de façon globale, radicale, partielle, voire marginale, mais toujours d’une manière ou d’une autre. Les communications attendues pourront porter sur :

  • Les thèmes et domaines du complotisme.
  • Ses formes et canaux de circulation.
  • Les discours (politiques, religieux, universitaires, médiatiques) du complotisme et le rôle des médias et d’internet dans leur circulation, complotisme rimant avec manipulation, désinformation, etc.
  • Les imaginaires (politiques, religieux, universitaires, médiatiques) véhiculés par les discours complotistes.
  • Le niveau de pénétration et de circulation sociale des thèses conspirationnistes (familiaux, claniques, ethno-régionaux, etc.) en rapport avec les pratiques magico-religieuses, etc.
  • Les liens entre le succès du complotisme et la perte de confiance dans les acteurs et dispositifs de construction du sens (médias, école, autorités publiques, etc.)
  • Les enjeux anthropo-politiques du complotisme dans la reconfiguration des sociétés africaines (contextes particuliers de conceptions, d’énonciation, de diffusion).

Bibliographie

  • Campion-Vincent V. (2018) ‪« Aurore Van de Winkel, Les légendes urbaines de Belgique‪. Quaderni,  1. n° 95, pp. 121-126.
  • Kay (2011), Among the Truthers: A Journey Through America’s Growing Conspiracist Underground, New York, Harper, 368 p.
  • Mazzocchetti J. (2012) « Sentiments d’injustice et théorie du complot. Représentations d’adolescents migrants et issus des migrations africaines (Maroc et Afrique subsaharienne) dans des quartiers précaires de Bruxelles » Brussels studies, n°63.
  • Reichstadt R. (2015) « Le conspirationnisme, extension du domaine de la négation. L’intrication de la complosphère avec la mouvance négationniste », Diogène, Vol.1 n° 249-250, pp. 64-74.
  • Taïeb E. (2010) « Les logiques politiques du conspirationnisme », Sociologie et sociétés, Vol. 42, n° 2, pp. 265-289.
  • Taguieff A. (2005) La foire aux illuminés : ésotérisme, théorie du complot, extrémisme, Paris, Mille et une nuit,  612 p.
  • Taguieff P. A. (2006) Imaginaire du complot mondial : aspect d’un mythe mondial, Paris, Mille et une nuit, 213 p.
  • Taguieff (2013) Court traité de complotologie, Paris, Paris, Mille et une nuit, 160 p.

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Analyser les circulations commerciales dans les Suds de manière frontale. Essais ethnographiques et théoriques / Analyzing the complexity and variability of commercial circulations in the South. Ethnographic and theoretical experiments

Analyser les circulations commerciales dans les Suds de manière frontale. Essais ethnographiques et théoriques

Analyzing the complexity and variability of commercial circulations in the South. Ethnographic and theoretical experiments

Auteur(s) : Blaszkiewicz Hélène ;

Résumé en Français

L’objectif de ce panel est de susciter des propositions théoriques et méthodologiques permettant une analyse fine des circulations commerciales dans les Suds, en faisant apparaître leur complexité et leur variabilité. En prenant en compte l’ensemble des composantes du mouvement commercial (marchandises, acteurs, infrastructures, représentations sociales, rythmes, etc.), les communications de ce panel répondront à deux interrogations centrales.

English summary

The aim of this panel is to call for theoretical and methodological proposals that allow a fine-grained analysis of commercial circulations in the South by showing their complexity and variability. Taking into account all the components of trade flows (goods, actors, infrastructures, social representations, rhythms, etc.), the participants to this panel will answer two central questions.


Argumentaire en Français

Afin d’enrichir l’aspect méthodologique et épistémologique de l’analyse des circulations commerciales dans les Suds, ce panel se propose de réfléchir aux mouvements de marchandises de manière frontale, en prenant en compte l’ensemble des composantes du mouvement commercial (marchandises, acteurs, infrastructures, représentations sociales, politiques, temporalités, etc.). L’objectif est d’étudier les alternatives théoriques et méthodologiques dont nous disposons pour faire apparaître la variabilité et la complexité des mouvements de marchandises dans les Suds.

