Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

Diaspora et développement au Bénin. Acteurs, normes internationales de “bonne gouvernance” et innovations locales

Diaspora et développement au Bénin. Acteurs, normes internationales de “bonne gouvernance” et innovations locales

Auteur(s) : Vigne Christophe ;

Le mot diaspora a longtemps été utilisé pour décrire la dispersion du peuple juif de par le monde. Il est d’origine grecque mais c’est une notion religieuse juive trouvant ses racines étymologiques dans le mot « disséminer ». À la fin des années 1960, ce terme n’est plus exclusivement réservé au cas juif et perd son sens originel. Diaspora est alors employé pour désigner toute population établie en dehors de son pays d’origine. Dans les années 1990, historiens, géographes et sociologues repensent ce terme en fonction de la globalisation et procèdent à sa théorisation. En dehors de ce cadre théorique, le contenu du mot diaspora varie et évolue selon la personne ou l’institution qui l’utilise. Par exemple, l’ONU considère la diaspora comme un acteur majeur du développement et comme une opportunité pour le pays dont elle est issue. Elle encourage donc les gouvernements des pays en développement à prendre des mesures pour mobiliser les ressources de “leur diaspora”. Cela est le cas au Bénin où, depuis les années 1990, le gouvernement s’efforce d’associer la diaspora (environ 4 millions de personnes) au développement du pays. Pour ce faire, l’état béninois s’est doté d’institutions dédiées à la diaspora tels que le Haut Conseil des Béninois de l’Extérieur et l’Agence Nationale des Béninois de l’Extérieur. En 2013, sous le second mandat de Boni Yayi, le gouvernement publiait, en coopération avec le PNUD, un programme d’action intitulé “Pacte de développement du Bénin avec la diaspora” indiquant l’urgence de mobiliser les capitaux et les cerveaux de la diaspora. Le Bénin importait ainsi des normes et des techniques de gouvernances préconisées par les Nations Unies. En parallèle de celles-ci, des acteurs locaux du développement promeuvent une autre approche de la diaspora. Fondé en 2012, sous l’impulsion de jeunes diplômés ayant étudié à l’étranger, l’Observatoire Africain pour le Développement Endogène (OADE) propose un modèle alternatif aux normes véhiculées par l’aide internationale. Ainsi, cette ONG s’attache à sensibiliser les Africains à des pratiques endogènes pour répondre aux enjeux de développement. En outre, elle estime qu’un retour à l’endogénéité pourrait s’avérer être une solution aux déséquilibres traversées par des sociétés parfois en déficit de repères en contexte post-colonial. Appréhendant la diaspora comme la garante de savoirs endogènes ancestraux, l’OADE la considère comme le catalyseur d’un développement auto-centré. Tourné vers la diaspora et possédant des ramifications dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest (Togo, Niger, Burkina Faso et Mali), l’Observatoire s’inscrit dans une perspective transnationale teintée de panafricanisme. Cette communication s’attachera à analyser comment des techniques de gouvernances dans la gestion des diasporas (également en vigueur dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest et en Asie) se sont imposées à l’état béninois. Elle exposera quelles sont les principales mesures préconisées par le PNUD et comment elles se concrétisent. En dernier lieu, elle montrera dans quelle mesure ces pratiques importées divergent ou convergent avec le modèle innovant proposé par l’OADE. Cette communication aura recours à des matériaux issus d’une recherche effectuée à Cotonou. En outre, elle s’appuiera sur un cadre théorique et empirique acquis lors d’une thèse d’histoire portant sur les politiques du Vietnam vis-à-vis de sa diaspora.


Mot-clé : Bénin, bonne gouvernance, développement endogène, Diaspora, normes, ONG, and ONU
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Assurance Qualité, circulation des normes et contraintes locales dans l’enseignement supérieur au Sénégal

Assurance Qualité, circulation des normes et contraintes locales dans l’enseignement supérieur au Sénégal

Auteur(s) : BARRO aboubacar Abdoulaye ;

Partant de l’expérience de L’Autorité nationale d’assurance qualité de l’enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (ANAQ-Sup) créé en 2012, cette communication, outre la mise au jour des contraintes structurelles qui caractérisent les universités sénégalaises depuis des décennies (Barro, 2010) ; (CNAES, 2013), veut éclairer l’application de normes techniques et de gouvernance issues d’institutions d’évaluation du Nord dans les universités publiques et privées du Sénégal. L’ANAQ-sup, première institution du genre en Afrique subsaharienne francophone, est mis en place dans un contexte international et sous-régional où les systèmes d’évaluation et d’accréditation sont martelés avec force dans tous les plans de développement de l’enseignement supérieur (universités, CAMES, Association des universités africaines, etc.). L’idée de cette communication est née d’une expérience de son auteur, coopté en 2016 par l’ANAQ sup pour évaluer une licence de sociologie dans une des huit universités publiques sénégalaises. Cette évaluation a permis de noter un contraste réel entre la rhétorique de l’assurance qualité et la réalité économique et sociale du système universitaire au Sénégal. D’emblée, l’ANAQ sup annonce en rubrique « Référentiels » de la page d’accueil de son site internet : « Les référentiels d’évaluation institutionnelle et de programmes ont été inspirés par ceux de l’Organe d´Accréditation et d´assurance Qualité des hautes écoles suisses (OAQ)» puis «Les guides ont été inspirés de ceux l’Organe d´accréditation et d´assurance qualité des hautes écoles suisses (OAQ)».

L’ANAQ sup se distingue par son autonomie de gestion, les moyens financiers mis à disposition, ses partenariats divers et le recours à des évaluateurs externes. Depuis 2012, elle a permis un meilleur contrôle du contenu des formations universitaires privées et publiques. Mais cet ancrage contraste avec les contraintes des universités en termes d’infrastructures, de manque de ressources financières (Goudiaby, 2014) et un jeu entre partenaires extérieurs (agences d’évaluation françaises et canadiennes, agence gouvernementale et internationale). Les évaluations de l’ANAQ sup, depuis presque dix ans, sont devenues une routine largement favorisée par les universités qui y trouve un moyen de justification de leurs contenus d’enseignement dans un contexte de forte concurrence avec les instituts privés. Il faut également interroger les critères d’accréditation et non accréditation dans un contexte universitaire où les formations se caractérisent par les mêmes contraintes. Pour ne citer qu’un seul exemple, sur quels critères, la licence de sociologie de l’Université Gaston Berger est accréditée alors que celle de Ziguinchor n’a pas pu l’être en 2016 ? Dans ce contexte, les contraintes citées plus haut poussent à interroger la pertinence d’une telle agence.


Mot-clé : Assurance qualité, enseignement supérieur, évaluation, normes, and Sénégal
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Voir le panel Les circulations des référentiels et des instruments d’action publique / Circulation of policy frames and tools

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