Association pour l’anthropologie du changement social et du développement
Association for the anthropology of social change and development

Asia’s got formats : An ethnography of the transnational circulation of the British television format Got Talent in Southeast Asia

Asia’s got formats : An ethnography of the transnational circulation of the British television format Got Talent in Southeast Asia

Auteur(s) : KONDRACKI Aziliz ;

Southeast Asia constitutes a fertile ground where cultural goods made within it or from elsewhere abound : films, series and television programs circulate right through in this part of the world. Less easy to notice, but yet obvious, the majority of programs are programs derived from formats which are distributed mostly from South Korea, United Kingdom and the United States. A television format is an easily reproducible framework for the local adaptation of a TV program, licensed in the international audiovisual content market. It is a model, a concept, or a recipe to be followed to produce local contents [Shahaf & Oren, 2013]. Indeed, this communication’s aim will be to consider the theoritical concept of travelling models based on an empirical case study : the company FreemantleMedia based in London has been distributing the format Got Talent for more than 15 years, which has been transposed in more than 60 versions. It constitutes a real phenomenon worldwide. It is for example, known in Togo through the version L’Afrique à un Incroyable Talent. From its headquarters in Singapore, the British company supports local producers in adapting this format for the production of the show Asia’s got Talent. From distribution to production, the local content produced results from a series of collaborations between distributors, producers, broadcasters, freelancers, advertisers, and others staff [Bielby & Harrington, 2008]. This case study will explore the potential questions that this panel will be stimulating. From a multi-located survey (both on the multiplicity of areas of inquiry and on the variation of points of views), it will focus on the strategies used to adapt, translate and transform a format into a local content. To do so, this analysis will focus on the relational dynamics that underlie the circulation of this commodity. Indeed, it forms the hypothesis that the construction and maintenance of meaningful social relations between various actors is a sine qua non condition for this commodity to circulate easily. It will therefore be a question of analyzing the embedding of this economic activity in social relations [Granovetter, 2000]. Let us make it clear that social relations would not, however, constitute an object in itself, or the source of everything, but rather a bias by which to understand this social fact [Bidart, Degenne, Grossetti, 2011]. Because economic action is a social action in the sense that it is oriented by motivations that are not reduced to economic interest. To this one, we notice that it is a quest for recognition and status [Granovetter, 2000: 11] and soft-power in a world where all cultures communicate, interpenetrate, and become entangled [Saïd, 2000: 29]. That being said, what we do call “local contents” are the result of a complex transactional process in which a specific producing model travels, and in which the ideas circulated, are generated or reformulated. So, the long process of adapting a format into a local content, shows us, that there is not a « frozen knowledge, stuck in an individual who would not communicate it to anyone and would not have received it from someone » [Adell, 2011 : 251-292]. Observing the circulation of formats within the television industry appears a fertile objet to observe, to describe and analyze to understand how models circulates which appear as vehicles of normes, values and techniques in a world of cultural flows and large-scale interactions [Appadurai, 1996].


Mot-clé : circulation of commodities, Cultural globalization, et transnational industry
Toutes les communications appartenant au même panel :

Voir le panel Les médias chinois en Afrique : circulation, production, réception / African uses of Chinese media

Voir tous les panels du colloque Apad conference 2020


Engagements citoyens et restauration du paradigme de l’engagement communautaire dans la gouvernance de l’épidémie d’Ebola en République de Guinée

Engagements citoyens et restauration du paradigme de l’engagement communautaire dans la gouvernance de l’épidémie d’Ebola en République de Guinée

Auteur(s) : DIOUF Waly ;

Cette communication porte sur un retournement de paradigme dans le cadre de la gouvernance de la lutte contre Ebola en République de Guinée (2014-2016). Dans le contexte de la réponse internationale à cette épidémie, les organisations internationales et celles non gouvernementales dédiées à la santé, ont d’abord mis à l’écart les communautés locales, leurs connaissances et les dynamiques socio-culturelles, pour de “bonnes” raisons sanitaires. Bien que les directives internationales prônent depuis longtemps l’engagement des communautés dans la lutte contre les épidémies, le dispositif de lutte a imposé des modes opérationnels ne permettant pas aux populations d’assumer leurs responsabilités. Les protocoles, principes et pratiques des équipes internationales, orientés vers la gestion du risque épidémiologique en République de Guinée ont minoré, voire peu reconnu les capacités et pratiques des communautés afin de gérer le risque social autour de cette maladie. Pour des raisons qui relèvent de l’étiologie (causes et conditions de transmission) de la MVE, les populations « saines » devaient être mises à l’écart des protocoles de soins et les rites funéraires réduits à la portion congrue des technologies d’inhumations dites sécurisées.