L’étude des circulations commerciales dans les Suds, et particulièrement en Afrique, rencontre plusieurs écueils. En effet, on remarque tout d’abord que les études quantitatives sont limitées, de par l’absence ou la non-fiabilité des chiffres disponibles sur les circulations commerciales. Le continent africain, comme un bon nombre d’espaces qualifiés de « marginaux » dans la mondialisation des échanges, est ainsi relégué aux marges des analyses quantitatives. En ce qui concerne les études qualitatives portant sur les circulations commerciales africaines, on remarque qu’elles se heurtent souvent à un problème de cloisonnement des littératures : un cloisonnement par échelle empêche de saisir la complexité de certaines circulations commerciales (comme la multinationalisation des circulations de biens alimentaires ou de consommation courante, par exemple), et un cloisonnement par acteurs empêche de repérer les entremêlements de logiques et les configurations public / privé qui se nouent autour des circulations de marchandises.

Le panel a donc pour objectif de réfléchir à la façon d’étudier concrètement et frontalement la circulation des choses dans les Suds et leur variabilité, autour de deux grandes problématiques.

Premièrement, comment étudier les marchandises en mouvement sur le terrain ? Quels regards adopter pour rendre compte des circulations, de leurs variations spatiales et temporelles et des configurations d’acteurs se mobilisant autour d’elles ? Les communications pourront, à partir de cas d’études précis, discuter les dimensions méthodologiques et épistémologiques de l’ethnographie des circulations marchandes dans les Suds.

Deuxièmement, quel cadre analytique adopter afin de saisir les mouvements de marchandises dans toute leur complexité ? Sur le terrain, on remarque en effet que les circulations de marchandises sont variées, que tous les objets ne circulent pas avec la même vitesse ou avec la même fluidité, en fonction des acteurs qui les animent ou des temporalités (saisonnières, politiques) des circulations. Quel modèle permettrait d’en rendre compte, tant dans l’écriture scientifique que dans la construction théorique ? Quelle typologie adopter, sans faire retomber l’analyse dans des conceptions scalaires trop segmentées ? Les communications pourront proposer des idéaux-types ou des classements des circulations commerciales, à partir de leurs cas d’étude.

Ce panel est ouvert aux chercheur·e·s de toute discipline des sciences sociales : il sera l’occasion de discuter de l’objet circulations de manière interdisciplinaire. L’ensemble des communications auront cependant à cœur d’étudier toutes les composantes du mouvement marchand : infrastructures matérielles et immatérielles, temporalités, itinéraires, politiques publiques et actions privées, représentations sociales et idéologies, etc. Tous ces éléments seront pris en compte de manière frontale, afin de rendre compte de la complexité et de la variabilité des circulations marchandes.


English argumentary

In order to enrich the methodological and epistemological aspect of the analysis of commercial circulations in the South, this panel proposes to reflect on the movement of goods in a frontal way, taking into account all the components of the trade movement (goods, actors, infrastructures, social representations, politics, temporalities, etc.). The aim is to study the theoretical and methodological alternatives available to us in order to reveal the variability and complexity of the movement of goods in the South.

The study of commercial flows in the South, and particularly in Africa, suffers from several pitfalls. Indeed, quantitative studies have obvious limitations, given the absence or unreliability of the available figures on commercial flows (Hibou and Samuel, 2012). The African continent, like many of the so-called “marginal” spaces in globalization studies, is thus relegated to the margins of quantitative analysis. With regard to qualitative studies of African trade circulations, they often face the problem of compartmentalized academic and policy debates: a separation by scale prevents us from grasping the complexity of certain commercial circulations, and a separation by actors prevents the identification of the interweaving of logics and the public/private configurations that are generated around the movement of goods.

The panel therefore aims to think about how to concretely study the commercial flows in the South and their variability, around two major questions.

First, how do we study goods in motion in the field? What eyes should we take to account for circulations, their spatial and temporal variations and the variability of actors mobilized around them? The participants will discuss the methodological and epistemological dimensions of the ethnography of commercial circulations in the South, based on specific case studies.

Second, what analytical framework can we adopt in order to capture the movements of goods in all their complexity? On the ground, we often notice that commercial circulations vary a lot: not all goods circulate with the same speed or with the same fluidity, depending on the actors who animate them or the temporalities (seasonal, political) when they occur. What model would account for it, both in scientific writing and in theoretical construction? What typology to adopt, without making the analysis fall back into too segmented scalar designs? Participants will propose ideal types or new categorizations of commercial circulations, based on their case studies.

