Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
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Alcool et stupéfiants sans frontières. Perceptions citoyennes de la circulation des produits prohibés entre le Burkina Faso et ses pays voisins du Togo et du Ghana

Alcool et stupéfiants sans frontières. Perceptions citoyennes de la circulation des produits prohibés entre le Burkina Faso et ses pays voisins du Togo et du Ghana

Auteur(s) : Cissao Yacouba ; Kibora Ludovic ;

Le Burkina Faso, pays sahélien d’Afrique de l’Ouest partage ses frontières avec d’autres pays sahéliens comme le Mali et le Niger, mais également avec des pays côtiers comme le Togo, le Ghana et la Côte d’Ivoire. En termes d’échanges commerciaux, le Burkina Faso, compte tenu de son enclavement enregistre un flux important de marchandises provenant de ces pays voisins qui ont un accès à la mer. Les localités frontalières du pays demeurent ainsi les principales portes d’entrée de marchandises ou de produits de tout ordre qui circulent ensuite à l’intérieur du pays suivant le circuit de la commercialisation. La légalité ou l’illégalité en termes de circulation ou de consommation de ces produits est fonction du circuit utilisé pour leur entrée sur le territoire national ou de la nature même des produits. Dans les communes frontalières du sud et de l’est du pays comme celles Pô, de Bittou ou de Tenkodogo, le constat est que des produits prohibés tels que l’alcool frelaté, la drogue et les produits pharmaceutiques, ont une présence remarquable sur le marché local en raison de la ‘’porosité des frontières’’ avec le Togo et le Ghana. La consommation de ces produits est perçue par les populations de ces zones frontalières comme un facteur favorable au développement de l’insécurité. Dans la conception locale, les pratiques de consommation de ces produits observées au sein de la frange jeune induisent des comportements déviants qui se traduisent souvent par des actes de vol, de braquage ou par des violences dans le cadre familial ou scolaire.

L’ampleur en termes de circulation et de consommation de ces produits dans les espaces frontaliers et à l’intérieur du pays indique qu’en marge de l’ordre public, ces pratiques gagnent progressivement du terrain compte tenu du fait qu’elles sont partie intégrante d’une économie informelle qui est largement investie par les populations confrontées au chômage et à la pauvreté. Ces espaces frontaliers apparaissent le plus souvent comme des zones de non-droit en raison de l’absence relative de l’Etat, ce qui en définitive facilite la circulation des produits prohibés entre le Burkina et ses pays voisins. A travers la pensée collective émerge l’idée d’une division du travail accordant à des pays comme le Togo et le Ghana, le rôle de fournisseurs du marché local en alcool et en stupéfiants. La consommation de l’alcool frelaté et des stupéfiants est par conséquent vue comme un mal venu de l’autre côté de la frontière.

L’objectif de cette communication est d’analyser les perceptions que se font les populations de la circulation de produits prohibés comme l’alcool et les stupéfiants issus du trafic transfrontalier entre le Burkina et des pays voisins comme le Togo et le Ghana. Elle se fonde sur des observations et des entretiens réalisés auprès de différentes composantes de la population dans les communes de Pô, de Bittou et de Tenkodogo dans le cadre d’une recherche socio-anthropologique conduite en 2018 qui questionnait les perceptions et les perspectives citoyennes des défis de sécurité au Burkina Faso. En plus de ces données de terrain, les sources écrites seront également mobilisées.


Mot-clé : Alcool, circulation, espaces frontaliers, perceptions, and stupéfiants
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