Divers groupes sociaux composés en particuliers de jeunes, de femmes mais aussi de la diaspora guinéenne dont la mobilisation était peu attendue, sont montés au-devant de la scène pour mobiliser leurs pairs, afin de les replacer au cœur de la lutte contre l’épidémie. Ces communautés épistémiques, du fait de leur légitimité reconnue, de leurs capacités de critiques et d’initiatives, ont initié diverses actions pour contester, participer à la lutte et protéger leurs localités d’Ébola. Cet engagement des “cadets sociaux”, loin des mobilisations prescrites soit par les pouvoirs publics soit par les partenaires internationaux, a aussi poussé le dispositif de la Riposte à reconnaître et à intégrer les savoirs locaux aux impératifs sanitaires de la gestion d’une épidémie, à humaniser leurs pratiques dans la gestion de la sécurité sanitaire. Ce retournement de situation constitue une restauration du paradigme de l’engagement communautaire dans la gouvernance de lutte contre les épidémies dont le sida a été un exemple emblématique.


Mot-clé : Engagement ; Gouvernance ; Action publique ; Ebola ; République de Guinée
Toutes les communications appartenant au même panel :

Voir le panel Circulations de modèles contestataires en Afrique : inspirations, échanges et influences transnationales /

Voir tous les panels du colloque Apad conference 2020


Circulations et non-circulations dans l’Ethiopie mondialisée. Ce que produisent des situations de rencontres de l’étranger chez soi sur les rapports sociaux de sexe dans une ville du Sud « amarrée au monde » (Bridonneau, 2013).

Circulations et non-circulations dans l’Ethiopie mondialisée. Ce que produisent des situations de rencontres de l’étranger chez soi sur les rapports sociaux de sexe dans une ville du Sud « amarrée au monde » (Bridonneau, 2013).

Auteur(s) : Langumier Marion ;

La communication a pour objet l’Ethiopie touristique du sud, et en particulier la ville de Jinka, surplombant la vallée de l’Omo, où j’ai mené plus de dix mois d’enquête répartis sur trois ans. Je m’intéresserai à la manière dont les circulations transnationales dont Jinka est le théâtre affectent les relations de genre. J’examinerai leur impact sur ces relations, entendues comme des relations de pouvoir qui mettent en jeu des opportunités d’actions, de définition sa vie et de représentation de soi en concordance avec des échelles de valeur. Je montrerai finalement que l’expérience de la non-circulation que font de nombreux hommes et femmes a tout autant un effet sur les personnes dans les relations entre les sexes que l’expérience effective de circulation.

Certains aspects amoureux et sexuels des rencontres entre éthiopien.ne et étranger.e montrent un renforcement des dominations : ainsi de la pratique des photographies rémunérées de corps “tribaux” valorisant les poitrines découvertes, dans un profit que tirent des voyageurs des normes différenciées de la pudeur, ou encore de l’utilisation avantageuse du décalage des richesses dans la recherche d’opportunité amoureuses par des hommes étrangers, amèrement contée par les femmes expatriées. Le même effet a, entre hommes et femmes éthiopien.nes, l’accaparement par les premiers, et avec elles des positions sociales et compétences linguistiques de la profession touristique, ce qui prive les femmes rencontrées à Jinka de moyens pour créer le contact dans leurs propres termes, notamment dans ceux qu’elles jugent socialement acceptables.

Les situations de rencontre permettent en même temps une mise en tension de ces rapports sociaux de sexes. La recherche d’opportunités économico-amoureuses peut être l’initiative des femmes, éthiopiennes ou étrangères, et un moyen de négociation propre. Quand certaines déploient d’intéressantes tentatives de mise à profit d’une relation affective et sexuelle au nez et à la barbe du qu’en-dira-t-on, d’autres, à l’image d’une jeune guide issue d’une famille fortunée, prennent appui sur des situations de rencontre pour s’approprier des normes de comportement alternatives jusqu’à assumer, dans un étonnant processus de retournement du stigmate, un discours d’hypersexualité proclamée. Si ils outrepassent les limites habituellement liées à son genre, les comportements économiques, alimentaires, vestimentaires de la jeune femme laissent d’autres tabous intouchés, comme l’homosexualité.