This panel is open to researchers from all disciplines of the social sciences: it will be an opportunity to discuss the object of circulations in an interdisciplinary way. All participants, however, will be keen to study all the components of the trading movement: material and intangible infrastructures, temporalities, itineraries, public policies and private actions, social representations and ideologies, etc. All of these elements will be taken into account in order to reflect the complexity and variability of the commercial flows in the field.

 

 

 

 


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/ Circulation and Transformation of Knowledge and their Effects in the Global South – Travelling Texts, Pictures, Videos and Imaginations

Circulation and Transformation of Knowledge and their Effects in the Global South - Travelling Texts, Pictures, Videos and Imaginations

Auteur(s) : Böhme Claudia ; Schmitz Anett ;

English summary

This panel seeks to explore the increasing circulation and exchange of different forms of knowledge in the Global South through the transnational mobility of people and the use of new media communication technologies. This shall be accomplished in looking at the processes which facilitate the circulation of different kinds of knowledge (political, religious, educational, cultural, migratory), the carriers and transmitters of knowledge (people or media), the transformation of knowledge while travelling, the control and manipulation of knowledge through governments and people in power and the effects of knowledge on peoples’ imaginations and actions.


English argumentary

In the frame of the second form of globalization, the transnational mobility of people and the availability of new communication technologies have both increased in the Global South. The growing circulation of knowledge within the Global South has challenged former one-directed flows of knowledge from North to South. Both people and the media carry with them and disseminate knowledge of the different regions of the Global South as well as their perspectives and imaginations of the world at large.

In this panel, we understand knowledge in the very broad sense with its various forms: scientific, cultural, political, religious, traditional or popular. Knowledge is conveyed in many different forms such as texts, talks or pictures, audio files, videos and images and through all kind of media channels be it human voice, mass media or new media like smartphones and the internet.

The dynamic interaction of different networks of actors contributes to the circulation of knowledge between different geographical locations in the Global South. Received knowledge leads to the imaginations of different forms of being in the world or alternative futures. For the actors these different kinds of knowledge and imaginations can lend them the “capacity to act” and necessary competences facilitating action.

When knowledge circulates, it is the subject of transformation. Just like through a silent post, knowledge changes while being transferred through different circuits and media channels. Running through different hands, knowledge can be appropriated and adapted to local contexts, manipulated or faked for reasons of power or politics, enriched or impoverished. Knowledge, while “free floating” is also subject to control, influence and censorship as those in power control their citizen’s knowledge.

Reaching its destinations, knowledge does have big impacts on the receivers, be it people and places. Academic knowledge circulation can contribute to education and to the development of the respected countries. Political knowledge can lead to revolutions and change of government. Knowledge of other places and countries can lead to imaginations of better futures elsewhere and increased migration to this region. Fake knowledge can lead to hatred and exclusion. Cultural knowledge can enhance cultural production and further dissemination of knowledge.

This panel seeks to explore the circulation of these different kinds of knowledge through different circuits, networks and media and its effects on people and places in the Global South theoretically, empirically and methodologically. The Panel encourages papers, which will touch on, but must not be restricted to, some of the following questions:

  1. Which structural, cultural, political or biographical conditions lead to the rising circulation of knowledge in the Global South?
  2. What role does the “network capital” play within the context of the circulation of knowledge? How do actors use networks to disseminate knowledge as economic, social and cultural capital?
  3. In giving access to a wide range of information, images and imaginaries, how does ICT change knowledge circulation?
  4. How does the form and media channels influence the circulation of knowledge?
  5. What happens to knowledge on its journey from sender to receiver?
  6. What are the concrete effects of knowledge circulation for the countries in the Global South?
  7. How does the increasing knowledge circulation in the Global South effect former transmitting channels from the Global North?
  8. How do migrants make use of different types of knowledge before, during or after their journeys?
  9. How does the circulation of cultural products foster similar cultural production in other countries?
  10. When and why do people trust or mistrust information they receive?
  11. How can the circulation of knowledge be conceptualised theoretically and investigated methodologically?

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Réinventer les circulations en temps de ‘crises’ / Reinventing circulations at times of ‘crisis’ in West Africa

Réinventer les circulations en temps de ‘crises’

Reinventing circulations at times of ‘crisis’ in West Africa

Auteur(s) : Deridder Marie ; Ménard Anaïs ;

Résumé en Français

La notion de “crise” est aujourd’hui couramment employée en Afrique de l’Ouest. C’est devenu un outil rhétorique puissant pour mettre en œuvre des politiques restreignant la mobilité humaine. Il véhicule un imaginaire où la sécurité aurait pour conditions nécessaires le contrôle territorial et la fixation des populations dans un contexte où la mobilité fait partie intégrante des stratégies de (sur)vie. Ce panel s’intéresse aux conséquences et à l’impact performatif des politiques publiques basée sur le registre de ‘crise’.

