Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

Circulations et non-circulations dans l’Ethiopie mondialisée. Ce que produisent des situations de rencontres de l’étranger chez soi sur les rapports sociaux de sexe dans une ville du Sud « amarrée au monde » (Bridonneau, 2013).

Circulations et non-circulations dans l’Ethiopie mondialisée. Ce que produisent des situations de rencontres de l’étranger chez soi sur les rapports sociaux de sexe dans une ville du Sud « amarrée au monde » (Bridonneau, 2013).

Auteur(s) : Langumier Marion ;

La communication a pour objet l’Ethiopie touristique du sud, et en particulier la ville de Jinka, surplombant la vallée de l’Omo, où j’ai mené plus de dix mois d’enquête répartis sur trois ans. Je m’intéresserai à la manière dont les circulations transnationales dont Jinka est le théâtre affectent les relations de genre. J’examinerai leur impact sur ces relations, entendues comme des relations de pouvoir qui mettent en jeu des opportunités d’actions, de définition sa vie et de représentation de soi en concordance avec des échelles de valeur. Je montrerai finalement que l’expérience de la non-circulation que font de nombreux hommes et femmes a tout autant un effet sur les personnes dans les relations entre les sexes que l’expérience effective de circulation.

Certains aspects amoureux et sexuels des rencontres entre éthiopien.ne et étranger.e montrent un renforcement des dominations : ainsi de la pratique des photographies rémunérées de corps “tribaux” valorisant les poitrines découvertes, dans un profit que tirent des voyageurs des normes différenciées de la pudeur, ou encore de l’utilisation avantageuse du décalage des richesses dans la recherche d’opportunité amoureuses par des hommes étrangers, amèrement contée par les femmes expatriées. Le même effet a, entre hommes et femmes éthiopien.nes, l’accaparement par les premiers, et avec elles des positions sociales et compétences linguistiques de la profession touristique, ce qui prive les femmes rencontrées à Jinka de moyens pour créer le contact dans leurs propres termes, notamment dans ceux qu’elles jugent socialement acceptables.

Les situations de rencontre permettent en même temps une mise en tension de ces rapports sociaux de sexes. La recherche d’opportunités économico-amoureuses peut être l’initiative des femmes, éthiopiennes ou étrangères, et un moyen de négociation propre. Quand certaines déploient d’intéressantes tentatives de mise à profit d’une relation affective et sexuelle au nez et à la barbe du qu’en-dira-t-on, d’autres, à l’image d’une jeune guide issue d’une famille fortunée, prennent appui sur des situations de rencontre pour s’approprier des normes de comportement alternatives jusqu’à assumer, dans un étonnant processus de retournement du stigmate, un discours d’hypersexualité proclamée. Si ils outrepassent les limites habituellement liées à son genre, les comportements économiques, alimentaires, vestimentaires de la jeune femme laissent d’autres tabous intouchés, comme l’homosexualité.

Finalement, les circulations, produites ou désirées, qui font suite aux situations de rencontres informent autant que l’effet produit par ces premières circulations (la venue d’étrangers chez soi). Pour beaucoup d’éthiopiens et d’éthiopiennes, le tourisme offre des moyens d’enrichissement et de circulation à l’échelle nationale inédits -typiquement, à la capitale. Accomplissement professionnel, accès à la scolarité universitaire, ou choix d’un nouveau cadre de vie, ces déplacements réalisent d’un même coup des ascensions géographiques et sociales. Même sans s’actualiser, les projets matrimoniaux peuvent être un moyen de sortir, ne serait-ce qu’imaginairement, de l’étroitesse d’une condition pour ceux que la mondialisation économique laisse sans les moyens de se déplacer, quand dans les relations amoureuses transnationales réelles, force est de constater l’importance des projets reposant sur la mobilité (réalisation du passeport, découverte du pays, réunion familiale…)


Mot-clé : Afrique de l'Est, circulations, façonnement du genre, sexualités, et situations de rencontre
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Pratiques commerciales et logiques migratoires transfrontalières Afrique de l’Ouest : cas du commerce de la fripe entre Katamanto (Accra) et Adjamé (Abidjan).

Pratiques commerciales et logiques migratoires transfrontalières Afrique de l’Ouest : cas du commerce de la fripe entre Katamanto (Accra) et Adjamé (Abidjan).

Auteur(s) : Koffi Léopold KOUAKOU ;

 

De récentes données montrent que 61% des émigrés Ouest Africains circuleraient au sein de la sous-région (Beauchemin et Lessault, 2014). Cette migration sous régionale s’inscrit dans le cadre des accords de libre circulation conclus par la CEDEAO (Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest).

Le Ghana et la Côte d’Ivoire, deux pays frontaliers d’Afrique de l’Ouest ayant des histoires politiques et économiques différentes sont parvenus à polariser l’espace migratoire et commercial Ouest Africain. Eberhardt et Teal (2010). La présence des ports maritimes d’Accra et d’Abidjan auxquels s’ajoute un réseau routier Ivoiro-Ghanéen dense ont permis de développer des activités marchandes renforcées par une intensification des circulations migratoires entre ces deux pays.