Finalement, les circulations, produites ou désirées, qui font suite aux situations de rencontres informent autant que l’effet produit par ces premières circulations (la venue d’étrangers chez soi). Pour beaucoup d’éthiopiens et d’éthiopiennes, le tourisme offre des moyens d’enrichissement et de circulation à l’échelle nationale inédits -typiquement, à la capitale. Accomplissement professionnel, accès à la scolarité universitaire, ou choix d’un nouveau cadre de vie, ces déplacements réalisent d’un même coup des ascensions géographiques et sociales. Même sans s’actualiser, les projets matrimoniaux peuvent être un moyen de sortir, ne serait-ce qu’imaginairement, de l’étroitesse d’une condition pour ceux que la mondialisation économique laisse sans les moyens de se déplacer, quand dans les relations amoureuses transnationales réelles, force est de constater l’importance des projets reposant sur la mobilité (réalisation du passeport, découverte du pays, réunion familiale…)


Mot-clé : Afrique de l'Est, circulations, façonnement du genre, sexualités, et situations de rencontre
Toutes les communications appartenant au même panel :

Voir le panel L’espace du genre : circulations de corps et d’objets sexués dans le Sud global /

Voir tous les panels du colloque Apad conference 2020


La mobilité géographique dans les récits de vie des demandeurs d’asile gays africains, comme moyen d’exploration des déplacements genrés

La mobilité géographique dans les récits de vie des demandeurs d’asile gays africains, comme moyen d’exploration des déplacements genrés

Auteur(s) : BOUCHETAL PELLEGRI Franck ;

L’étude des récits de vie des demandeurs d’asile gays avant leur départ pour l’Europe, atteste de multiples déplacements dont beaucoup ne sont pas directement liés à des persécutions homophobes. Ce faisant ces mobilités décrites par des hommes, intervenants à des âges et dans des contextes sociaux variés, laissent entrevoir des mécanismes particuliers qu’il semble intéressant d’interroger.

 

Qu’il s’agisse de déplacements liés à la structure familiale, à la scolarité ou aux enjeux socioprofessionnels, ils interfèrent avec la construction de soi et le vécu masculin et homosexuel à de multiples niveaux. Dans leurs explicitations, ils illustrent des mécanismes profonds des sociétés traditionnelles mais attestent également d’évolutions en cours sous la pression des modes de vie occidentaux.

 

Par une analyse fine des récits de 130 demandeurs d’asile gay, mon travail se propose d’explorer les différents déplacements qu’ils décrivent avant leur départ de leur pays pour l’Europe. Il s’appuie sur plus de 170 relocalisations identifiées dans les verbatim et référencées par âge, lieu de départ et d’arrivée, motif et contexte social. Celles-ci concernent plus de 90 garçons venant de différents pays d’Afrique de l’Ouest et appartenant à différents milieux sociaux. L’étude des données permet ainsi d’en analyser la fréquence et les effets sur les parcours personnels dans une logique de recentrage global vers les capitales et de recherche d’accès à des modèles de vie plus occidentaux.

 

Au-delà de la catégorisation de ces mobilités qui permet de mettre en avant certains situations sociales clefs, mon travail explore les justifications données par les garçons pour analyser en quoi ces déplacements sont liés à l’identité de genre et à la construction homosexuelle. Ils montrent ainsi qu’au-delà des contraintes sociales et des pressions diverses, ils s’inscrivent dans une logique d’individualisation et de cherche de développement de soi qui mêlent les représentations traditionnelles et occidentales.

 

Malgré les différences individuelles liées aux milieux d’origine et aux pratiques religieuses, l’ensemble montre des tendances globales qui poussent les garçons à la migration et dans lesquelles chaque relocalisation semble une étape supplémentaire dans la construction de soi et la prise de distance avec le milieu d’origine. Ce procès d’autonomisation et d’inviduation qui apparait central dans les récits, permet d’envisager ces déplacements comme un processus initiatique d’apprentissage qui concours à préparer le garçon à sa migration ultime vers l’Europe.