English summary

The concept of “crisis” is today commonly used in West Africa. This narrative has become a powerful rhetorical tool to implement policies that restrict human mobility. It supports the idea that security needs to be achieved by more territorial control, which implies the ‘fixing’ of populations in a context in which mobility is a key element of livelihood and survival. This panel is concerned with the consequences and the performative impact of public policies informed by the ‘crisis’ discourse.


Argumentaire en Français

Le concept de ‘crise’, ces dernières années, a été de plus en plus employé pour désigner des situations d’insécurité économique, politique et sociale, inscrites dans le temps long en Afrique de l’Ouest. Dans cette région, la notion de ‘crise’ renvoie à des réalités contrastées, telles que les guerres civiles des années 80-90, les déplacements de populations, ou plus récemment les urgences sanitaires comme Ebola, et les mouvements armés du Sahel.

Au niveau géopolitique, les réponses apportées aux crises se traduisent souvent en termes sécuritaires, par la militarisation, la fermeture des frontières, la restriction des mouvements de population, ou encore les embargos. Le discours de la ‘crise’ est devenu un outil rhétorique puissant utilisé par les élites politiques pour mettre en œuvre des politiques visant le contrôle et la restriction de la mobilité humaine. L’action publique axée sur la résolution de ces situations de “crise” véhicule un imaginaire où la sécurité aurait pour conditions nécessaires le contrôle territorial et la fixation des populations par différents dispositifs et techniques de gouvernementalité (jeux et pressions diplomatiques, nouvelles technologies et biométrisation, barrières de « papier » bureaucratiques…). Dans le même temps, ces politiques se déploient dans un contexte où la mobilité fait partie intégrante des stratégies de (sur)vie, ce qui vient alors exacerber les vulnérabilités et les précarités de pans entiers de populations sur le continent.

Ce panel s’intéresse aux conséquences sociales et économiques des politiques publiques dont l’élaboration se base sur un discours de ‘crise’. Ces politiques ont un effet performatif au niveau local et créent des effets de cadrage qui conditionnent les pratiques liées à la mobilité. D’un côté, elles induisent une remise en ordre de l’espace public, en particulier des infrastructures et des ‘nœuds’ de circulation, tels que les points de connections (gares routières et ferroviaires, ports, aéroports), les espaces périphériques et frontaliers. Cela modifie la façon dont les acteurs y évoluent. La territorialisation et le contrôle du mouvement, en modifiant les possibilités de circulation, redéfinissent les pratiques locales et les stratégies de mobilité. D’un autre côté, les acteurs locaux (étatiques et non-étatiques, corps intermédiaires, secteurs formels, informels, privés, …) s’approprient, négocient et subvertissent les discours publics et les politiques autour de la sécurité. Les transformations en matière de politiques publiques sont donc à la fois facteurs de contraintes et d’opportunités en termes de pratiques socioéconomiques avec, par exemple, le déploiement de nouvelles pratiques de courtage pour faciliter la mobilité des individus. En ce sens, que la notion de ‘crise’ soit invoquée localement ou non, les discours de ‘crise’ sont performés au niveau local à mesure que les pratiques liées à la mobilité se transforment.

Ce panel invite des contributions basées sur des recherches ethnographiques qui examinent (1) la transformation des pratiques quotidiennes liées à la circulation en situations « de crise » et (2) la performance quotidienne par les acteurs de ces situations de “crise” dans des contextes caractérisés par une intense circulation (espaces urbains, réseaux de circulation, points de connections, zones de frontière…). Les propositions de communication peuvent être en français ou en anglais. Elles devront inclure une brève description des données empiriques mobilisées et des principaux points d’analyse qui devraient idéalement s’appuyer sur une discussion théorique et s’inscrire dans le cadre de débats scientifiques plus larges.

Bibliographie indicative

Awenengo Dalberto S., Banégas R., Cutolo A., « Biomaîtriser les identités ? État documentaire et citoyenneté au tournant biométrique », Politique africaine, vol. 152, no. 4, 2018, pp. 5-29.

