Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

« L’un ou l’autre ». Le difficile choix, des femmes victimes de violences, entre quête de justice et omerta.

« L’un ou l’autre ». Le difficile choix, des femmes victimes de violences, entre quête de justice et omerta.

Auteur(s) : GBENAHOU Hervé Bonaventure Mêtonmassé ;

Au début des années 1970, des politiques publiques destinées à éliminer les diverses formes de discriminations dont les femmes étaient victimes et à améliorer leurs conditions de vie ont émergé. Ces politiques ont été mises sous le couvert de l’approche Intégration de la femme au développement (IFD). Le maintien de la position sociale des femmes malgré ces premières politiques va donner naissance, dans les années 1990-2000, à l’approche Genre et développement (GeD) qui met l’accent sur la présence des femmes dans les sphères productives au détriment des sphères reproductives et par ricochet sur leur autonomisation. Cette nouvelle approche défend l’idée selon laquelle en rendant les femmes autonomes individuellement, elles contiendraient et lèveraient les pesanteurs sociologiques qui contribuent à leur assujettissement. Cette approche a circulé dans le monde entier et est devenue actuellement le référentiel des interventions en matière de développement.

La notion d’autonomisation des femmes qui est au cœur de l’approche GeD ne semble pas univoque. En plus, dans la pratique, elle est généralement associée à la notion d’empowerment. Cette association de deux concepts polysémiques renforce davantage le flou autour de leurs contenus réels et de leur caractère heuristique. Ce flou sémantique oblige à leur contextualisation et à la définition d’indicateurs de mesure lorsqu’on les mobilise. Ce qui est sûr, c’est que l’autonomisation et/ou l’empowerment des femmes vise à les extirper de toutes les pesanteurs sociologiques ou à éliminer tous les obstacles qui les empêchent de prendre une part active au processus de développement (tous domaines confondus). La question qui se pose est de savoir si l’autonomisation économique souvent agitée suffit à elle seule pour rompre les jougs sociologiques qui pèsent sur les femmes.

Ce papier fait une entrée par les Violences basées sur le genre (VBG), notamment les Violences faites aux femmes et aux filles (VFF). Il vise à restituer les logiques des femmes béninoises victimes de violences face aux appuis portés par divers projets. En effet, face à l’ampleur du phénomène de VFF, des projets, dont EMPOWER de CARE, ont entrepris, de faciliter l’accès des femmes à la justice. Ce faisant, ils ont contribué à rendre publique une réalité privée, la violence étant généralement orchestrée en milieu domestique. Quelle est la trajectoire des Femmes victimes de violence (FVV) dans la quête de la justice ? Parviennent-elles à obtenir justice ? Que deviennent-elles, une fois que justice a été rendue ? L’accès à la justice renforce-t-il leur autonomie et leur leadership ?

Socio anthropologique, cette étude fonde son argumentaire sur les perceptions émiques des FVV appuyées. L’analyse de ces perceptions, collectées à travers des fragments de récits de vie, montre l’inadéquation entre les normes présentes, l’écartèlement des femmes entre méconnaissance des procédures judiciaires et l’incapacité financière pour supporter les coûts de la justice. En dehors de cela, l’étude révèle que le poids des regards sociaux, la peur d’abandonner les enfants, les récidives, les pressions sociales, etc. sont autant d’éléments, qui au Bénin, soit rendent la justice encore lointaine et inaccessible, soit induisent son refus ou le retrait des plaintes par les FVV. De même, ce papier montre que la publicisation et la répression des VFF ont un chaînon manquant qu’il faudra rechercher dans les méandres de la sphère privée.

 


Mot-clé :  Violences faites aux Femmes et aux Filles (VFF), Bénin, Circulation "autonomisation des femmes", Genre, and Justice
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