Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
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Distribution et promotion pharmaceutique dans les pays francophones d’Afrique de l’Ouest. Réflexion au sujet de la ténacité des circuits anciens ?

Distribution et promotion pharmaceutique dans les pays francophones d’Afrique de l’Ouest. Réflexion au sujet de la ténacité des circuits anciens ?

Auteur(s) : Mahamé Stéphanie ;

Le parcours de certains produits pharmaceutiques disponibles au Bénin et d’une manière générale dans les pays francophones d’Afrique de l’Ouest ressemble à bien des égards au parcours de la crevette grise dans les célèbres documentaires « Products » de la chaine de Télévision Arte émis en 2015, où ils dénoncent ce qu’ils appellent « la face cachée de la mondialisation[1] », et où le produit se déplace de pays en pays, afin d’être le plus rentable possible. En effet, bien que plus de 80%[2] de la production des médicaments disponible sur le marché béninois provienne d’Asie et d’Afrique du Nord, les grossistes-répartiteurs privés s’approvisionnent toujours presqu’exclusivement auprès de centrales d’achats installées en France. Par ailleurs, il ressort de nos données de terrain que les mêmes sociétés détiennent également plus de la moitié des contrats de promotion pharmaceutique vers le Bénin.

L’industrie pharmaceutique, qui commence par prendre de l’ampleur vers la fin du 19ème siècle en Europe, va permettre peu à peu l’introduction des spécialités pharmaceutiques en Afrique dans les années 1930-1940, via l’entreprise coloniale.  (Baxerres, 2013) La marchandise pharmaceutique circule donc de la métropole aux colonies. Seulement aujourd’hui, après plus de 50 années d’indépendance, les pays francophones d’Afrique de l’Ouest sont encore dépendants des circuits français en termes de distribution et de promotion, et ce, malgré un changement radical de la géographie mondiale du médicament et une montée en puissance depuis les années 1970 des échanges pharmaceutiques Sud-Sud.

Cette communication va  ainsi  proposer une analyse des raisons (économiques, logistiques, règlementaires, politiques etc.) qui favorisent la persistance de circuits commerciaux datant de l’époque coloniale. J’exposerai également comment des tentatives de création d’autres circuits se heurtent encore  à de vives résistances.

La communication s’appuie sur des données collectées de 2014 à 2019 dans le cadre d’un DEA puis d’une thèse de socio-anthropologie[3]. Ces données sont de nature qualitative et sont issues de séances d’observation directe et participante conduites auprès de grossistes et de représentants pharmaceutiques dans leurs activités quotidiennes ainsi que d’entretiens semi directifs et libres menés auprès de ceux-ci et d’autres acteurs intéressés par leurs activités, notamment les prescripteurs, les pharmaciens d’officine, ainsi que des acteurs institutionnels (Ministère de la santé, agents de la direction des pharmacies du Bénin, etc.).

[1] La crevette grise, pêchée dans la mer du Nord, va tout d’abord passer par l’Allemagne, puis effectuer pas moins de 6756 km à travers le Maroc, les Pays-Bas, pour finalement être commercialisées en Allemagne

[2] Données recueillies à travers des entretiens dans les directions de la pharmacie et du médicament au Bénin et en Côte d’Ivoire

[3] Ces recherches se font dans le cadre du programmes de recherche Globalmed (2014-19), Les combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine : une illustration du marché global du médicament, de l’Asie à l’Afrique, Il est coordonné par Carine Baxerres et a reçu un financement de l’European Research Council ERC grant agreement n°337372.

 


Mot-clé : Afrique, Bénin, circulation, et médicament
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