De Bruijn, M., Van Dijk, R. and Dick Foeken (ed.), Mobile Africa. Changing Patterns of Movement in Africa and beyond. Leiden and Boston: Brill, 2001.

Cooper E., Pratten D. (Eds.), Ethnographies of Uncertainty in Africa, Palgrave Macmillan UK, 2014.

Brachet J., Bonnecase V., « Les « crises sahéliennes » entre perceptions locales et gestions internationales », Politique africaine, vol. 130, n° 2, 2013, pp. 5-22.

Mc Dougall S., Scheele J., Saharan Frontiers: Space and Mobility in Northwest Africa, Indiana University Press, Bloomington, 2012.

Simone A., “People as Infrastructure: Intersecting Fragments in Johannesburg”. Public Culture, 16(3), 2004, pp. 407-429.

Vigh, H. E. “Crisis and Chronicity: Anthropological Perspectives on Continuous Conflict and Decline”. Ethnos, 72(1), 2008, pp. 5-25.


English argumentary

The concept of ‘crisis’ has become a trope to designate contexts of long-term economic, political and social insecurity in West Africa. The West African region, over the last decades, has experienced a variety of ‘crisis’ situations, including civil wars, population displacements, health emergencies such as Ebola, and recent armed movements in the Sahel.

At the geopolitical level, responses to crises often involve the deployment of ‘more’ security, such as militarization, the closure of borders, restrictions of population movements, embargoes etc. The ‘crisis’ narrative has become a powerful rhetorical tool for political elites to implement policies that control and restrict human mobility. It supports the idea that security needs to be achieved by more territorial control, which implies the ‘fixing’ of populations via various governmental devices and techniques (diplomatic negotiations, biometrical and other border technologies, bureaucratization…). At the same time, those political strategies take place in a context in which mobility is a key element of livelihood and survival strategies, which tends to aggravate local vulnerabilities and may push many populations to precarious situations.

This panel is concerned with the social and economic consequences of public policies informed by the ‘crisis’ discourse. Those policies are performative in multiple ways. On the one hand, they imply a re-ordering of the public space, particularly travel infrastructures and ‘nodes’ of circulations, such as connecting areas (bus/road/train stations, harbors, airports), peripheric spaces and border zones, which modifies the way people move across them. Territorialization and control, by framing possibilities of circulating, redefine local practices and strategies of mobility. On the other hand, local actors themselves – whether they may be state or non-state, formal or informal, public or private – appropriate, negotiate and subvert public discourses and policies surrounding security. Changing policies induce new constraints, but also open up new opportunities in terms of socioeconomic practices, for instance the emergence of brokers that facilitate mobility. In this perspective, whether it may be invoked locally as such or not, the ‘crisis’ narrative is being performed locally, as practices related to mobility transform.

The panel welcomes contributions based on ethnographic research that examine (1) the transformation of everyday practices related to circulation at times of ‘crisis’ and (2) the everyday performance of ‘crisis’ in settings characterized by intense circulation (urban spaces, circulation networks, connecting areas, border zones…). Abstracts can be in English or French. They should include a brief description of empirical data and main analytical points, which should ideally be supported by theoretical concepts and speak to wider scholarly debates.

Indicative bibliography

Awenengo Dalberto S., Banégas R., Cutolo A., « Biomaîtriser les identités ? État documentaire et citoyenneté au tournant biométrique », Politique africaine, vol. 152, no. 4, 2018, pp. 5-29.

De Bruijn, M., Van Dijk, R. and Dick Foeken (ed.), Mobile Africa. Changing Patterns of Movement in Africa and beyond. Leiden and Boston: Brill, 2001.

Cooper E., Pratten D. (Eds.), Ethnographies of Uncertainty in Africa, Palgrave Macmillan UK, 2014.

Brachet J., Bonnecase V., « Les « crises sahéliennes » entre perceptions locales et gestions internationales », Politique africaine, vol. 130, n° 2, 2013, pp. 5-22.

Mc Dougall S., Scheele J., Saharan Frontiers: Space and Mobility in Northwest Africa, Indiana University Press, Bloomington, 2012.

Simone A., “People as Infrastructure: Intersecting Fragments in Johannesburg”. Public Culture, 16(3), 2004, pp. 407-429.

Vigh, H. E. “Crisis and Chronicity: Anthropological Perspectives on Continuous Conflict and Decline”. Ethnos, 72(1), 2008, pp. 5-25.


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