 

Ainsi, nous montrerons ainsi comment ces déplacements multiples peuvent être envisagés non pas comme des événements faisant rupture dans la vie des garçons, mais comme des moments de passage dans un parcours de construction de soi personnel articulant les modèles culturels traditionnels, les évolutions de la société en cours, les représentations de la masculinité et le vécu de l’homosexualité.


Mot-clé : Afrique, déplacements, Genre, et homosexuels
Toutes les communications appartenant au même panel :

Voir le panel L’espace du genre : circulations de corps et d’objets sexués dans le Sud global /

Voir tous les panels du colloque Apad conference 2020


Mobilités, réelles et imaginaires, au regard des discours sorcellaires

Mobilités, réelles et imaginaires, au regard des discours sorcellaires

Auteur(s) : Desq Coline ;

Dans le village d’Hanyigba-Todzi, au Sud-Ouest du Togo, en pays éwé[1], les discours sorcellaires dénotent des distinctions de genre tant du point de vue des ensorcelé.es que des sorciers et sorcières. Selon les ensorcelé.es potentiel.les, les attaques sorcellaires altèrent généralement la capacité génésique des femmes et la mobilité des hommes. À la fois la mobilité physique, à travers des gonflements de pieds provoqués par une poudre noire (eti), et la mobilité sociale qui serait freinée par la sorcellerie des personnes âgées. Les discours des ensorcelés font ressortir en creux la mobilité « idéale » des hommes. Mobilité physique et mobilité sociale étant intrinsèquement liées, ils aspirent à “aller ailleurs pour devenir quelqu’un”. Leur ambition est de quitter le village pour avoir l’opportunité de trouver un travail salarié tout en s’éloignant de leurs parents et de leur influence sorcellaire, pour revenir au village une fois vieux.

De plus, la mobilité est intrinsèquement liée aux processus de guérison. Si quelqu’un est victime d’une attaque sorcellaire dans son village natal, il doit s’en éloigner pour consulter un contre-sorcier (pasteur, prêtre-exorciste ou devin-guérisseur bokono), afin que son sorcier n’en sache rien. À l’inverse, si un homme est victime d’une persécution sorcellaire loin de son village, il doit y retourner pour trouver la guérison. Ainsi, en altérant la mobilité, les sorciers rendent plus difficile le processus de guérison. En outre, voilà encore une autre manière de retenir les hommes au village : les forcer à y revenir. Mais même une visite temporaire les effraie car elle offrirait l’occasion aux sorciers, jaloux de leur « réussite » (réelle ou supposée), de leur nuire. Pour les émigrés il est tout aussi dangereux de revenir au village que de couper les liens avec ses parents. Le langage sorcellaire exprime une réalité sociale : les hommes sont, plus que les femmes, liés à leur village natal par les responsabilités familiales et les obligations de redistribution de richesses.

Selon la norme, la mobilité des femmes devrait être régie par la règle de virilocalité, mais en pratique c’est loin d’être le cas pour la majorité. Elles ont une mobilité légèrement plus importante que les hommes au niveau du quartier et de la ville, par contre les hommes changent plus de pays que les femmes. Les revendeuses ont une mobilité pendulaire. Elles achètent les produits agricoles au village, les revendent à la capitale, y achètent des condiments et les revendent au village. Elles sont particulièrement visées par les soupçons et les accusations sorcellaires : elles attireraient la clientèle grâce à un grigri particulier (asiyo) à qui elles offriraient des âmes, afin d’accumuler de l’argent. Cet asiyo leur donnerait la capacité de “sortir de leur corps en esprit”, pouvoir de mobilité extrême des sorcières, qui peuvent avoir leur corps à l’intérieur de la chambre, tout en ayant leur esprit (luvo) à l’extérieur, et se déplacer très rapidement pour capturer leurs proies. Mobilité réelle de la revendeuse et mobilité imaginaire de la sorcière se confondent. Ainsi, les discours sorcellaires révèlent une distinction genrée des circulations : l’immobilité – physique et sociale – des hommes ensorcelés s’oppose à la mobilité extrême – réelle et imaginaire – des revendeuses sorcières.

[1] Les données ethnographiques sont issues de recherches de terrain d’une durée cumulée de 15 mois, dans le village d’Hanyigba-Todzi et ses alentours.


Mot-clé : ewe, Genre, sorcellerie, et Togo
Toutes les communications appartenant au même panel :

Voir le panel L’espace du genre : circulations de corps et d’objets sexués dans le Sud global /

Voir tous les panels du colloque Apad conference 2020