La sous-préfecture de Noé, frontière Ivoiro-Ghanéenne est un important espace de transit de marchandises qui sert de voie de passage de marchandises entre ces deux pays et à destination des pays situés de part et d’autre de la Côte d’Ivoire et du Ghana. À l’échelle des frontières, des espaces se connectent et des dynamiques économiques, sociales et spatiales se mettent en place. (Bennafla K.,1999 ; Hamez G., 2004 ; Mohamadou, 2016).

Les marchés, lieux de stockage et de distributions dans les zones urbaines constituent des points de repères et de départ de réseaux marchands qui se déploient à des échelles transfrontalières et aussi transcontinentales avec des acteurs multisitués que sont les migrants. (Poyau A., 2008 ; Sangvatanachai D., 2012 ; Mahamet, Garnier, 2012 ; Weber, 2009).

Les formes organisationnelles des acteurs qu’ils soient importateurs, transporteurs, grossistes, semi-grossistes ou détaillants, les liens socio – communautaires entre eux, leurs capacités de circuler en dehors des frontières donnent une spécificité aux circulations commerciales dans la plupart des villes africaines. (Mahaman M., 2015 ; Nassa, 2005)

Pris comme objet d’étude, Le commerce des fripes au sein des marchés de Shopping Abrogoua à Abidjan et de Katamanto à Accra présente des points fédérateurs qui allient des dynamiques transfrontalières dans les activités marchandes d’entrepreneurs migrants.  (Hansen ,2000 ; Bredeloup ,2016 ; de Haas ,2006). Totalisant 185.000 tonnes de fripes en 2017, Ces deux marchés d’ampleur sous régionale entretiennent entre eux d’importantes circulations de marchandises de fripes qui alimentent à leur tour d’autres marchés sous régionaux.

Nos enquêtes1 de terrains à Accra et à Abidjan basés sur des entretiens semi directifs auprès d’acteurs de la chaine de commercialisation et de transports des fripes et l’analyse  de données statistiques en lien avec cette activité nous permettent de développer deux idées principales :   la première présente les marchés urbains comme points de départ des circulations marchandes transfrontalières et transnationales  et la seconde présente des entrepreneurs migrants comme principaux acteurs des circulations marchandes au sein de l’espace Ouest Africain .

Notre étude porte sur l’interaction entre circulation commerciale de marchandises et dynamiques migratoires avec comme entrée les marchés de fripes Katamanto (Accra) et d’Adjamé (Abidjan).  La particularité de ce travail est de montrer le rôle d’acteurs migrants Ouest africains dans la consolidation et l’essor des échanges frontaliers.

 

 


Mot-clé : " marchés de fripes", "échanges", "entrepreneurs migrants", "réseaux commerciaux", "transfrontalier", "urbain", circulations, Frontière, et migration
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Construire et expérimenter une approche-réseau des circulations commerciales mondialisées en Tunisie

Construire et expérimenter une approche-réseau des circulations commerciales mondialisées en Tunisie

Auteur(s) : DORON ADRIEN ;

À partir de la présentation d’un cas d’étude sur les approvisionnements mondialisés des souks tunisiens, la communication propose de contribuer aux recherches en cours portant sur l’analyse des circulations commerciales dans Suds. Elle restitue une réflexion théorique cherchant à mettre en œuvre une approche-réseau de ces circulations, puis son expérimentation à partir de données ethnographiques.

 

Lors des enquêtes menées entre 2012 et 2015 en Tunisie dans le cadre d’une thèse de doctorat, la géographie des approvisionnements des marchés tunisiens en produits de consommation banals importés depuis les places marchandes globales – notamment chinoises – est apparue particulièrement labile. Les variations spatiales et temporelles des routes empruntées par les marchandises s’expliquent par la dépendance des approvisionnements des commerçants envers des dispositifs de contournement des barrières douanières, eux-mêmes particulièrement affectés par le changement politique survenu en 2011 et par les incertitudes de la période post-révolution. L’observation de la recomposition constante des modalités d’approvisionnement et des itinéraires empruntés a permis la mise à jour, à partir d’une approche ethnographique multi-située, d’un réseau de marchés structurant la circulation des marchandises importées en Tunisie.

Sur la base de ces résultats entrant en résonance avec la notion de réseau, d’ailleurs abondamment mobilisée dans la littérature sur les circulations transnationales migratoires comme marchandes, il s’agit de proposer un cadre d’analyse renouvelé des circulations marchandes aux Suds en construisant une approche-réseau de la structuration et des recompositions des routes marchandes agençant les circulations des marchandises, des capitaux, des acteurs et des informations. Cette approche mobilise les outils théoriques et méthodologiques de la sociologie des réseaux sociaux et de l’analyse de réseaux sociaux dans le but de formaliser l’analyse des réseaux évoqués dans les enquêtes ethnographiques et de proposer une analyse de réseaux spatiaux structurant les circulations marchandes.

Cette approche-réseau est ensuite expérimentée à partir des données ethnographiques issues des enquêtes menées en Tunisie. La communication développe alors deux pistes mises en œuvre. La première met en pratique les outils de l’analyse de réseaux sociaux dans l’analyse de l’extension des mobilités entrepreneuriales et des routes marchandes en Tunisie. La seconde teste l’analyse du réseau spatial des marchés tunisiens, mettant en avant les apports de cette approche dans l’analyse des circulations marchandes, mais aussi ses limites.


Mot-clé : circulations, méthodologie, mondialisation, Réseaux, et Tunisie
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